Le Cameroun est un Etat souverain. Souvent appelé Afrique en miniature, il s’étend sur 1200 kilomètres du Lac Tchad à la Baie de Bonny et sur une superficie de 475.442 Km2 entre le 2° et le 12° parallèle nord. Il constitue un point de convergence géographique entre les régions de l’ouest, du Centre et du nord de l’Afrique, ce qui lui accorde une importance géopolitique. Le Cameroun possède une frontière commune avec le Nigeria à l’ouest, le Tchad au nord, la République Centrafricaine à l’est, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale au sud.
 
C’est dans le contexte de ces limites que le l’Armée camerounais naît de manière quelque peu paradoxale le 11 novembre 1959 par la loi N° 59/59 signée par S.E AHMADOU AHIDJO, alors Premier ministre, lorsque l’on sait qu’à cette date il n’est pas encore indépendant.
 
Ce paradoxe s’explique, d’une part, de ce que le Cameroun n’a jamais été une colonie en tant que telle, et qu’elle a bénéficié à partir de 1945 du double protectorat français et britannique. D’autre part, les considérations particulières géopolitiques, géostratégiques et les contingences politico-sociales ont milité à cette naissance atypique de l’Armée camerounaise. Ces contingences vont également influencer de manière constante toutes les mutations que l’Armée camerounaise va subir dès sa création, s’agissant même de ses concepts stratégiques.
 I- LE CONTEXTE DE LA NAISSANCE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE
 La naissance ou la création de l’armée camerounaise notamment pendant la période du 11 novembre 1959 à la fin de la rébellion en 1976 peut mieux être comprise sous le prisme des dynamiques géopolitiques globales qui ont consacré cet intervalle de temps la posture socioéconomique et politique du jeune Etat-nation et les enjeux conséquents.
 
A- SITUATION GEOPOLITIQUE GLOBALE
 C’est un truisme en géopolitique qu’une définition standard et concise de la géopolitique par les géopoliticiens varie d’un auteur à un autre. Il est par conséquent judicieux de circonscrire le vif du sujet de la géopolitique de manière à niveler l’effet de cette saga politique globale ayant empiété sur la naissance de l’Armée camerounaise.
 En 2003, SAUL BERNARD COHEN a défini la géopolitique de manière plus globalisante en ces termes : La géopolitique est l’analyse de l’interaction entre les paysages géographiques et les perspectives et processus politiques. Les paysages géographiques et les processus politiques sont tous dynamiques, chacune de ces données influence l’autre. La géopolitique s’intéresse aux conséquences de cette interaction.
 La géopolitique dans sa plus simple expression est l’interaction dynamique entre le pouvoir (la politique) et l’espace (le territoire). Dans la saga géopolitique globale de notre ère, le pouvoir ou la politique était incarné par la guerre froide et l’un des corollaires de cette guerre latente était la quête pour l’indépendance de certains pays tels que le Cameroun, qui a inévitablement abouti à la naissance de l’armée camerounaise.
 
a- La guerre froide et la naissance de l’Armée camerounaise
 Le terme guerre froide remonte aussi loin que le 14e siècle, mais c’est l’homme d’État américain, Bernard Baruch qui, en 1947, l’a introduit dans le vocabulaire occidental. La guerre froide désigne « la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux superpuissances qu’étaient les États-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) et leurs alliés entre 1947, fin de la 2e guerre mondiale et 1991, l’année de l’implosion de l’URSS et de la dissolution de son appendice militaire, le Pacte de Varsovie ».
 Les affrontements socioculturels et idéologiques entre les superpuissances et leurs alliés respectifs sont si aigus et explosifs que Raymond Aron a décrit cette période comme « paix impossible, guerre improbable» et d’autres géostratèges en parlent laconiquement en ces termes: «une période de paix belliqueuse».
 La géopolitique et la géostratégie ont été façonnées par et pendant la guerre froide et le continent africain, en particulier le Cameroun, qui occupe une position stratégique enviable est devenue vulnérable.
 Il convient de noter que de 1884 à 1946, le Cameroun passe du protectorat allemand au statut de territoire sous mandat de la Société des Nations et, enfin, de territoire sous tutelle des Nations Unies. Cette évolution du statut ou de la nomenclature du Cameroun-nation avant l’indépendance de fait (étant donné que le Cameroun sous administration française a eu son autonomie en 1957) a simplement respecté la dynamique géopolitique de la guerre froide, période au cours de laquelle les forces alliées des superpuissances d’alors luttaient pour s’emparer de l’espace vital nécessaire à leur expansion économique et idéologique.
 La guerre froide et son cortège de conséquences socio-économiques, politiques et culturelles ont eu une incidence multidimensionnelle sur les pays émergents comme le Cameroun et plus particulièrement sur l’armée camerounaise. En raison de la quête ou de la conquête de l’espace stratégique vital, les superpuissances et leurs cohortes ont divisé l’Afrique et le Cameroun, plus particulièrement, du fait de sa position privilégiée dans le Golfe de Guinée richement doté et de sa situation en confluence comme une passerelle stratégique de l’Afrique centrale et occidentale.
 L’importance stratégique du Cameroun en a fait une terre de bousculades pour l’hégémonie impériale, après la deuxième guerre mondiale ; d’où la double administration d’une entité autrefois unifiée sous la domination allemande: le Cameroun français et le Cameroun britannique.
 Malheureusement, il y avait des différences notables en termes d’administration, comme on le voit dans les deux parties, en particulier liées à l’existence et au fonctionnement des unités militaires coloniales. Suivant les termes de l’accord de tutelle, l’autorité administrative (française pour le Cameroun sous administration française, britannique pour le Cameroun sous administration britannique) était responsable de la paix, de l’ordre, de la bonne gouvernance et de la défense du territoire.
 Les deux autorités avaient une interprétation différente de l’accord de tutelle et l’ont ipso facto mis en application de manière discrétionnaire.
 
Accord de tutelle relatif à la défense  : Cameroun français.
  En mettant en œuvre leur politique d’administration directe, les Français ne voyaient aucune nécessité à créer une armée indigène ou autonome. Cette vision expliquait le déploiement constant des troupes françaises sur le territoire camerounais pour contrer l’insurrection, les émeutes et la rébellion. Les Français se contentaient d’une force de police minimale avec un rôle préventif ou dissuasif. Les Camerounais qui ont été enrôlés, volontairement ou de force dans l’armée française, essentiellement des soldats non combattants, mais assistants logistiques, ont servi hors de leur patrie, en particulier dans le cadre de l’armée de l’«Afrique Équatoriale Française». Ils ont été regroupés de façon sporadique pour redéploiement nécessaire. Dans ce Cameroun sous administration française et dans ces circonstances, l’on était loin de la culture militaire qui aurait solidement fondé la jeune armée camerounaise.
Accord de tutelle relatif à la défense : Le Cameroun britanique 
 En vertu de leur politique interne d’administration indirecte, les colons britanniques se sont appuyés sur les autorités indigènes, notamment les chefs et les Camerounais formés dans le cadre de leur unité administrative comme futurs soldats et les ont incorporés dans l’armée nigériane, nonobstant les services rendus par ces derniers sous les drapeaux britanniques. La différence était donc perceptible en ce que les Britanniques mettaient l’armée camerounaise en perspective étant donné que leur repli militaire et administratif était proche.
 L’ordonnance du premier ministre du 11 novembre 1959 et la fusion des deux systèmes  Le Cameroun sous administration française et le Cameroun sous administration britannique ont tous deux été confrontés à des querelles internes, notamment les guerres tribales, les activités politiques et syndicales. Chaque entité a utilisé des unités de police en effectif réduit et peu armées pour faire face aux menaces tandis que l’armée métropolitaine était déployée en cas de nécessité.

Le Cameroun sous administration française a obtenu une quasi-autonomie le 22 février 1957, mais certains domaines de l’administration étaient encore réservés au gouvernement fédéral, notamment la défense. Cette exclusion du portefeuille de la Défense de la gestion indigène a étouffé la culture militaire tant nécessaire.
 Lorsque le Premier ministre Ahmadou Ahidjo succède au tout-premier Premier ministre du Cameroun sous administration française le 18 février 1958, il voit immédiatement la nécessité de doter l’entité autonome sous administration française d’une armée, d’où l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1957 créant l’Armée camerounaise et organisant la Défense générale. A ce stade, le Cameroun sous administration britannique, en vertu de la constitution Littleton de 1954, obtient une semi-autonomie durement acquise, mais ne peut parallèlement gérer certaines sphères souveraines, notamment la défense.
 À cet égard, les deux Cameroun jouissaient d’une certaine ou pseudo-autonomie à l’exclusion absolue de la défense, même dans le Cameroun sous administration française où le Premier ministre avait promulgué une ordonnance créant l’armée et organisant la défense, la mise en mouvement a été timide étant donné qu’en vertu de la nécessité contextuelle, l’action a précédé la réflexion.
 Par ailleurs, les activités politiques intenses des deux territoires ont mis en suspens la modernisation de l’ordonnance de 1957 surtout en raison du fait que les Français se repliaient avec hésitation. Lorsque l’entente politique a été trouvée entre les deux parties à Foumban en 1961, la nécessité de mise en œuvre de l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959 qui, en fait, a créé les différentes composantes de la structure militaire actuelle est devenue encore plus impérative.
 Dans la structure fédérale, une série de textes ont été promulgués, définissant les missions des structures de base créées par le texte initial de 1959 ; et, pour doter ces structures en hommes et accomplir la mission spécialement confiée aux différentes composantes, les officiers et les sous-officiers qui ont rapidement gravi les grades militaires par nécessité ont constitué le potentiel humain embryonnaire.
 La géopolitique mondiale n’a pas seulement jeté les bases de la naissance de l’armée camerounaise, mais elle a également été à l’origine de la prise de conscience nationaliste et de la lutte pour l’indépendance.
b- Lutte pour l’indépendance
 L’un des principaux ferments de la guerre froide a été le sentiment croissant de conscience des nationaux qui voulaient rompre l’emprise des impérialistes. Bien que les deux parties du Cameroun, français et britannique, aient eu le même désir, l’approche ou la manière de causer la rupture était différente et la réaction de la «Métropole» était disproportionnée et parfois inhumaine.
 
1- Lutte au Cameroun sous administration française Dès la période allemande, le désir d’indépendance est manifeste et évident. L’instigateur a été Martin Paul Samba, un officier de l’armée allemande impériale, qui s’est révolté contre l’oppression de son peuple et a organisé les émeutes et les révoltes en conséquence, demandant le repli des colons allemands. Celui-là même qui avait dîné avec les Allemands pour museler les protestations antiallemandes s’est retourné contre eux en 1902 et a entamé non seulement des émeutes et des révoltes, mais également des négociations avec les Français pour obtenir des armes et combattre les Allemands. Il a été arrêté et condamné à mort, mais avant son exécution en août 1914, il a déclaré: « Exécutez-moi, mais vous n’administrerez plus le Cameroun ».
 Ce fut un cri de réveil qui a attisé le nationalisme et l’antagonisme contre les Allemands. Les revendications politiques se multiplièrent et le syndicalisme emboîta le pas, notamment l’USCC créée en 1944 avec Um Nyobe et Assalé Charles comme secrétaires. Le parti UPC a été formé en avril 1948 en tant que 1er parti politique avec Félix Moumié comme premier Président et Um Nyobe comme Secrétaire général. D’autres groupes politiques ont été créés tels que le Bloc du développement du Cameroun qui regroupait les nationaux qui ont adopté une approche progressive vers l’indépendance.
 Sans entrer en profondeur dans la qualité de la prise de conscience et de la lutte pour l’indépendance du Cameroun sous administration française, il est nécessaire de noter qu’entre 1958 et 1959 , Ahmadou Ahidjo qui avait la bénédiction de la France en raison de son sentiment anti UPC, a réussi à négocier l’indépendance du Cameroun français, qui a finalement eu lieu le 1er janvier 1960, à peine un mois deux semaines après la proclamation du texte fondamental du 11 novembre 1959 créant l’armée camerounaise et organisant la défense générale. Il était alors nécessaire de disposer des forces de défense pour préserver l’indépendance durement acquise.
 
2- Structures au Cameroun sous administration britannique Le vent du nationalisme a balayé le Cameroun sous administration britannique, tout comme son frère, le Cameroun sous administration française. Beaucoup de facteurs similaires sont à l’origine de cette quête viscérale d’indépendance.
 La montée des élites formées à l’Occident, comme Dr E.M.L Endeley, P.M Kale, S.A George, S.T Muna etc., a permis de sensibiliser le peuple sur les mobiles intéressés des colons et l’expérience que certains hommes politiques ont accumulée dans leurs rapports avec les anciens hommes politiques nigérians comme Nnamdi Azikiwe et Obafemi Awolowo qui ont renforcé leur marche vers l’indépendance. C’est dans cette saga politico-nationaliste que les plusieurs groupes activistes comme le Cameroon Youth Movement créé en mars 1940 par le Docteur EML Endeley et le professeur Kale réclamaient une séparation du Nigéria (sous administration britannique) et une autonomie totale. Il est à noter que ces hommes politiques radicaux ont soutenu mordicus l’autonomie totale au détriment des mouvements pour l’unification avec le Cameroun sous administration française. Ce radicalisme a à son tour radicalisé et tendu le climat politique, amenant les autres hommes politiques anglophones avisés et Ahidjo qui avaient créé le Parti de l’Union camerounaise à les maintenir en minorité et par la suite dans l’oubli.
 La lutte pour l’indépendance au Cameroun britannique a été alimentée par les hommes politiques nigérians, notamment Nnamdi Azikwe, qui sont allés jusqu’à créer le National Council For Nigeria and Cameroon en août 1944. Il s’agissait d’une approche transfrontalière de l’indépendance. En somme, il y avait cinq principaux partis politiques et cinq mouvements de jeunesse qui poursuivaient le même but d’indépendance, mais différaient par leur approche. Deux facteurs ont beaucoup contribué à la scène politique du Cameroun britannique. Le parti UPC au Cameroun français a eu des rapports intenses avec les hommes politiques de la partie britannique qui soutenaient leurs idéaux. Par exemple, ils se sont réunis à Kumba et l’UPC a apporté un soutien moral et matériel à l’autonomie administrative. L’effervescence politique a encore été alimentée en 1958 lorsque Kwameh Nkrumah du Ghana dans sa propagande panafricaine, a appelé les dirigeants africains à offrir un soutien moral et matériel aux mouvements de libération comme l’UPC au Cameroun.
 Les intrigues politiques à la fois au Cameroun sous administration britannique et au Cameroun sous administration française ont abouti à l’extinction des partis politiques radicaux et de leurs dirigeants (les partisans d’une rupture brutale et totale de l’hégémonie impériale) et à l’abolition d’autres partis comme l’UPC en juillet 1955 par Roland Pré qui était à l’époque l’administrateur français du Cameroun français. Cette abolition de l’UPC a empêché à ses porte-paroles de manifester sous quelque forme que ce soit, les incitant ainsi à entrer dans la clandestinité, d’où le début de la rébellion armée.
 Cette rébellion armée a été marquée par une brutalité impardonnable pour des raisons géopolitiques et les effets de la guerre froide comme évoqué ci-dessus. L’UPC était procommuniste et en tant que telle l’Union soviétique a considéré l’abolition comme une atteinte à ses idéaux et a décidé de mener une guerre par factions interposées comme ce fut le cas dans d’autres domaines où l’intérêt d’une superpuissance était menacée. Par ailleurs, comme expliqué précédemment, le Cameroun constituait, en raison de sa situation géographique, un atout géostratégique inestimable à la fois pour l’ouest (les États-Unis et leurs alliés) et l’est (l’Union soviétique et ses alliés).
 La répression contre les militants communistes et d’autres hommes politiques « non alignés » a été si brutale et la résistance des victimes était si tenace que Pierre Mesmer, ancien homme politique français a déclaré au moment où il servait au nom de sa patrie que « la situation sociopolitique du pays avait disséminé les petites unités de police et il fallait que la France déploie des troupes pour contenir les troubles, en particulier la rébellion armée». Par conséquent, la nécessité que le Cameroun soit doté de sa propre armée a été mise en lumière en particulier avec le retrait progressif des troupes étrangères. C’est dans ce contexte que Jacques Foccart, administrateur français, après l’installation du jeune gouvernement postindépendance d’Ahmadou Ahidjo, a signé l’Accord d’assistance militaire avec le nouveau gouvernement alors qu’il modernisait les structures de base mises en place par l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959, créant les Forces de Défense du Cameroun et organisant la Défense générale. Quels défis l’armée nouvellement créée devait-elle relever dans le cadre de sa naissance?
 
B- Les défis de la nouvelle Armée camerounaise
 
Le texte de 1959 créant l’Armée camerounaise et organisant la défense générale était capital à l’époque parce que les impératifs de sécurité et de défense qui existaient étaient pourvus par les puissances coloniales que constituaient la France et la Grande Bretagne. C’est un truisme que la période pré-indépendance a vu un certain degré d’autonomie accordé sous les auspices de l’Organisation des Nations-Unies au Cameroun sous administration franco-britannique. Mais, tout comme l’accord de tutelle, les deux entités objets du traité n’étaient pas enclines à autonomiser la gestion des questions de sûreté. La défense et la sécurité qui sont des aspects de la vie nationale étaient sous la maîtrise de la « Métropole ».
 C’était dans une tentative d’assumer une souveraineté totale que le texte initial de 1959 avait été promulgué dans un contexte où l’action avait précédé la réflexion. Dans cette perspective, les différentes composantes de l’Armée étaient créées mais les règles d’engagement spécifiques à chacune des composantes n’étaient pas définies; ceci ayant ainsi justifié que des textes subséquents aient rapidement été pris pour étoffer l’ossature de 1959 et s’assurer que la jeune Armée puisse efficacement faire face aux défis immédiats de l’époque qui se résumaient sous le triple angles sécuritaire, politico-stratégique et économique.
 
a- Les défis d’ordre sécuritaire. Pendant la période pré-indépendance, les puissances coloniales avaient une autorité exclusive pour assurer la défense et la sécurité des entités sous leur administration. Des raisons d’ordre géopolitique justifiaient ce monopole. En effet, d’après les termes de l’accord de tutelle sous les auspices des Nations-Unies, les administrations française et britannique avaient concédé un certain nombre d’affaires souveraines aux territoires sous leurs administrations respectives, exceptées celles de la défense et de la sécurité.
 L’article préliminaire du texte de 1959 confie la mission suivante à l’Armée: “Assurer en tous temps et contre toutes formes d’agression l’intégrité territoriale de la nation et la vie des populations.” Il est évident que ce texte circonscrit les missions de l’Armée à l’aspect strictement défensif. La question que l’on pouvait se poser était celle de savoir si la composante créée par la mouture de 1959 pouvait accomplir la mission ainsi assignée. La question devint même plus polémique lorsque l’administration française, qui était réticente à se retirer, se rétracta finalement en 1964 avec la rétrocession de la caserne de Koutaba. La première étape pour assurer le défi de la sécurité était contenue dans le texte initial qui faisait du Premier ministre le garant de la sécurité et de la Défense. Pour mettre en pratique cet engagement de garant au lendemain du départ de la France, le Premier ministre avait signé en 1960 avec le représentant français Jacques Foccart certains accords militaires d’assistance en ce qui concerne l’expertise technique. En d’autres termes, le personnel militaire français acquérait le statut d’instructeurs et ne participait plus directement aux hostilités.
 Bien que l’UPC fut dissoute en 1955, il existait encore quelques poches de résistance et la jeune Armée devait prendre sur elle d’éradiquer ou réduire ces zones d’où certaines attaques sporadiques étaient lancées. Pour faire face à ce défi, la jeune Armée, complétée par des forces civiles non armées ayant prêté main forte au colon dans certaines activités paramilitaires et des éléments des Forces Armées régulières issus de l’Afrique Equatoriale Française (administration française) et de la Force Frontalière Royale Ouest-Africaine (administration britannique) constituèrent le noyau embryonnaire des Forces de défense ; et firent face au défi.
 Les camerounais des deux côtés d’un pays divisé ont mené leurs activités sans se laisser abattre psychologiquement par la peur. C’est la moins brutale et plus humaine pacification du pays qui a permis l’effervescence politique observée dans les deux parties territoriales du Cameroun. Certains des accords militaires signés avec la France en particulier au moment de la naissance de l’Armée ayant trait à la formation du potentiel humain sont encore en vigueur aujourd’hui. L’administration britannique quant à elle s’est désengagée de manière complète malgré quelques interactions de coopération récentes.
 Les défis d’ordre sécuritaire étaient primordiaux pour l’émancipation politique du pays et la pleine assomption de la souveraineté de la jeune nation.
 
b- Les défis d’ordre politico-stratégique. La politique et le multipartisme ont existé dans la pratique des camerounais depuis l’époque allemande, jusqu’à l’administration franco-britannique. Mis à part les chefs traditionnels qui ont signé des traités avec les colons et en ont récolté des dividendes, les territories sous administration franco-britannique ont été le théâtre d’activités politiques volatiles ; particulièrement avec la vague de nationalisme qui a traversé la nation entière, la guerre froide et ses considérations géopolitiques résidant dans la crainte mutuelle entre le communisme , le capitalisme et le syndicalisme.
 Ces paramètres avaient un potentiel de destruction et de déstabilisation. La jeune Armée camerounaise avait un rôle stabilisateur à jouer, notamment en canalisant les activités politiques et en assurant la souple transition entre une nation « colonisée » et un Etat souverain dans la diversité ; et en veillant au passage harmonieux de la réunification et de l’Etat fédéral en 1961 à l’Etat unitaire en 1972. Cette même décennie a vu la relégation à un second plan de près de vingt ans de rébellion.
 Grâce au rôle prépondérant de l’Armée, les hommes politiques de tous bords pouvaient réaliser leur objectif établi de créer une nation cohérente et pacifique à travers des instruments constitutionnels tels que les Accords de Foumban en 1961. Des unités militaires furent créées ou revitalisées, la Cour Suprême remplaça la Haute Cour Fédérale en 1961, le referendum de 1961 ainsi que des textes fédéraux furent pris en relation avec la mise en place d’institutions constitutionnelles et leurs modalités de fonctionnement.
 Du point de vue de la géostratégie régionale, la jeune nation occupe une place centrale au sein du très riche golfe de Guinée. Bien que le texte initial créant l’Armée et organisant la défense générale était essentiellement pacifique, c’est-à-dire défensif, la jeune Armée avait le défi stratégique de garantir l’intégrité territoriale du jeune Etat venant d’accéder à la souveraineté internationale. Dès lors, les hommes politiques en charge de la définition du concept de la défense devaient réajuster la posture strictement défensive assignée à l’Armée au profit du concept de “défense populaire” tel que contenu dans la Loi de 1972 qui est une combinaison d’actions civilo-militaires orientées vers l’ « Effort en vue de vaincre au combat ». En d’autres termes, la nation entière se mobilise contre toute agression : les Forces Armées avaient et ont toujours des camerounais non armés comme partenaires de défense.
 
c- Les défis socioéconomiques L’importance de l’Armée devient plus apparente lors que son activité s’étend au domaine économique. Les potentialités économiques du Cameroun et sa position géographique le rendent vulnérable aux attaques armées destinées à faciliter des exploitations illégales. L’attitude des grandes puissances, furent-elles voisines ou non est dictée par leurs propres intérêts et ils interviennent ou interfèrent avec la souveraineté d’autres nations en fonction des circonstances. C’est dans le suivi et la sauvegarde de leurs intérêts que l’on assiste à des guerres par procuration ou guerres à travers des tierces parties. La jeune nation camerounaise avait besoin d’une armée vigoureuse, bien que naissante, avec des capacités dissuasives au plan matériel et humain en conjonction avec la population civile. L’Armée camerounaise ne pouvait émerger que si elle se dotait une bonne fondation et cette fondation repose dans la nation camerounaise elle-même.
 
 
 
 
 
 
 
 
EMERGENCE DES FORCES ARMEES NATIONALES
 
L’histoire des Forces Armées camerounaises débute aux encablures de 1914. A la veille de la première guerre mondiale, l’empire allemand (dont le Cameroun faisait partie du fait du traité germano-camerounais de 1884 qui l’avait érigé en protectorat allemand) intensifia le recrutement de gardes nationaux pour faire face à la coalition franco-anglaise. Les soldats camerounais prirent ainsi part à la bataille décisive de Mora aux côtés des Allemands.
 Après la victoire des Alliés sur l’Allemagne, le Cameroun devint en 1919, un territoire sous tutelle française dans sa partie orientale, et anglaise dans sa partie occidentale. Les Anglais intégrèrent le Cameroun occidental dans la Fédération du Nigeria, pendant que la France rattacha le Cameroun oriental à l’A.E.F1. Comme l’indique le polémologue congolais Etienne Mayoulou2, la France disposait d’une force, dénommée le Régiment du Cameroun, composée de 1.354 soldats indigènes recrutés sur la base du volontariat, dont 43 officiers, 160 sous-officiers et hommes de troupe européens. Ce régiment fut remplacé plus tard par le bataillon de Milice.
 La France prit soin d’encadrer juridiquement l’occupation de sa zone d’influence. Ainsi, l’acte du 20 juillet 19223 et un peu plus tard l’accord de tutelle de 19464) justifièrent la création d’une « garde indigène », ancêtre de la garde camerounaise qui donna naissance à la gendarmerie nationale. Les volontaires du bataillon de milice servirent d’embryon à la future Armée de terre.
 Pendant la deuxième guerre mondiale (1939-1940), des soldats autochtones regroupés au sein du régiment des tirailleurs camerounais luttèrent pour la France libre. La « Colonne L » commandée par le capitaine Leclerc lança l’offensive en août 1940, à partir de la ville de Douala, en direction de Paris, via l’Afrique du nord.
 Entre 1945 et 1958, la France engagea les Camerounais du bataillon de Milice sur les fronts indochinois (1945-1954) et algérien (dès 1958), toujours en vertu de l’accord de tutelle de 1946 En 1959, le « Plan Raisonnable » créa des conditions favorables à l’indépendance des pays africains, tout en prescrivant des mesures d’urgence pour la mise sur pied des armées d’outre-mer. C’est ainsi que le 11 novembre 1959, l’armée camerounaise vit officiellement le jour, par ordonnance n°59/57 portant organisation de la Défense.
 L’émergence de la jeune armée s’effectua dans la douleur de la guerre civile opposant l’Union des Populations du Cameroun (UPC) d’obédience communiste à la puissance tutélaire et plus tard à l’armée naissante. La période comprise entre le 11 novembre 1959 et la fin de la rébellion en 1976, fut marquée par la mise en place progressive des composantes et des structures de l’armée camerounaise. Ensuite, elle est caractérisée par la détermination de cette armée, malgré les vicissitudes de l’histoire, à relever les défis de son temps, dont ceux de la « camerounisation ».
I- Mise en place progressive des composantes et des structures des Forces Armées Nationales
La mise sur pied progressive des composantes et des structures de l’armée camerounaise se fait suivant trois phases : la phase de gestation (du 11 novembre 1959 à 1962), celle de structuration et de développement (de 1962 à 1970), et enfin celle de consolidation institutionnelle (de 1970 à 1976).
 
A- Gestation des Forces Armées nationales de 1959 à 1962
 
Le processus de mise en place de l’institution militaire connut une certaine accélération, marquée par des recrutements intensifs des personnels de toutes catégories ainsi que la création des services et unités. Trois périodes caractérisèrent cette dynamique qui fut sous-tendue par une orientation stratégique axée sur la paix intérieure et l’intégration nationale.
 
1) A la veille de l’indépendance
 L’ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959 créant et organisant l’armée camerounaise lui assigna la mission « d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire ainsi que la vie des populations » (article 2). Ce texte faisait du Premier ministre le responsable de la défense (article 1) aidé dans sa tâche par le Conseil supérieur de la défense. Le décret n°59/199 du 12 novembre 1959, pris en application de l’ordonnance 59/57 du 11 novembre 1959, fixa les conditions de recrutement dans l’armée.
 Ce décret soulignait que l’armée devait se composer d’unités terrestres, navales et aériennes. Mais à cette période-là seule l’Armée de terre, en réalité, vit le jour. Elle comprenait alors deux compagnies de combat formées d’éléments autochtones en service dans l’armée française, et quelques 300 recrues du premier contingent.
 La rébellion fut la principale menace que devait traiter la jeune armée. Pour mieux gérer l’entreprise de pacification, l’état d’urgence fut décrété dans les zones troublées. L’ordonnance n°59-91 du 31 décembre 1959 créa et organisa les juridictions militaires qui, en plus de juger les infractions purement militaires, s’intéressèrent aussi aux délits et crimes commis dans les zones soumises à l’état d’urgence. Un magistrat militaire français, le commandant Francis Clair, fut chargé d’organiser la mise en place de ces juridictions.
 
2) A l’indépendance
 Le 1er janvier 1960, le Cameroun oriental accéda à l’indépendance. Le Président de la République devint le responsable de la défense de par la constitution. Un deuxième contingent de 320 soldats fut recruté en février-mars 1960. La garde camerounaise fut transformée en gendarmerie nationale. L’ordonnance n° 60/20 du 22 février 1960 organisa et règlementa la gendarmerie qui fut orientée vers le maintien de l’ordre public et la police judiciaire. Cette orientation fut entérinée par le décret n°60/280 du 31 décembre 1960. Le premier organigramme du Ministère des Forces Armées (MINFA) fut rendu public par le décret présidentiel n°60/198 du 27 octobre 1960. Deux composantes majeures en naquirent : la Direction du cabinet et l’Etat-major général des Forces Armées dont le chef fut assisté, d’une part, de trois adjoints chargés respectivement du Commandement supérieur de la Gendarmerie, du Commandement supérieur des Forces terrestres et du Service de l’intendance. Deux autres structures font également partie de l’organigramme ; La Direction de la santé et le Service juridique.
 Le Commandant supérieur des Forces terrestres avait sous son autorité les différents bataillons ainsi que la garde civique bamiléké, les corps francs du Moungo et les guerriers du Noun. Le décret présidentiel n°60/248 du 30 décembre 1960 vint reconsidérer ce dispositif. Le nouvel organigramme s’articula, alors, autour de la direction du cabinet, de la direction des services centraux et d’un organisme de liaison opérationnelle comprenant un commandement de l’armée et un commandement de la gendarmerie nationale. Le commandement de l’armée avait sous son autorité les unités des forces terrestres et aériennes. Quatre secteurs, comprenant chacun des quartiers militaires, furent créés par décret n°60/267 du 31 décembre 1960. Le premier correspondait au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Yaoundé, le deuxième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Douala, le troisième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Dschang et le quatrième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Garoua.
 
Le 9 décembre 1960 fut créé au sein de la gendarmerie nationale, le détachement marine de gendarmerie relevant de la légion de Douala et constitué de treize éléments, conformément à l’arrêté ministériel n° 11.
 
3) La période de la Réunification
 En 1961 le détachement Marine de gendarmerie fut érigé en marine fédérale. En mars 1961, 386 militaires camerounais en provenance de l’armée nigériane et de la couronne britannique intégrèrent les forces armées nationales. Ils subiront une transformation au centre d’instruction de l’armée de terre (CIAT) à Ngaoundéré. Après réunification du 1er octobre 1961 suivit l’ouverture de l’Ecole Militaire Interarmes du Cameroun ((EMIAC), créée le 27 octobre 1960 à la faveur du décret n°60-148. Les candidats du Cameroun occidental y furent admis et les cadres anglophones provenant de l’armée nigériane s’y intégrèrent progressivement.
 La justice militaire continua à s’adapter à l’évolution de la société. Les divergences des systèmes juridiques anglophone (Common law) et francophone (Code Napoléon) furent aplanies dès la réunification, grâce à l’ordonnance n°61/OF du 4 octobre 1961, modifiée et complétée par les lois du 25 octobre 1963 et du 12 juin 1967. Ces lois renforcèrent le pouvoir exceptionnel des juridictions militaires et permirent désormais aux magistrats civils de siéger aux côtés de leurs homologues militaires.
 Le 3 mai 1962, fut publié le décret n°62-DF-152 portant organisation du Ministère des Forces Armées (MINFA), beaucoup plus élaboré que le premier, et original dans la mesure où l’état-major n’était pas expressément cité. Toutefois, ses tâches furent dévolues à deux structures : la direction des services centraux et l’organisme de liaison opérationnelle. En outre, le ministère comprenait : la direction du cabinet, le service des services militaires et le commandement de la gendarmerie, de la marine, de l’armée de terre et de l’armée de l’air. Le 7 juillet 1962, par le décret n°62-DF-239, certaines dispositions du décret n°60-267 portant création des secteurs de commandement militaire furent modifiées, notamment leur nombre et leur dénomination. Aux secteurs militaires du Centre-sud et de l’Est (Yaoundé), du Littoral (Douala), de l’Ouest (Dschang) et du Nord (Garoua), s’ajouta le secteur militaire du Cameroun occidental dont le ressort territorial fut celui de la région administrative du Cameroun occidental (Buéa), c’est-à-dire, les départements de Victoria, Kumba, Mamfé, Bamenda, Wum et Nkambé. A la faveur de la réunification, la gendarmerie s’implanta également au Cameroun occidental.
 Du 11 novembre 1959 à 1962, il s’était agi de bâtir dans l’urgence, le socle de l’armée camerounaise. L’étape suivante consista à la structurer et à la développer.
 
B- Structuration et développement des Forces Armées Nationales d e1962 à 1970
 
Entre 1962 et 1970, le maillage territorial se poursuivit, faisant effort sur le renseignement. En observation de la loi n° 66/LF6 du 6 juin 1966, la gendarmerie nationale, coutumière du Code Napoléon, s’adapta lors de son implantation dans les territoires du Cameroun occidental à la procédure anglo-saxonne. Toutefois, elle dispensait un cours accéléré de français, d’une durée de trois mois, aux recrues anglophones avant le début de leur formation d’élèves-gendarmes.
 La loi n°67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense innova en ajoutant à la mobilisation instituée par l’ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959, l’état d’urgence et la mise en garde. Cette loi institutionnalisa aussi les Forces auxiliaires désormais organisées par décret n°67/DF/ 486, ainsi que les forces supplétives créées par décret n°63/DF/390 du 31 décembre 1963. Cette loi fit du Président de la République le chef suprême des armées et laissa déjà transparaître ce qui sera confirmé dans les années 70, à savoir que la défense est l’affaire de tous. Elle organisa également la participation de tous les ministres et de toutes les autorités administratives à l’effort de défense du pays. Enfin, elle répartit les différentes forces en gendarmerie nationale, armée de terre, marine nationale et armée de l’air. L’Armée camerounaise, composée jadis des trois dernières forces, disparut.
  Les missions de ces forces régulières, supplétives et auxiliaires furent précisées dans le décret n°68/DF/33 du 29 janvier 1968. Le fichier national prévu par la loi suscitée fut activé par le décret n°68/DF/304 du 26 juillet 1968 qui précisa son organisation et son fonctionnement.
 A la suite de la loi n°67/LF/9, de nombreux textes furent signés, portant création et organisation des armées. Il s’agissait notamment du décret n°69/DF/266 du 18 juin 1969 pour la marine nationale et du décret n°69/DF/282 du 18 juin 1969 pour l’armée de l’air. Le service de l’alimentation de la troupe fut consigné dans le décret n°69/DF/310 du 11 août 1969. Enfin, un an plus tard, la formation du personnel officier fut règlementée par le décret n°70/DF/391 du 11 août 1970 portant organisation de l’Ecole militaire interarmes.
 
C- Consolidation de l’institution militaire et de l’unité nationale de 1970 à 1976
 
Cette période essentielle approfondit la réflexion stratégique, dans le double souci de restructurer l’appareil de la défense dans divers domaines et de pérenniser les liens entre l’armée et le reste de la nation.
 Le décret n°71/DF/157 du 05 avril 1971 organisa le conseil supérieur de la défense nationale et le comité technique de la défense prévu par la loi n° 67/LF/9. Le décret n°72/356 du 25 juillet 1972, quant à lui, esquissa les bases de la modernisation institutionnelle. L’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la constitution de juin 1972 donnèrent la possibilité au ministre des forces armées, à travers l’ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et de munitions. L’ordonnance n°72/5 du 26 août 1972 relative à l’organisation judiciaire militaire modifiée par la loi n°74/4 du 16 juillet 1974, précisa la compétence et la procédure applicable en temps de paix comme en temps de guerre dans des circonstances exceptionnelles. La réorganisation de l’Armée de terre intervint aux termes du décret n°73/313 du 21 juin 1973 ; celle-ci se dota d’un organisme de commandement et d’administration dénommé commandement de l’Armée de terre, d’une chaîne logistique composée des services (le génie, les transmissions, le train, les matériels, etc…), des centres d’instruction, des unités et des formations de combat. La réorganisation de la Marine, quant à elle, releva du décret n°73/314 du 21 juin 1973, qui créa outre un commandement de la marine comprenant une division emploi, une division machine et une division administration, des bases navales et des unités de fusiliers marins. Le décret n°73/467 du 22 août 1973 réorganisa le commandement de l’Armée de l’air, comprenant une division des moyens opérationnels, une division des moyens techniques, une division des moyens généraux et administratifs ainsi que des bases aériennes. Le souci de protéger les populations contre les différentes calamités se manifesta par la loi n°73/12 du 7 décembre 1973 portant organisation de la protection civile. Pour renforcer la discipline, le Président de la République signa le décret n°75/700 du 6 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les Forces Armées, modifié par le décret n°79/379 du 19 septembre 1979 en ses articles 144 et 145.
 Le décret n°76/280 du 6 juillet 1976 portant organisation des Forces Armées et du commandement remplaça les décrets n°65/DF/427 et n°72/326 du 25 juillet 1972. Ce décret transforma en profondeur le Ministère des Forces Armées et le commandement avec la création d’un Centre Interarmées de Coordination au niveau central et des commandements de la Gendarmerie nationale, des Forces spécialisées, des Secteurs militaires, tous placés sous les ordres du ministre des Forces Armées. Il créa et organisa la Délégation générale à la Gendarmerie nationale.  L’Armée camerounaise naquit, se structura progressivement et se consolida entre 1959 et 1976. Ses premiers pas furent marqués par un legs matériel et humain inconsistant de la part des puissances tutélaires. Venir à bout de la rébellion, menace majeure à l’émergence d’une nation camerounaise, fut laborieux. Par ailleurs, les défis en termes d’équipements s’imposaient.
 
II- Les défis logistiques
 
L’armée naissante fut matériellement dépendante de la France et de la Grande Bretagne qui lui cédèrent un certain nombre de matériels. Toutefois, par fierté nationale, cette armée affirma petit à petit son autonomie logistique.
 
A- La reconstruction d’une autonomie capacitaire
 La construction d’une autonomie capacitaire procédait d’un besoin d’affranchissement progressif de la jeune armée des puissances tutélaires. Mue par le désir d’assouvir sa quête identitaire, celle-ci entreprit de transcender à sa manière l’inconsistance de l’héritage colonial.
 
1) L’inconsistance des matériels majeurs 
 Pour la fête de l’indépendance le 1er janvier 1960, l’armée camerounaise reçut des matériels majeurs du gouvernement français au titre de la première mise en équipements ; notamment des armes et munitions, des véhicules et matériels des transmissions. Les armements reçus furent des pistolets automatiques (MAC 50 de 9 mm) et mitrailleurs (MAT 49 de 9 mm), des fusils à répétition (MAS 36 de 7,5 mm), des mitrailleurs FM 24/29 de 7,5 mm. A cet arsenal modeste, il fallut ajouter des mortiers Thomson Brant de 60mm et les munitions correspondantes. Les forces britanniques, pour leur part, cédèrent aux forces armées camerounaises quelques pistolets mitrailleurs Lancaster de 9 mm. Les véhicules obtenus de la partie française furent des Jeeps Hotchkiss Willys et des camions Citroën T45 et T46. Des émetteurs récepteurs radioélectriques ANGRC 9 constituèrent l’essentiel des matériels de transmissions.
 
2) Le transfert des infrastructures
 L’Armée française transféra progressivement les infrastructures disponibles à Yaoundé et à Douala aux Forces Armées camerounaises. A Yaoundé, plusieurs bâtiments revinrent au ministère des forces armées et au commandement de l’armée de terre. Il s’agissait du bâtiment abritant l’actuel Ministère de la Défense, de bâtiments de la Direction des Affaires Administratives et Règlementaires (DAAR), de la Direction des Ressource Humaines (DRH), des transmissions et ceux de l’Hôpital militaire ; les bâtiments du service des matériels et ceux situés au camp Genin découlaient de ce transfert dont bénéficia également la Gendarmerie nationale qui hérita des installations abritant actuellement ses services centraux et le camp actuel de l’Escadron mobile encore appelé « Camp Goubdo et Zoa ». A Douala, quelques installations du camp de la valeur furent cédées à l’Armée de terre. Le camp Mboppi et le PC actuel de la Légion du Littoral revinrent à la gendarmerie.
 D’autres cessions suivirent plus tard, pendant la réunification. L’Angleterre fit don au Cameroun, des camps militaires de Buea, Mamfe et Bamenda, avec tout le mobilier. Côté français, Il fallut attendre décembre 1964 pour que la base militaire de Koutaba revînt aux Forces Armées camerounaises, et abritât par la suite le Centre de Perfectionnement et d’Entraînement des Forces Armées Nationales (CPEFAN). La Marine nationale bénéficia d’un modeste équipement de la France qui lui céda sa flotte composée de trois vedettes côtières : « La Patrie du Cameroun », « Le Vigilant » et « L’audacieux ». Il y a toutefois lieu de noter que le gouvernement camerounais accorda en retour à la France, notamment à Yaoundé, de vastes terrains militaires sur lesquels sont bâties les installations de l’Ambassade de la République française au Cameroun. Dans le même ordre d’idées, les Forces Armées camerounaises cédèrent à l’Assistance Technique Militaire (AMT) française les bâtiments et terrains constituant l’actuel mess de l’AMT française pour le temps que durera celle-ci.
 
3) La recherche autonome de l’optimisation des moyens opérationnels
 Le Cameroun décida de prendre son destin en main en devenant peu à peu autonome. Pour la marine nationale, les bateaux dénommés «Le Brigadier» et «Le Moungo» furent mis à sa disposition par la marine marchande camerounaise. En 1970, arriva « Le Valeureux », entièrement financé par le gouvernement de la République. L’unique base navale de Douala, créée en 1960 motiva la décision d’une plus grande implantation de la marine nationale sur la façade maritime. C’est ainsi que furent créées les bases annexes de Lobé et d’Idabato en 1963 et la base secondaire de Man O’war bay en 1972. La marine put dès lors assumer ses nombreuses missions, à savoir : la police du trafic maritime, la surveillance de la pêche, la recherche et la sauvegarde en mer, la participation à la mise en valeur des ressources en mer, la prévention et la lutte contre la pollution des eaux, la défense des approches maritimes, la protection du trafic maritime et de la pêche, l’escorte des bâtiments de commerce nationaux, la protection des installations d’intérêt économique en mer comme sur la côte et enfin l’appui aux autres forces de défense.
 L’équipement de l’Armée de l’air pour sa part connut sensiblement le même parcours. Créée en 1961 à Douala, l’escadrille camerounaise débuta avec quelques aéronefs dont trois Broussards en service depuis le 15 décembre 1960 ainsi que des hélicoptères Bell et des MD-315. A partir de 1964, des avions C-47 Dakota vinrent grossir la flotte. L’escadrille se transforma en aviation nationale qui, plus tard, prit le nom d’armée de l’Air suite au décret n° 66/282 du 18 juin 1966. Les avions Caribou DHC - 4 enrichirent la flotte à cette période. Dès mai 1973, celle-ci s’étoffa grâce à l’acquisition de nouveaux aéronefs dont le Piper PA-23, le Fouga Magistère CM-170 et l’hélicoptère Alouette II. Force est de constater que dès 1976, la réflexion sur l’achat de l’avion Hercules C130 s’amorça et s’approfondit du fait de son coût et de ses performances pendant l’opération « Raid sur Entebbe » en 1973. Tous ces moyens permirent à l’Armée de l’air d’être à même de mieux assurer la surveillance, la protection, la défense de l’espace aérien, le soutien logistique et l’appui aux autres forces.
 
L’armée camerounaise eut donc très tôt le mérite de s’autodéterminer dans ses prises de décisions et dans son organisation. La nouvelle dynamique impulsée au plan logistique eut des répercussions sur le choix des hommes.
 
B- Le processus de la « camerounisation »
 
La « camerounisation » fut un processus qui visait à pallier principalement le déficit quantitatif et qualitatif de la ressource humaine nationale, observé à l’orée de l’indépendance. Pour y remédier, il fallut former les personnels et faire assurer la relève des étrangers par des cadres nationaux, aussi bien civils que militaires.
 
1) Le défi de la formation des personnels
Dès l’accession à l’indépendance, le Cameroun fut face à son destin. L’indépendance acquise de haute et longue lutte plaça l’Etat devant ses responsabilités historiques. Le défi de bâtir une nation prospère dans la stabilité et la paix s’imposa, tout comme celui de former les hommes de valeur et de grande probité morale capables de garantir cette entreprise. La formation des cadres militaires gravita autour de quatre grands axes :
 
- inculquer aux hommes le sens du devoir et des valeurs éthiques, pour garantir leur adhésion totale ;  - leur insufler les hautes valeurs patriotiques et civiques qui conduiront à la foi et à la responsabilité, avec un accent sur le sens élevé de l’intérêt général et du sacrifice;  - former des hommes aptes sur le plan professionnel et physique ;  - former des chefs militaires rompus au leadership, pour encadrer les hommes et les canaliser vers des objectifs communs, en insistant sur la formation des sous-officiers, véritables chevilles ouvrières dans toutes les armées du monde.
 C’est certainement grâce à ces axes que l’armée perpétua une tradition légaliste et républicaine qui conduisit à la victoire contre la rébellion en 1976. A ce titre, les centres d’instruction jouèrent un rôle éminent dans le modelage du soldat-type.
 
1.1- Le Centre d’Instruction de l’Armée Camerounaise (CIAC)
C’est en novembre 1959 que le Centre d’Instruction de l’Armée Camerounaise fut créé à Koutaba en vue de la formation des recrues. Il fut successivement implanté à Dschang, Abong-Mbang et Bangangté, avant son transfert définitif à Ngaoundéré en avril 1961. En 1967, le CIAC devint le centre d’instruction de l’armée de terre (CIAT), qui forma, en plus des éléments des Bataillons d’infanterie, ceux de la Gendarmerie, de l’Armée de l’air et de la Marine et plus tard, ceux de la Police. La formation s’étendit aux fonctionnaires et étudiants, dans le cadre de la préparation militaire supérieure. Pus tard, le CIAT devint le Centre d’Instruction des Forces Armées Nationales (CIFAN).
 
1.2- L’Ecole Militaire Interarmes du Cameroun (EMIAC)
Elle ouvrit ses portes en août 1959 et accueillit à l’occasion, la première promotion «Indépendance», formée entre 1960 et 1961. L’EMIAC fut inaugurée le 18 janvier 1961. A sa création elle fut confrontée à la difficulté de dispenser une formation à caractère interarmées au profit des cadres de l’armée de terre et de la gendarmerie dans un premier temps, puis à ceux de l’armée de l’air et de la marine nationale un peu plus tard. Faisant suite à la réorganisation de 1976, l’EMIAC fut intégrée à l’état-major du commandement des écoles et centres d’instruction (COMECI) et vit la diversification de ses enseignants. C’est pourquoi l’école changea d’appellation et devint l’école militaire interarmées du Cameroun. L’histoire de l’EMIAC est consubstantielle à celle de l’armée camerounaise et de l’indépendance. Sa mission première fut de mettre à la disposition de la nation des officiers. Elle fut dès l’origine une école à la réputation incontestable, assurant trois cycles de formation, en l’occurrence la formation initiale toutes armes, le perfectionnement et l’enseignement militaire supérieur de 1er degré :
- La formation initiale consiste à faire acquérir à l’élève-officier d’active (EOA) la technique et la pratique nécessaires au commandement d’une section d’infanterie, en lui faisant découvrir l’éthique de l’officier. L’enseignement dispensé vise à lui donner les connaissances nécessaires à l’exercice de son métier et une ouverture sur le monde, avec le souci de maintenir l’équilibre de la pensée et de l’action ;  - Le perfectionnement des officiers vise à leur inculquer des connaissances leur permettant de commander une unité du volume d’une compagnie. L’EMIAC va ainsi former plusieurs cadres y compris ceux des armées africaines à l’instar-pour la petite histoire- des présidents Thomas Sankara et Blaise Compaoré ;  - L’enseignement militaire supérieur de 1er degré concerne le cycle d’état-major, lui-même subdivisé en deux phases : la formation visant à l’obtention du certificat d’état-major, et celle sanctionnée par le diplôme d’état-major.  Les noms de baptême des promotions de 1960 à 1976 sont emblématiques des problèmes d’émergence dans la solidarité et le progrès (annexe 1). De 1960 à 1976, un seul camerounais a tenu les rênes de l’école ; il s’agit du Lieutenant-colonel Edouard Etonde Ekotto de 1967 à1970).
 
1.3- Les centres d’instruction spécialisés
Les centres d’instruction spécialisés naquirent de la volonté de diversifier et de spécialiser les formations avec pour souci de les adapter à la doctrine générale des forces. C’est ainsi que des centres de formation et de perfectionnement de spécialistes virent le jour au sein de certaines formations spécialisées. C’est le cas du Groupement parachutiste de Koutaba, du Bataillon Blindé de Reconnaissance (BBR), du Régiment du Génie (REGEN), du Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS), du Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA) et du Bataillon des Transmissions (BATRANS). Avec le temps, chaque armée voulut gérer ses propres stages (stages de perfectionnement) pour une meilleure appropriation de ses spécificités, sous la coordination du Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction (COMECI) placé sous les ordres du Chef d’Etat-major des Armées. L’histoire est assez édifiante sur l’évolution de ces centres d’instruction spécialisés.
 En effet, en 1961 une école de gradés fut ouverte à Buéa et transférée plus tard à Koutaba. Elle devint le Centre de Perfectionnement et d’Entraînement des Forces Armées Nationales (CPEFAN) qui fusionna avec l’EMIAC.
 L’école des gradés reçut pour mission de recycler et de perfectionner les unités élémentaires sur les plans tactique et sportif et de former les sous-officiers du service général, tout en dégrossissant la formation des élèves-officiers avant leur intégration à l’EMIAC. Plus tard, fut créé le CEREFAN (Centre de Recyclage des Forces Armées Nationales) à Ngaoundal, spécialisé dans la formation des gradés et des sous-officiers dans la spécialité infanterie.
 Au Quartier général, une compagnie rassembla les formations des spécialistes dans diverses filières (optique-topographie, infirmerie, greffe, mécanique, chancellerie, comptabilité etc). Elle fut érigée en Centre d’Instruction des Spécialistes des Armées (CISA) en 1976. Le CISA donna naissance plus tard au Centre de Formation Technique des Armées (CFTA).
 La spécificité technique de l’Armée de l’air motiva l’ouverture de centres d’instruction à Douala, Garoua et Yaoundé au sein des bases aériennes ; ils accueillirent également les gendarmes et autres militaires de la marine et de l’Amée de terre pour des spécialités communes telles que la gestion technique, l’avitaillement, la sécurité incendie, l’agent de transit etc.
 La Marine ouvrit ses centres de formation qui prirent en compte ses spécificités propres. La Gendarmerie, quant à elle, assura à l’Ecole de gendarmerie du camp Yeyap, la formation des recrues provenant des centres d’instruction. Ses cadres furent formés jusqu’au brevet d’armes n°2 de la filière «service général», en intégrant aussi la formation des spécialistes, des officiers de police judiciaire et les stages des officiers de la gendarmerie nationale (SAOGN). L’école de gendarmerie encadra les élèves gendarmes et les élèves sous-officiers. Elle devint quelques années plus tard, le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction de la Gendarmerie (COMECIG) chargée de la formation, de la spécialisation, du perfectionnement et du recyclage des personnels non officiers et officiers de la gendarmerie nationale. Parmi ces centres d’instruction, figuraient l’école des officiers, l’école des sous-officiers, le centre d’instruction des transmissions, etc.
 
2) La relève des cadres civils et militaires
L’émergence des Forces Armées nationales, de leur naissance à la fin de la rébellion fut l’œuvre aussi bien des acteurs miliaires que des acteurs politiques. Le désengagement militaire français du Cameroun posa un problème de relève.
 
2.1- Des cadres civils
Dès 1959, la gestion de l’institution militaire au Cameroun s’effectua dans le respect des usages démocratiques fondés sur « le contrôle objectif exercé par le pouvoir civil ». Nombreux sont les cadres civils qui ont dirigé les Forces Armées en cinquante années d’existence. Les statistiques font état d’un Premier Ministre, de deux Présidents de la République et de douze ministres aux dénominations variables.
 La période allant de 1959 à 1976 reste marquée par quatre dirigeants :
- Le Premier Ministre Ahmadou Ahidjo (nov.1959-1er janvier 1960)  - Le Président de la République Ahmadou Ahidjo (janvier 1960-1976)  - 2 ministres chargés des forces Armées : Jean Baptiste Mabaya ( du 14 mai 1960 au 20 juin 1961) et El Hadj Sadou Daoudou (du 20 juin 1961 au 07 juillet 1980).  Parallèlement, la structure chargée de la gestion de la gendarmerie fut commandée par des civils nationaux (annexe 4), après le départ des lieutenants-colonels français Richard (24 octobre 1959-24 octobre 1961), Aurousseau (24 octobre 1961- 04 février1964), Giguet (05 février 1964-11 février 1966), alors commandants supérieurs. Monsieur Issa Bakary fut le premier délégué général à la gendarmerie nationale (du 12 février 1966 au 26 décembre1982).
 
2.2- La relève des cadres militaires
Sur le plan militaire, les acteurs varièrent en fonction de leurs armées d’appartenance. A l’aube de l’indépendance du Cameroun oriental, la ressource humaine se composait de forces paramilitaires créées avec l’aide de quelques volontaires qui devinrent les premiers personnels de la jeune armée en 1960. Ils n’étaient pas adaptés à la situation du moment, en raison de leur ancienneté de service et de leur état de spécialistes (radios, chauffeurs, musiciens, infirmiers, ordonnances etc.) Le 2ème bataillon pourvu de 70 militaires provenant de l’Armée française et de 320 recrues fut projeté dans l’ouest en juillet 1960 pour faire face à la rébellion. Il n’est pas inutile de signaler également l’existence des forces supplétives, notamment la garde civique créée dans l’ouest du pays pour la protection des regroupements de populations.
 En mars 1961, 386 militaires camerounais en provenance des Armées nigériane et britannique prirent le chemin du CIAT de Ngaoundéré, avec dans leurs rangs quelques officiers dont le capitaine Titus Malongue (alors en congé), le lieutenant James Tataw Tabe,. Le contingent fut placé sous le commandement du lieutenant James Tataw Tabe en vue de l’adaptation de ces militaires aux procédures françaises de commandement. Avec le temps, Le premier souci fut donc d’avoir sous la main, de toute urgence, une ressource. C’est ainsi que fut rapidement créé le 1er bataillon composé d’une partie de militaires provenant de l’armée française et de 300 recrues, qui défilèrent le 1er janvier 1960. Le lieutenant James Tataw Tabe commanda le CIAT, en lieu et place du capitaine Capdeville de l’AMT. A l’issue de cette formation, une bonne partie de ces personnels constitua la 13ème compagnie rattachée au 2ème bataillon. Au terme de leur formation commune de base, certains rejoignirent les centres d’instruction de la Gendarmerie et ceux de la Police.
 La «camerounisation» de l’Armée camerounaise s’effectua aux niveaux central et territorial.
 
2.2.1- La « camerounisation » au niveau central
Lors de la « camerounisation » de l’armée de terre le 1er avril 1965, il existait un commandement de l’Armée de terre placé sous la férule du lieutenant-colonel Pierre Semengue qui remplaça le lieutenant-colonel français Gaillet de l’AMT. Sur le plan territorial, le dispositif mis sur pied pour combattre la rébellion s’articulait en deux secteurs militaires : le secteur militaire du littoral et le secteur militaire de l’ouest. Avec la création du 2ème front contre la rébellion, un 3ème secteur militaire couvrant le centre, le sud et l’est fut créé. Des officiers expérimentés, rompus dans la lutte antiguérilla furent affectés à la tête desdites structures. Le colonel Bouba Kaélé commanda le secteur militaire n°1 avec pour PC Yaoundé ; les commandements des secteurs militaires n°2 (PC Douala) et n°3 (PC Bafoussam) furent confiés respectivement au lieutenant-colonel Titus Ebogo et au lieutenant-colonel Joseph Moussy. La «camerounisation» prit définitivement forme à la gendarmerie nationale le 12 février 1966 avec la nomination de Monsieur Issa Bakary comme délégué général à la gendarmerie. Il remplaça le lieutenant-colonel Giguet, dernier officier supérieur à commander la Gendarmerie nationale. La «camerounisation» dans l’Armée de l’air fut effective le 13 mai 1973 lorsque le capitaine Paul Yakana Guebama devient le 1er Commandant des Forces Aériennes (COMFA), en remplacement du commandant Courreges de l’AMT.
 Au niveau de la Marine, la camerounisation intervient le 11 juillet 1973 avec la nomination à sa tête du lieutenant de vaisseau Pierre Ndangang en remplacement du lieutenant de vaisseau Miossec de l’AMT. L’unique direction des services du Ministère des Forces Armées, confiée au colonel Bodet a été camerounisée en 1969 et placée sous la responsabilité du colonel Jean Nganso Sunji.
 S’agissant des magistrats militaires camerounais. Les personnels suivants de la Gendarmerie et des Armées furent choisis pour en constituer la première cuvée. Il s’agit de deux gendarmes et d’un sous-officier militaire servant dans l’armée française qui furent nommés lieutenants : Lucien Zogo, Lissouk Balock et Faustin Ndoumbe. Ils furent rejoints en 1962 par les sous-lieutenants Fouman Nti, Emile Manga, Paul Théodore Ndjock et Njankou Fankam, tous anciens commandants de compagnie ou d’escadron de gendarmerie depuis leur sortie de l’EMIA en mars 1961.
 Après une formation rapide comme magistrats militaires en six mois à l’EMIA, ces officiers ont été nommés commissaires du gouvernement, juges d’instruction, substituts du commissaire du gouvernement ou adjoints au juge d’instruction auprès des trois premiers tribunaux militaires créés à Yaoundé, Douala et Dschang. Ces tribunaux ont pris en charge de nombreux dossiers en souffrance dans les cours criminelles spéciales à l’époque de la rébellion.
 Les tribunaux militaires étaient alors présidés par des magistrats civils de droit commun désignés, assistés d’accesseurs militaires nommés parmi les officiers de gendarmerie et des armées.
 
2.2.2 La «camerounisation» au niveau territorial
 
22.2-1 Dans les formations de l’Armée de terre
Pour tenir tête à la rébellion, l’Armée de terre dût se « camerouniser » très rapidement. Avec l’arrivée de 300 recrues enrôlées en novembre 1959, l’embryon du 1er bataillon, composé de quatre compagnies fut créé, dont la 2ème commandée par le lieutenant Joseph Moussy et la 4ème commandée par le sous-lieutenant Ernest Mben Mboua.
 Ce premier bataillon défila à Yaoundé et à Douala le 1er janvier 1960. Il fut ensuite déployé en Sanaga maritime et Nkam d’après l’articulation ci-aprés :
- La 1ère compagnie à Douala avec des postes à Dikous et à Ngonga ;  - La 2ème compagnie à Ngambé ;  - La 3ème compagnie à Yabassi avec un poste à Yingui ;  - La 4ème compagnie à Esseng à 15 kilomètres au nord de Ngambe ;
 
Quelques mois plus tard 320 jeunes recrues et 70 militaires en provenance de l’armée française formèrent l’essentiel du 2ème bataillon avec :
- La 5ème compagnie commandée par le lieutenant Bevo ;  - La 6ème compagnie commandée par le lieutenant Adolphe Si Nkoa ;  - La 7ème compagnie, commandée par le lieutenant Pierre Ondoa Essomba puis par le S/Lieutenant Pierre Samobo, fut contituée de la garde civique nationale implantée dans l’ouest;  - La 8ème compagnie commandée par le lieutenant Afana ;  - La 13ème compagnie à Bamenda, commandée par le lieutenant James Tataw, composée d’une partie des 386 anciens militaires en provenance des armées nigérianes et britanniques gonflèrent les rangs du 2ème bataillon en mars 1961.
 
Entre janvier 1960 et mars 1962 naquirent très rapidement des compagnies provenant de l’armée française :
- La compagnie d’état-major et des services (CEMS) basée à Yaoundé, sous les ordres du lieutenant Bouba Kaélé ;  - La 1ère compagnie commandée par le lieutenant Bikélé ;  - La 3ème compagnie, commandée par le lieutenant Manga Bani.
Les bataillons, dès leur création accueillirent en leur sein à partir de 1961, des officiers issus de l’EMIAC ou des académies étrangères comme commandant de compagnie ou chef de section, certaines sections restèrent cependant encadrées par des sous-officiers.
L’Escadron Blindé de l’Armée de Terre (EBAT) fut créé en octobre 1960 et commandé par le lieutenant Edouard Etonde Ekotto dès son arrivée de France. L’EBAT fut d’abord implanté à Dschang avant d’être déplacé à Nkongsamba dans le Mungo.
 
Le 1er avril 1961, le capitaine Pierre Semengue prit le commandement du 1er bataillon de l’armée de terre, en remplacement du chef de bataillon Gros de l’AMT.
En mars 1962, naquit la compagnie du génie, commandée par le lieutenant Jean René Youmba dès son arrivée de France.
 
Le 1er avril 1963, le chef de bataillon Pierre Semengue prit la tête du 2ème bataillon en remplacement du chef de bataillon Dumas qui assurait l’intérim du chef de bataillon Gales de l’AMT, affecté comme commandant du secteur militaire du littoral (SML), en remplacement du chef de bataillon Gros arrivé en fin de séjour.
 
Le 1er septembre 1963, le capitaine Jean Nganso Sunji remplaça le chef de bataillon Foulquier de l’AMT à la tête du 3ème bataillon de l’armée de terre. Deux ans auparavant, en fin 1961, un recrutement intensif avait permis la mise sur pied de ce 3ème bataillon avec :
- La 9ème compagnie commandée par le lieutenant Paul Bell ;  - La 10ème compagnie commandée par le lieutenant Abdoulaye Oumarou Garoua ;  - La 11ème compagnie commandée par le lieutenant Titus Ebogo ;  - La 12ème compagnie commandée par le lieutenant Sylvestre Mang ;
 
Le 3ème bataillon fut implanté dans le Mungo dans le dispositif suivant :
- La 9ème compagnie à Manengole ;  - La 10ème compagnie à Mbanga ;  - La 11ème compagnie à Tombel ;  - La 12ème compagnie à Melong ;
 
Les formations de l’Armée de terre se développèrent et se perfectionnèrent. Toutefois avec la création du 2ème front dans le sud-est du pays, la 14ème compagnie fut mise sur pied à Bonis près de Bertoua en fin 1965, aux ordres du lieutenant Camille Nkoa Atenga.
 
Les trois premiers bataillons furent assistés de deux unités d’appui. Malgré un équipement obsolète et un armement rustique (MAS 36, FM 24/29, PM sterling, PM MAT 49), ils combattirent efficacement et sans relâche la rébellion interne de 1960 à 1975.
 
L’affaiblissement de la rébellion notamment en Sanaga Maritime et dans le Mungo, l’ouverture du 2ème front dans le Sud et les guerres civiles au Tchad entraînèrent des changements dans l’implantation des formations de l’armée de terre. Ainsi :  - Le 1er bataillon rallia Ebolowa avec une compagnie à Djoum, après un transit à Mbanga et à Bafang au sous-secteur militaire temporaire de Bafang ;  - Le 2ème bataillon resta toujours dans l’ouest du pays ;  - Le 3ème bataillon rejoignit Maltam et Kousseri dès l’entame des guerres civiles tchadiennes ;  - Le 4ème bataillon créé en juillet 1969 fut basé au Cameroun occidental avec PC à Buea.
 
Il comprenait :
- Une compagnie implantée à Bamenda et commandée par le lieutenant Albert Ambassa ;
- Une compagnie implantée à Mamfe et commandée par le capitaine Camille Nkoa Atenga ;
- Une compagnie implantée à Man o War Bay et commandée par le capitaine Jean Pierre Youta. Le 4ème bataillon eut pour mission de couvrir le secteur du Cameroun occidental nouvellement créé qui englobait l’escadron blindé à Douala, la compagnie du génie à Douala, la batterie d’artillerie sol-sol à Nkongsamba, la batterie d’artillerie sol-air à Edéa, et le groupement parachutiste à Koutaba.
 
Il n’est pas inutile de préciser que lors de la « camerounisation » de l’armée de terre le 1er avril 1965, il existait un commandement de l’armée de terre à l’instar du commandement supérieur de la gendarmerie nationale, le commandement de la marine nationale et un peu plus tard le commandement de l’armée de l’air.
 
Sur le plan territorial, il existait deux secteurs militaires pour combattre la rébellion : le secteur militaire du littoral et le secteur militaire de l’ouest. Avec la création du 2ème front de la rébellion, un 3ème secteur militaire fut crée, couvrant le centre, le sud et l’est.
 
Les secteurs militaires furent organisés comme suit :
Le secteur militaire n°1 avec pour PC Yaoundé, sous les ordres du colonel Bouba Kaélé ;
Le secteur militaire n°2 avec pour PC Douala, sous les ordres du colonel Titus Malongue ;
Le secteur militaire n°3 avec pour PC Bafoussam, sous les ordres du lieutenant-colonel Joseph Moussy..
 
2.2.2-2 La « Camerounisation » dans les formations de la Gendarmerie
Le 1er janvier 1960 la Gendarmerie camerounaise comptait plus de 2000 éléments issus de la Garde camerounaise, provenant de l’ancienne Garde indigène. Les premiers officiers étaient au nombre de quatre (Benoît Maidoki affecté à la Présidence de la République, Ngomna Bouba à l’Escadron mobile de Douala, Lazare Soboth à la Légion de Douala et Pascal Ndzinga au Centre administratif de la Gendarmerie), complétés par 272 sous-officiers, 2680 gendarmes et élèves gendarmes. Ces gradés et gardes avaient qualité d’agents de la force publique et étaient toujours subordonnés aux officiers et sous-officiers français qui assuraient leur encadrement. Leur statut s’était amélioré, la possibilité étant donné aux meilleurs de devenir auxiliaires de la gendarmerie, gendarmes auxiliaires ou gardes auxiliaires de la gendarmerie d’outre-mer. Ce sont ces éléments qui vont constituer l’ossature de la Gendarmerie à l’indépendance en 1960.
 
Le 30 avril 1960, furent créées 04 légions de gendarmerie, 08 compagnies territoriales, 87 brigades, 14 escadrons de gendarmerie mobile, 50 pelotons mobiles.
 
Le 1er juillet 1960, 77 sous-officiers camerounais sortis de l’Ecole de gendarmerie prirent le commandement d’une partie des 87 brigades et 50 pelotons. Des officiers furent nommés aux postes de responsabilités ci-après : le lieutenant Ngomna Bouba, commandant d’escadron au Groupe d’escadron à Douala, le Lieutenant Benoît Ma?doki, au Cabinet militaire de la Présidence de la République, le lieutenant Pascal Ndzinga, commandant l’Escadron d’honneur et le lieutenant Lazare Soboth, commandant la Compagnie d’Eséka.
 
Le 13 mai 1961, 27 aspirants sortis de l’EMIAC prirent le commandement des pelotons et de certains escadrons mobiles.
 
Le 30 septembre 1961, intervint la nomination des trois premiers capitaines de gendarmerie : Benoît Maidoki, Ngomna Bouba et Pascal Ndzinga.
 
Le 8 février 1962, un officier de gendarmerie, le capitaine Lazare Soboth fut nommé à la tête d’une compagnie à Douala.
 
Les premiers commandants de légion camerounais furent nommés comme suit:
• lieutenant Jacques Feumi Jantou commandant la Légion de gendarmerie du Cameroun occidental en 1962 ;  • capitaine Alexandre Etoundi commandant la Légion de gendarmerie du littoral le 6 février 1964 ;  • capitaine Abdoulaye Oumarou Dembo, commandant la Légion de gendarmerie de Garoua (qui couvrait tout le grand nord) le 22 octobre 1965 ;  • capitaine Joseph Kalla commandant la Légion de gendarmerie de Yaoundé (qui couvrait le centre, l’est et le sud) le 12 novembre 1965 ;  • capitaine Hermann Akono commandant la Légion de gendarmerie de l’Ouest à Bafoussam le 19 février 1966 ;  • capitaine Louis Lambidjeck commandant la Légion de gendarmerie de l’Est à Bertoua (en cours de création) le 29 août 1969.
 
D’autres officiers camerounais occuperont des fonctions importantes dont :
• Le capitaine Claude Laurent Angouand nommé commandant de l’école de gendarmerie le 1er juin 1968 ;  • Le capitaine Pascal Ndzinga commandant du CATEG (centre administratif et technique de la gendarmerie) bien avant 1970 ;.
En fin d’année 1962 la « camerounisation » des postes au niveau des compagnies et escadrons de gendarmerie se poursuivit et s’acheva le 1er juillet 1965.
 
2.2.2-3 Les cas spécifiques de l’Armée de l’air et de la Marine
Dans l’Armée de l’air et la Marine, les cadres commencèrent à rentrer de formation en 1965. Dans ces corps spécialisés la « camerounisation » se fit lentement, d’autant plus qu’ils n’avaient pas de structuration élémentaire en tant que telle.
 Toutefois, des spécialistes camerounais furent employés dans les équipages comme commandant de bord ou d’embarcation. Dans l’Armée de l’air, le premier poste de responsabilité confié à un camerounais, le lieutenant Yakana Guebama Paul, fut celui de commandant de la division opérationnelle en 1969. Le premier équipage fut lâché sur C 47 en 1971.
 Lentement mais sûrement, l’Armée camerounaise parvint à prendre en charge la défense de ses frontières terrestres, aériennes et maritimes en usant de ressources matérielles et humaines en nette amélioration quantitative et qualitative.
 La période allant du 11 novembre 1959 à 1976 fut marquée par la création officielle de l’Armée camerounaise et le développement du socle granitique sur lequel elle allait désormais reposer. L’accouchement, secoué par les spasmes d’une rébellion tenace mais finalement vaincue, donna lieu à une croissance authentique, caractérisée par ses crises d’adolescence vite maîtrisées. La tactique précéda la stratégie dans l’édification d’une armée véritablement nationale, riche de ses prémices sociologiques, capacitaires et académiques. La solidité de ses fondements, tout en ménageant une certaine flexibilité nécessaire aux mutations futures, eut le mérite de pérenniser certaines valeurs emblématiques, dont le sens du sacrifice, le respect de la légalité républicaine qui caractérisent le soldat camerounais et la définition d’une politique de défense adaptée à son temps.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LES GRANDS DEFIS POST-REBELLION
L’avènement de l’Etat unitaire en 1972 et l’achèvement de la pacification du Cameroun en 1976, érigent, au double plan intérieur et extérieur, de nouveaux défis sur le chemin de la construction de l’armée nationale. Véritable leitmotiv du discours politique du Chef des Forces Armées , ces défis s’articulent autour de quatre piliers fondamentaux: la stabilité intérieure et l’unité nationale, la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, le développement économique et social de la Nation et le rayonnement international du pays.

 
I – Stabilité intérieure et unité nationale
Les convulsions politiques antérieures ou postérieures à l’indépendance vont obliger l’Etat camerounais à développer et entretenir une véritable mystique unitaire. La consolidation de cette indépendance, dont les modalités d’acquisition sont remises en cause par une certaine frange politico-militaire du pays, va s’imposer comme un impératif catégorique. Ainsi, au cours de cette période, l’armée camerounaise, en ses diverses composantes, sera préoccupée par le loyalisme envers les institutions nationales, la protection des personnes et des biens, et la prise en compte de la diversité nationale.
 
1.1- Loyalisme envers les institutions de la République
 
Nous noterons avec emphase certains événements qui illustrent, en ce domaine, l’œuvre remarquable accomplie par les Forces Armées camerounaises.
 Cette armée contribuera à la consolidation du mécanisme constitutionnel ayant conduit à l’accession à la tête de l’Etat, le 6 novembre 1982, de Son excellence Paul BIYA après la démission du Président Ahmadou AHIDJO. Ainsi protègera-t-elle, avec détermination et engagement, la légalité républicaine lors des évènements d’avril 1984, en faisant échec à la tentative de certains jeunes officiers de s’emparer du pouvoir politique. Les Forces Armées nationales, à cette occasion, ont accompli leur devoir sans interférer dans la vie politique de la Nation. Elles ont démontré à la face du monde, non seulement leur efficacité et leur cohésion mais également leur caractère républicain. Lors de la période de la démocratisation des années 1990, où la contestation va emprunter des voies insurrectionnelles, le Président de la République a dû confier le rétablissement de l’ordre aux Commandements opérationnels créés à cet effet. Par leur efficacité, les Forces Armées camerounaises ont ainsi participé au maintien, en ces périodes très difficiles, non seulement de l’unité nationale mais aussi et surtout de la stabilité interne.
 
1.2-Protection des personnes et des biens
 
L’Armée camerounaise va s’employer avec énergie et dévouement à maintenir l’ordre public, rassurer la partie saine de la population, dissuader et, s’il y a lieu, réprimer les délinquants. Pour faire face efficacement à toutes les formes de criminalité, qu’elle soit résiduelle ou grande, ancienne ou nouvelle, des formations et unités additionnelles verront le jour pour compléter l’action de celles traditionnelles. C’est pourquoi certaines forces spéciales ont été créées et mises sur pied notamment :
- Le Groupement (originellement Escadron) Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN) spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité urbaine et rurale, le terrorisme et la piraterie ;  - Les Bataillons Légers d’intervention (BLI), créés en 1999 et transformés plus tard en Bataillons d’Intervention Rapides (BIR), spécialisés dans la lutte contre les coupeurs de routes et la piraterie maritime.
 D’un autre côté, et pour lutter plus efficacement contre la criminalité urbaine, la Gendarmerie a conçu le Centre Opérationnel de la Gendarmerie (COG), organe spécial d’alerte et de gestion des détresses mis en place dans tous les chefs-lieux de régions pour répondre aux appels de détresse des populations sur des numéros gratuits (113), grâce aux patrouilles pré positionnées dans les divers points de chaque centre urbain.
 La Gendarmerie nationale a aussi, en coopération avec la France, réalisé des structures d’appui au commandement pour des échanges verticaux et horizontaux de renseignements par Intranet installé dans les services centraux, les états-majors de régions et de légions ainsi que dans plusieurs états-majors de compagnies et brigades frontalières ou sensibles exposées aux incursions des bandits.
 Dans le champ de la protection civile, le Corps National des Sapeurs Pompiers (CNSP), formation militaire interarmées spécifique, créé par décret n°86/286 du 05 avril 1986, est placé sous l’autorité du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et mis pour emploi auprès du Ministre chargé de l’Administration territoriale.
 Dans le domaine judiciaire, l’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la Constitution du 2 juin 1972 avait donné la possibilité au Ministre des Forces Armées, à travers l’Ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et munitions. Toutefois le processus de démocratisation enclenché dans les années 1990, transfèrera aux juridictions de droit commun, les infractions sur l’usage des armes et munitions. Mais à cause de la recrudescence de la grande criminalité et du grand banditisme observée depuis 1997, le jugement des « crimes de sang » sera rétrocédé aux tribunaux militaires, conformément à l’ordonnance n°72/6, modifiée respectivement par les lois n°97/008 du 10 janvier 1997 et 98/007 du 14 avril 1998, en son article 5.
 Au-delà des critiques et récriminations des diverses sensibilités politiques engagées dans la lutte pour la conquête du pouvoir depuis l’aube de l’indépendance et de la réunification, les juridictions militaires ont largement contribué à la restauration et à la défense de la paix sociale, à la sécurisation de la Nation camerounaise, à la protection des personnes et des biens, indispensables à la construction nationale.
 
1.3 - Prise ne compte de la diversité nationale
 
« Véritable ciment de l’unité nationale », les Forces Armées camerounaises vont s’ouvrir, quantitativement et qualitativement, à toutes les couches sociales. Outre la recherche continue, dans les recrutements, d’un équilibre entre les ressortissants des différentes régions du pays, l’on signalera tout particulièrement le recrutement, dès 1985, des diplômés de l’enseignement supérieur, avec l’incorporation de la promotion « Martin Paul SAMBA » de l’EMIA.
 En effet, l’« armée représente un symbole vivant. Tous les Camerounais doivent se reconnaître en elle. Elle symbolise l’unité nationale et l’intégration, ignorant les différences ethniques, sociales ou culturelles. Tribalisme, népotisme ou sectarisme, sont à bannir de l’image de notre armée ». Du coup, cette armée peut s’ « enorgueillir de compter autant d’hommes engagés, prêts à se battre pour leur patrie », pour la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de celle-ci.
 
II – Souveraineté nationale et intégrité territoriale
 
« Votre rôle primordial, en effet, est, en tout temps, d’assurer la défense de la patrie. Ce rôle implique la sauvegarde de notre intégrité territoriale et de notre souveraineté. C’est un rôle sacré, c’est la raison d’être de toute armée.» Il se dégage de ces propos, les missions de protection de l’intégrité territoriale qui reposent sur l’acquisition d’une logistique adaptée.
 
2.1.– Inviolabilité du territoire national
 
En rappelant fort opportunément que la promotion 1992-1994 de l’EMIA fut baptisée « Intégrité territoriale », force est d’évoquer, ici, le différend frontalier de Bakassi.
 
Le 23 décembre 1993, les Forces Nigérianes franchissent la frontière et s’emparent des points clés de la péninsule éponyme: Akwa ou Archibong, Bakassi point ou Kombo a Bedimo, Sandy point ou Jabane,
Diamont.
 Face à cette agression manifeste, le Président de la République va saisir successivement son homologue du Nigéria, le mécanisme de Prévention des Conflits et de Gestion des Crises de l’OUA et même le Conseil de Sécurité de l’ONU.
 C’est après avoir utilisé, sans résultat concret, toutes ces voies que le Cameroun sera contraint de saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) par ses requêtes introductives d’instances du 29 mars et du 06 juin 1994 ; il faut noter que le Nigéria et le Cameroun étaient tous deux justiciables devant cette cour en vertu de leur souscription antérieure à la clause facultative de juridiction obligatoire de la CIJ. La première requête porte sur la péninsule de Bakassi alors que la requête additionnelle du 06 juin étend le différend sur toute la frontière suite aux revendications nigérianes sur la localité de Darack dans le Lac Tchad.
Sur le plan militaire, la tentative nigériane d’étendre l’occupation de la péninsule échoue lors de l’attaque de la crique de Kombo a Janea.
 Le Nigéria va mieux se préparer en février 1996 par une attaque massive ayant pour objet la prise de l’ensemble de la péninsule pour reporter la frontière un peu plus à l’est sur le Rio Del Rey. La résistance camerounaise, voire sa contre-attaque permettront de stabiliser le front. Toutefois le chef-lieu de la sous-préfecture d’Idabato sera pris ainsi que 120 militaires camerounais, dont un officier, qui seront faits prisonniers. La contre-attaque camerounaise permettra aux Forces Armées camerounaises de faire aussi 150 prisonniers nigérians dont quatre officiers. Un échange officiel des prisonniers aura lieu à l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen le 24 novembre 1998, sous l’égide du Comité international de la croix rouge, authentifiant l’existence d’un conflit armé réel entre les deux pays ; le Nigéria l’ayant toujours nié.
 Le front est resté stable jusqu’à la décision de la CIJ du 10 octobre 2002 confirmant la camerounité de la péninsule de Bakassi, ainsi que les tracés de la frontière maritime jusqu’au point G tels que définis par les Déclarations de Yaoundé II et de Maroua. La dite décision marquait également la délimitation de cette frontière maritime par un point X déterminant la médiane entre les deux pays et une direction loxodromique définissant la frontière maritime entre les deux pays.
 Auparavant, le 16 mai 1981, un accrochage avait eu lieu dans le Rio Del Rey entre une vedette camerounaise de surveillance des criques et une patrouille nigériane. A la suite de cet engagement, les Forces Nigérianes avaient perdu cinq (05) de leurs soldats. La tension était tellement vive qu’une confrontation militaire était redoutée. L’Armée Camerounaise avait déployé à cet effet, des forces importantes à Mamfe, Eyumedjock et Ekok. La guerre n’avait finalement pas eu lieu grâce aux efforts diplomatiques du Président de la République qui avait consenti à indemniser les familles des victimes et présenté ses regrets au gouvernement nigérian qui demandait plutôt des excuses ; excuses qui avaient été refusées, au motif que l’action s’était déroulée en plein territoire camerounais.
 
2.2 – Une implantation territoriale évolutive et dissuasive
 Bras séculier de l’Etat, l’Armée camerounaise se doit, par sa présence effective sur l’ensemble du pays, de dissuader toute menace et de faire cesser sans délai toute atteinte à l’intégrité territoriale du Cameroun. Pour ce faire, l’implantation de ses structures va connaître une évolution dont le maître mot demeurera l’efficacité. A la faveur des importantes réorganisations intervenues en 1976, 1983 et 1992, cette implantation va considérablement évoluer et se densifier. La volonté permanente ici consiste à donner à l’institution militaire, sans esprit belliciste mais toujours dissuasif et décisif, la capacité d’action et de réaction nécessaire à la matérialisation et à l’exercice efficient de ses missions de protection et de défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale.
 
Encore fallait-il que cette armée disposât d’une logistique conséquente pour accompagner les structures créées et mises en place.
 
2.3 – L’effort logistique
 Afin de concrétiser la volonté politique de faire de l’armée un outil de souveraineté nationale et de défense de l’intégrité territoriale, des moyens logistiques significatifs seront progressivement réalisés à son profit. Cet effort concerne à la fois le potentiel opérationnel, les infrastructures et les moyens de représentation et de souveraineté.
 
S’agissant par exemple de l’Armée de l’air, « le Cameroun acquiert entre 1976 et 1984, une bonne partie de son parc aérien militaire, allant du Buffalo au C 130, du Fouga à l’Alpha Jet et de l’Alouette III à la Gazelle » .
 
Pour sa part, et au cours de la même période, la marine nationale verra sa flotte se renforcer pour s’enrichir de moyens navals appréciables (Patrouilleur côtier l’Audacieux, Patrouilleur Lance-missiles Le Bakassi, Patrouilleurs rapides Swift Ships).
 La crise économique qui sévit dès la fin des années 80 freinera cette volonté. Pire, face à la contrainte du resserrement budgétaire, la faiblesse ou l’irrégularité du maintien en condition aura pour conséquence inéluctable l’usure précoce de certains matériels.
 
Malgré tout, le développement économique et social restera l’un des chevaux de bataille de l’armée camerounaise.
 
III - Développement économique et social de la nation
 
« Le développement, vous le savez, demeure pour la Nation camerounaise l’une des préoccupations constantes et l’un des objectifs prioritaires de l’action gouvernementale. Il est par conséquent normal qu’en plus de leur mission traditionnelle de défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et du patrimoine national, le rôle des Forces armées s’inscrive également dans le cadre de ces préoccupations et de ces objectifs. »
 A ce titre, l’armée camerounaise s’affirme comme un vivier d’emplois, un outil de développement et un instrument de lutte contre la crise économique.
 
3.1 L’Armée camerounaise : un vivier d’emplois
 Nombre d’actifs camerounais, au-delà de leur engagement patriotique, trouvent dans l’armée, un gagne-pain, une occupation et une raison de vivre. Sans conteste, l’armée camerounaise est un gros employeur qui, de surcroît, et au-delà des risques bien mesurés du métier, assure à ses personnels et à leurs familles une existence professionnelle et hors cadres honnête et digne.
 
3.2 L’armée camerounaise : un outil de développement
 L’effort d’accroissement du potentiel de l’armée camerounaise ne vise pas uniquement son aptitude opérationnelle, mais aussi à lui donner les moyens d’une meilleure implication dans le développement de la Nation. Aussi, les moyens et structures militaires seront-ils mis à contribution dans les domaines du transport, des travaux publics de l’éducation ou encore de la santé publique.
 De même, les Forces Armées sont-elles préparées « à participer à l’entreprise de développement au cours de leur période d’activité, et, ultérieurement, à s’insérer dans la vie civile » . « Chaque militaire doit être conscient de son obligation d’être un citoyen actif, bâtisseur de la paix et partisan convaincu de l’intérêt général » .
 
3.3 L’Armée camerounaise: instrument de lutte contre la crise économique
 Comme le martèlera le Chef des Forces Armées, « votre mission est à la fois de défendre la sécurité du territoire et de vous montrer solidaires de tous les citoyens dans leurs efforts pour lutter contre la crise qui nous défie ».
 
A cause de cette crise économique, L’Etat sera contraint de réduire drastiquement les dépenses publiques, y compris de défense, même si, dans la mesure de ses moyens, il « n’épargnera aucun effort pour doter l’armée des moyens nécessaires à l’accomplissement de ses tâches fondamentales ». Si le « Cameroun ne peut donc avoir une armée digne de ce nom sans la participation consciente et engagée de tous ses membres à l’effort de développement national » , l’armée camerounaise, au demeurant, contribuera de fort belle manière au rayonnement international du pays.
 
IV – Rayonnement international du pays
 
Au plan international, le Cameroun est resté « fidèle à ses engagements, à ses options fondamentales qui sont :
- l’indépendance nationale ;  - la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale ;  - le non-alignement et la recherche de la paix entre les Nations ;  - la coopération avec tous les pays épris de paix. »
 
A ce titre, l’armée camerounaise participe aux organes de préservation de la paix au niveau sous-régional, aux exercices organisés dans le cadre du renforcement des capacités de maintien de la paix des armées africaines
 
4.1 – La participation aux organes de préservation de la paix au niveau sous-régional 
 Conscient du fait que l’Afrique Centrale, pourtant minée par divers conflits était en retard par rapport à l’Afrique de l’Ouest, le Président de la République du Cameroun va saisir les Nations Unies pour la mise en place d’un organisme approprié en Afrique Centrale. Les Nations Unies vont donner leur accord par la création du Comité Consultatif Permanent des Nations Unies pour les Questions de Sécurité en Afrique Centrale le 5 décembre 1991. Ce comité se réunit tous les six mois dans un des Etats membres que sont : l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la RCA, la RDC, le Rwanda, Sao Tomé et Principe, et le Tchad.
 Il en résultera la création, le 25 février 1999 à Yaoundé, d’un organe de concertation politique et militaire de la CEEAC en matière de promotion, de maintien et de consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique centrale, qui prend le nom de Conseil pour la paix et la sécurité en Afrique Centrale (COPAX).
 
4.2 - La participation aux activités organisées en faveur du renforcement des capacités de maintien de la paix
 Pris individuellement ou en unité constituée, des militaires camerounais participent régulièrement à nombre de programmes, formations ou exercices destinés au renforcement des capacités de maintien de la paix des armées africaines. On citera les activités conduites par les programmes français RECAMP (Renforcement des capacités de maintien de la paix), américain ACRI (African Crisis Response Initiative), canadien CPMP (Centre Pearson pour le Maintien de la Paix) ou encore les formations offertes par le Koffi Annan Peacekeaping Center d’Accra, l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin BEYE de Bamako, etc.
 
4.3 – La participation aux opérations de maintien de la paix
 Le Cameroun, membre des Nations unies, a participé aux opérations de maintien de la paix déjà en 1990 au Cambodge, en y envoyant une douzaine d’officiers observateurs et un contingent de 60 policiers.
 
La mission de ces Forces étant délimitée par l’alinéa 2 de la loi n°67/LF/9 du 12 juin 1967 qui précise que la défense pourvoit au respect des alliances, traités et accords internationaux. Il s’agit d’une prise en considération des missions internationales des forces armées qui s’étendent, par ailleurs, à celles de maintien, d’établissement et de rétablissement de la paix, telles que mentionnées dans le décret n°95/205 du 5 octobre 1995 portant création et organisation de l’unité nationale pour le maintien de la paix. Depuis la publication de ce décret instituant une unité compétente dans le maintien de la paix, de nombreux officiers et sous-officiers sont intervenus dans les zones de conflit.
 
- Au niveau sous-régional, 20 militaires et policiers sont intervenus au sud Kivu dans l’ex-Zaïre en 1995, le 8 février 1999, des personnels sont mis à la disposition de la MINURCA pour la formation de la police civile. Les Forces de Défense sont intervenues dans le sud Soudan au Darfour pour le compte de l’Union Africaine (UA). En Ethiopie, un officier a fait partie de la Force Africaine en Attente (FAA), et en Côte-d’Ivoire, un autre officier siège à l’Etat-major de l’ONUCI. En Afrique, l’on a pu recenser une vingtaine de missions au profit du maintien de la paix.
 
- Le Cameroun a toujours répondu aux sollicitudes de l’ONU et des organisations régionales et sous-régionales, dans un cadre légal.
 
Au final, l’on peut affirmer, sans vergogne, voire avec fierté, qu’au cours de la période post-rébellion, l’armée camerounaise a su relever les défis de la stabilité intérieure et de l’unité nationale, de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, du développement économique et social de la Nation, et du rayonnement international du pays. Comme toute institution vivante, confrontée aux dures réalités passées, présentes et futures, cette armée a continué à se forger avec pugnacité, honneur et fidélité, une personnalité exemplaire, riche, unique et dynamique. D’où la contrainte qui s’imposera inéluctablement à elle de fonder son action sur une politique de défense mieux élaborée, afin d’être intériorisée et conduite avec une cohérence et un professionnalisme considérables.
 
 
 
 
 
 
 
 
ELABORATION DE LA POLITIQUE DE DEFENSE DU CAMEROUN : la défense populaire
 
La République du Cameroun est un Etat en développement, doté d’un potentiel naturel varié et divers. Elle occupe une position particulière sur l’échiquier africain : « Point de concours des flux ethniques et culturels du continent, ce pays les a intégrés en un alliage original. Et c’est, en définitive, la pluralité qui fonde ici sa singularité : fascinante pluralité géographique, historique et humaine » . De sa diversité physique qui lui vaut la renommée d’ « Afrique en miniature », à son histoire qui lui a légué deux langues officielles – le français et l’anglais – et, surtout, par sa position au cœur de l’Afrique noire, le Cameroun représente un intérêt particulier.
 
Dans le cadre de la définition d’une politique de défense, plusieurs facteurs doivent être pris en considération. La connaissance de l’environnement du Cameroun passe par sa géographie ; son histoire, c’est-à-dire, l’héritage de l’influence des puissances étrangères dans l’évolution du pays ; les conséquences des flux migratoires ; les relations avec les pays limitrophes et ceux plus lointains ; l’action diplomatique du Cameroun dans le sens de son rayonnement international et, son action en faveur des mouvements militant pour la paix et la sécurité internationales.
 
Après avoir jugulé la forte rébellion qui menaçait le jeune Etat nouvellement indépendant, l’Armée camerounaise a, sous l’impulsion des autorités politiques et ce dès 1970, cru nécessaire de se poser et réfléchir sur son avenir. Institution régalienne de tout Etat souverain, elle s’est dotée d’un concept stratégique en interaction complexe avec les contraintes et réalités internes et externes.
I – Les facteurs déterminants de l’élaboration de la politique de défense du Cameroun
 
Les facteurs déterminants de l’élaboration de la politique de défense constituent des éléments réels et contingents tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Cameroun.
 
A- Contraintes et réalités à l’intérieur du Cameroun
 
La multiplicité de sa population, la diversité de son milieu naturel, la succession de divers types d’administration , la jeunesse du pays, etc., sont à la fois des atouts mais également une grande faiblesse, source de discorde. L’unité nationale apparaît dès lors comme le leitmotiv pour arriver à concilier ce « meelting pot », à créer une synergie autour d’un dessein commun et, à favoriser du même coup un développement meilleur et durable du pays. Face à cette quête d’unité et de développement national, les forces armées camerounaises essayent, tant bien que mal, de rester en dehors des clivages ethniques, régionaux ou politiques. Elles se présentent comme le « creuset » de la nation et, garantissent par là, la paix et la stabilité intérieure du Cameroun.
 
1- L’unité nationale
 
Le chemin vers l’indépendance, parsemé de frustrations et d’humiliations, de divergences d’opinions politiques, avait profondément lézardé l’édifice national. Les Camerounais ne semblaient plus être en communion avec eux-mêmes. Le mal était si profond qu’il naissait des particularismes régionaux, mieux, des détournements de l’allégeance citoyenne étatique favorables à l’irrédentisme, à la partition du pays. Face à cette menace qui pèse sur l’unité nationale, Ahmadou Ahidjo, s’adressant aux populations de Dschang, déclarait que « … Tant que vous ne vous considérez pas d’abord comme population Bamiléké de la région de l’Ouest, mais que vous vous considérez comme population de Foméla, de Banganté, de Bafang, de Bangwa, etc., le pays Bamiléké, les populations qui sont si travailleuses, qui sont saines d’esprit et de corps, n’arriveront pas à grand chose » . Déjà en 1959, alors chef du gouvernement camerounais, il déclare connaître «… Tout ce qui peut unir comme tout ce qui peut séparer les populations du Nord et du Sud, de l’Ouest et de l’Est… L’unité nationale pour mon gouvernement est un impératif sacré et pour y parvenir, il n’y a qu’un moyen : accroître le bien-être des populations en combattant la misère et la maladie, en assurant la paix, la sauvegarde des biens et des personnes » . C’est également dans cette logique que le gouvernement d’Ahidjo obtint de l’Assemblée Législative, en décembre 1959, le vote d’une « amnistie totale et inconditionnelle » pour les régions de la Sanaga-Maritime et du Nyong-et-Kellé dont plusieurs ressortissants poursuivis avaient trouvé refuge dans le Cameroun britannique. Dès février 1960, il fit abroger le décret du 13 juillet 1955, portant dissolution de l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C.) et de ses organisations annexes.
 
Cette volonté d’unité nationale va se poursuivre jusqu’à la réunification des deux parties du Cameroun en 1972.
 
La quête de l’unité nationale passe également par la prise en compte de la diversité physique du Cameroun, par la création d’un esprit patriotique au sein de la population pluriethnique du pays et, par la prise en compte de son histoire coloniale.
 Il faut relever que, l’importance de la présentation des données géographiques du pays tient essentiellement à la connaissance de ce que le Cameroun défend d’une part et, permet de justifier le choix de certains types de matériels militaires en fonction des zones géographiques (Sahel, savane et forêt).
 2 – La paix intérieure
 
La paix intérieure est la deuxième motivation de la politique intérieure du Cameroun. Elle est du reste le corollaire de la préoccupation de l’unité nationale développée ci-dessus. La paix intérieure peut être menacée pour des motifs politiques (processus de démocratisation au Cameroun dès 1990), socioculturels ou socioéconomiques. Elle peut également être menacée par son caractère de jeune pays en développement, à l’économie encore faible et fortement dépendante des institutions extérieures. La grande variété de sa population à la conscience nationale encore embryonnaire peut aussi s’avérer une source d’instabilité. Comme nous l’avons noté auparavant, on dénombre plus de 250 ethnies et autant de langues au Cameroun, des traditions et modes de vie très différents des unes des autres. Cette pluralité ethnique se réclame de trois grands groupes religieux différents. En outre, le pays a connu trois types de colonisations : les deux dernières ont façonné des types d’hommes différents et légué au pays deux traditions et deux langues officielles. Il s’agit donc de fondre tout cet ensemble disparate en une nation viable et prospère.
 
Le Cameroun, qui a connu des troubles lors de son accession à l’indépendance, des troubles essentiellement politiques et idéologiques, dus aux divergences de points de vue des forces politiques réclamant la souveraineté, va désormais faire face à un autre type de problèmes. Il s’agit de l’explosion démographique et des effectifs scolaires d’une part, de la mobilité accrue de cette population en quête du bien-être se traduisant par l’exode rural d’autre part.
 Sous l’effet de la paupérisation croissante des populations villageoises, les campagnes se vident pour gonfler les villes à la quête d’un emploi salvateur. L’exode rural est passé de 2,2 % environ en 1960 à plus de 10 % au début des années 2000. Le secteur public déficitaire et déjà pléthorique et le secteur privé encore embryonnaire ne peuvent absorber que 2 % environ par an de ces jeunes diplômés ou non-diplômés. Il reste chaque année plusieurs milliers de jeunes dans les villes sans emploi. Cette situation ne manque pas de poser d’autres problèmes tout aussi importants :
- L’exode rural prive les campagnes d’une main-d’œuvre jeune, possédant toutes ses capacités physiques et intellectuelles, indispensables au développement et à la modernisation de l’agriculture en vue d’un meilleur rendement.  - L’exode rural draine vers des villes non préparées pour les accueillir un flux ininterrompu de jeunes avec tous les dangers que cela comporte pour le maintien de l’ordre, le grand banditisme, les trafics multiples et particulièrement de drogue, la dépravation morale, etc..  - L’exode rural permet la constitution dans les centres urbains, d’une classe de « sans travail » instruits et diplômés, facilement accessibles aux idées et idéologies diverses. C’est ainsi que, avec l’ouverture démocratique, les populations ont de plus en plus accès aux médias de divers ordres – nationaux et internationaux - (journaux, radio, télévision, Internet, etc.) pour s’exprimer librement et prendre part à la gestion de la cité en posant leurs problèmes. Mais cette quête continue de liberté s’est accompagnée de multiples dérapages : radicalisation du dialogue, refus du débat contradictoire, rejet de toute solution consensuelle, assassinat politique, etc.. La création des partis politiques a pris une ampleur telle que l’on dénombre aujourd’hui plus de 120 partis politiques au Cameroun. La création de ceux-ci est souvent le fait d’un groupe ethnique visant à conquérir le pouvoir ou le fait, d’un groupe de jeunes désœuvrés, dont l’objectif est de rendre instable le climat politique national.  - Le regroupement de jeunes désœuvrés dans les villes favorise également un détournement de l’allégeance étatique . A ce titre, limiter l’exode rural aux proportions acceptables et développer les collectivités locales sont des priorités et, peuvent contribuer au maintien de la paix intérieure du pays.
 
3 – Le développement équilibré des régions
 
Lorsque le Cameroun accède à l’indépendance en 1960, sa population, pour la plupart, se sent libérée du joug colonial et retrouvre sa dignité bafouée. L’indépendance marque la rupture de l’entité camerounaise avec la méta-structure coloniale française et britannique, consacrant ainsi la naissance d’un Etat autonome et souverain.
 
Les colonies ayant été d’une importance capitale – essentiellement en ce qui concerne les sources d’approvisionnement de matières premières, les débouchés pour les produits manufacturés, etc. – pour les différentes métropoles, il était difficile que ces dernières acceptent de perdre tous ces avantages. Dès lors, sur la scène internationale, l’indépendance pleine et entière, même quand les autres nations étrangères la reconnaissent, ne signifie pas indépendance réelle. Conscient de cette réalité froide du monde international, Ahmadou Ahidjo mettra en garde ses confrères en affirmant que « l’indépendance que nous avons obtenue n’est qu’une indépendance nominale politique, l’indépendance réelle, c’est l’indépendance économique » .
 
La vraie indépendance ne se limite pas à la simple substitution du colonisateur. Le développement économique du pays reste donc la phase la plus ardue. L’accession à la souveraineté nationale interpelle les Camerounais à plus de travail pour le bonheur et le bien-être de tous. Elle est un « moyen mis à notre disposition pour bâtir un grand pays prospère. Il nous appartient simplement de faire en sorte qu’elle soit profitable, non pas à quelques Camerounais mais, à tous les enfants du Cameroun (…) et, pour atteindre ce grand objectif, il nous faut travailler encore une fois de plus, travailler toujours davantage dans l’union et la paix (…), la tâche est immense, la voie est longue et semée d’embûches » .
 
La notion d’indépendance pour un pays, sur le plan politique, signifie le développement, la sécrétion d’une politique qui lui appartienne en propre, qui ne lui est pas imposée de l’extérieur.
Pour rester maître de sa politique de développement , le Cameroun bénéficie d’une nature généreuse qui lui octroie des atouts non négligeables. Cet avantage lui permet d’être le « grenier de la sous-région ».
B- Contraintes et réalités à l’extérieur du cameroun
 
Après avoir présenté les déterminants lourds de la politique de défense du Cameroun à l’intérieur du pays, il nous est apparu judicieux, compte tenu de l’interdépendance croissante entre les Etats, de passer également en revue les contraintes et réalités à l’extérieur de l’ « enveloppe nationale ». Celle-ci passe par un examen de la sous-région d’une part et, par l’analyse du style national camerounais d’autre part.
 
1 – Géopolitique de la sous région
 
Le Cameroun partage 3 418 kilomètres de frontières terrestres avec le Nigeria à l’Ouest, le Tchad et la Centrafrique à l’Est, le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale au Sud ; et de 504 kilomètres de frontières maritimes avec le Nigeria et la Guinée équatoriale au Sud-Ouest. La situation interne de ces différents pays est caractérisée par l’instabilité.
 
En effet, le chambardement de la géopolitique mondiale, subséquent à l’effacement du schéma traditionnel d’explication des conflits, a ouvert de vastes espaces à l’expression de la conflictualité en Afrique d’une manière générale et en Afrique centrale plus singulièrement. L’activation de ces espaces, gelés par la compétition Est-Ouest, ne tient pas à l’explication univoque, par la culture, qu’en donnent certains auteurs. Ces derniers sont surpris par la complexité des nouveaux types de conflits, la difficulté à les prévenir et à les gérer, et leurs conséquences dont la plus néfaste est la militarisation de la société.
2 – Le Style national camerounais
 
Le style national ou style diplomatique renvoie à ce que l’on appelle l’ « éthos », c’est-à-dire, l’ensemble des caractères propre à un groupe (Etat par exemple) et fait l’originalité de ce groupe sur la scène internationale. Mais ce style est, selon les cas comme le note Raymond Aron, « proche ou du calcul rationnel, ou des tendances psychosociales, ou du système culturel » du pays. Dès lors, le style diplomatique camerounais est caractérisé par l’indépendance nationale compte tenu du contexte de son accession à la souveraineté internationale ; au non recours à la force qui, seul, peut permettre un développement durable du pays ; et à l’unité africaine. Ainsi, ces trois facteurs constituent les axes forts de la politique étrangère du Cameroun. Ils constituent le socle de l’action diplomatique du Cameroun et sont invariables depuis 1960. Ces principes sont marqués par la discrétion – qui n’est pas frilosité – et l’ouverture – qui n’est pas hégémonie.
 
Dans la conclusion de son ouvrage-programme « Pour le libéralisme communautaire », le Président Paul Biya fixe trente objectifs pour le Cameroun. Deux se rapportent spécifiquement aux relations extérieures :
28) : Jaloux de son indépendance et de sa souveraineté, le Cameroun ne pourra que renforcer l’indépendance nationale en exigeant, chaque fois que cela est nécessaire, le respect de sa souveraineté, dans le cadre global d’une politique de non-ingérence dans les affaires des autres Etats, et de la coexistence pacifique.
29) : Conscient de ce que une Afrique désunie ne saurait espérer quoi que ce soit dans l’ordre mondial, nous pensons que le Cameroun doit déployer toute l’énergie dont il est capable pour contribuer au renforcement de l’unité africaine au niveau continental et sous-régional.».
 
La prise en compte des contraintes et réalités, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, a donc permis aux autorités politiques et militaires du Cameroun de définir une politique de défense adaptée à sa situation de jeune Etat encore fragile.
Définition de la politique de défense du Cameroun
 La politique de défense d’un Etat peut se traduire en Afrique comme étant l’expression de sa volonté d’être souverain, de s’affirmer, d’agir et de réagir, de vivre et survivre. Elle définit les objectifs et la ligne de conduite des gouvernants en toutes circonstances. Ainsi, dans le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de la France, il est noté que « L’objectif premier – Des principes de la politique de défense – est d’assurer l’indépendance du pays et la défense des intérêts vitaux de la nation (…). A cette fin, il convient de disposer de capacités autonomes, qui nous permettent à tout moment de nous joindre à nos alliés, et de préparer activement une capacité future (…)».
 
Dans un environnement international caractérisé par l’incertitude et la multiplicité des menaces, dans une situation de crise économique mondiale aggravant les tensions internes et externes, le Cameroun doit disposer d’une politique de défense lui permettant d’assurer sa sécurité, de conserver son indépendance dans la liberté et de respecter ses engagements internationaux.
 
Le Cameroun semble avoir opté, à ce titre, pour un type de comportement (style national) face aux agressions conventionnelles. Ce comportement repose sur un concept qui prend en compte des réactions circonstancielles aux diverses menaces tant intérieures qu’extérieures. Les options fondamentales du pays, une lecture géopolitique de son environnement avec les vulnérabilités subséquentes, permettent de saisir la dynamique de la pensée stratégique des dirigeants du Cameroun.
 
Le concept de défense du Cameroun résulte donc de l’analyse comparée de ces divers paramètres. C’est l’expression de l’évolution politique sous-régionale et mondiale. Ainsi, parce que aujourd’hui la guerre est totale, c’est-à-dire, militaire, humaine, économique, culturelle, etc. ; parce qu’il apparaît nécessaire de sensibiliser et de motiver l’ensemble de la nation qui, en formant un bloc, doit constituer un bastion de résistance, à cause d’une incidence financière lourde, les autorités politiques camerounaises ont opté pour le concept dit de « Défense populaire ». La politique de défense est donc avant tout nationale dans ce sens qu’elle prend appui sur les contraintes et les réalités propres au Cameroun et refuse, en principe, tout mimétisme aveugle avec l’étranger. La défense populaire est un concept à buts et principes globalisants qui fait appel à toutes les forces vives de la nation.
A – Une politique de defense basee sur la « defense populaire »
 
La politique de défense du Cameroun peut être appréhendée à travers la définition de son concept stratégique et la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises renforcée par des textes juridiques.
1 – Définition du concept stratégique
 La définition du concept de « Défense populaire » renvoie à l’énonciation d’un principe et se traduit par un choix stratégique spécifique.
a – Le principe
 
Le principe est celui de la « république en armes », dont toutes les forces vives, ressources et énergies sont engagées dans la défense. En reprenant Jean Jaurès dans Armée Nouvelle (1910), le peuple organisé constitue la nation armée, c’est-à-dire, une véritable armée populaire face au péril national. La nation armée signifie nécessairement la nation juste, elle assure sa défense et, en même temps, œuvre pour la paix et le désarmement. Cependant, l’esprit corporatif de l’armée conduit au militarisme ; l’armée permanente est une armée de caste et de caserne, une société « à part ». Il faut donc rapprocher la nation et l’armée, arracher cette dernière à la réaction, ne pas en faire un instrument de maintien de l’ordre ni d’expédition. La démocratie doit transformer l’armée en réalisant l’amalgame des troupes de ligne et des milices urbaines. Le régime républicain implique également que les questions militaires ne soient pas « séquestrées », et que l’opinion soit mieux informée.
 
Sans verser dans le « tout militaire », il apparaît que la défense populaire vue du Cameroun est l’expression de la « capacité de la nation à mobiliser toutes les énergies susceptibles d’assurer la sécurité du pays et la sauvegarde de nos conquêtes dans la voie du progrès ». Elle est la combinaison des efforts et des actions menées concurremment par les forces régulières et la population, armée ou non. C’est également la participation de tout un peuple à l’effort de défense en vue de s’opposer par tous les moyens à l’invasion du sanctuaire national.
 
Plus prosaïquement et de manière schématique, la défense populaire est la réaction du paysan, de l’ingénieur, de l’instituteur, du commerçant, du marabout ou du pasteur qui, sans trop maugréer, donne sa vie ou celle de ses enfants pour défendre son champ, son laboratoire, son école, son négoce, son minaret ou son clocher. C’est la réaction du citoyen qui, en y mettant toute son ardeur, est prêt à se faire tuer pour défendre, contre un agresseur ou un envahisseur, sa patrie en danger.
b – Le choix stratégique
 
La défense populaire, pour être en accord avec l’idée démocratique, doit être défensive et dissuasive. Une politique de paix impose d’avoir un appareil défensif si efficace que toute velléité agressive sous toutes ses formes soit découragée. Ahmadou Ahidjo précise à ce propos que « la défense populaire peut être d’un grand secours, en agissant au-delà de nos frontières avant tout déclenchement, si l’adversaire a la latitude de trouver en face de lui une volonté sans faille, ardente et décidée à ne pas céder, une défense populaire capable de lui imposer de telles épreuves qu’elle l’obligerait à constater qu’aucun succès immédiat ne justifie de sa part la réalisation de sa menace » . Suscitées par la haine de l’envahisseur, les forces morales confèrent à la défensive sa force décisive. L’armée ici joue un rôle d’avant-garde, encadrant les masses populaires contre l’ennemi et, l’expérience atteste aujourd’hui, suivant les enseignements du passé, qu’on ne vient jamais à bout d’une nation debout. Dans ce sens, Mao Zédong déclare : « Quelle est la muraille vraiment indestructible ? Ce sont les masses, les millions et les millions d’hommes, qui, de tout leur cœur, de toutes leurs pensées, soutiennent la révolution ».
 
Puissance militaire incontestable, la défense populaire est un concept composé de deux éléments : le pays et les troupes. Le pays constituant la puissance absolue, l’armée la puissance relative. Dans ce concept, dont le premier besoin réside dans l’amour de la patrie, la puissance militaire de l’Etat ne réside pas dans la seule armée ni dans le pays pris isolément, mais dans la réunion des deux.
2 – Les bases politiques et juridiques
 Le concept de défense populaire est l’émanation de la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises. Elle fait également l’objet de textes juridiques.
a – Le discours politique
 Les premiers pas du jeune Etat indépendant se sont faits de manière chaotique et plus particulièrement pendant la première moitié des années 1960. La lutte contre la guérilla empêchait toute réflexion stratégique de défense globale du pays. Il fallait prioritairement axer son effort sur la construction de l’unité nationale et la préservation de la paix civile intérieure.
 
Une fois la rébellion réduite, les forces ayant regagné les casernes, les autorités politiques ont pu désormais réfléchir à la défense globale du pays. Il est nécessaire de noter que la guerre du Biafra a également favorisé le développement de cette pensée stratégique dans la mesure où, pour la première fois, l’intégrité du territoire national était en danger ; les troupes du colonel Ojukwu, chef de la sécession biafraise, mèneront des incursions au Cameroun à la recherche d’une base arrière.
 
Bien que énoncé de façon différente depuis l’indépendance du pays, le concept camerounais de défense va être véritablement défini lors de l’important discours prononcé le 15 août 1970 devant les élèves officiers de la promotion du 10ème anniversaire de l’indépendance par le président Ahmadou Ahidjo. Il déclare, en effet, que : « Notre défense doit être nationale, c’est-à-dire l’affaire de tous, l’affaire du peuple tout entier. Les menaces auxquelles nous pouvons être amenés à faire face exigent des moyens que seule la défense populaire peut fournir. Les armées ne suffisent pas pour sauver une nation, tandis qu’une nation défendue par le peuple est invincible ». Cette conception traduit bien un choix, même si elle n’est pas originale en soi puisque d’autres, parmi lesquels les idéologues et les stratèges chinois, l’avaient déjà énoncée auparavant : le choix est celui d’une défense de l’Etat assurée par l’ensemble des citoyens, à quelque niveau qu’ils se trouvent. Il s’agit de « créer, pour l’envahisseur, un éventuel guêpier, inévitable, inexorable, le mettant ici et là en état d’infériorité à exploiter par nos forces armées, relativement critique par le nombre, mais de la meilleure qualité pour l’attaque, mobiles, agressives et déterminées » . Une telle manœuvre aurait l’avantage d’empêcher toute conquête territoriale décisive ou permettre un gage territorial sans égale valeur avec les dommages subis par l’ennemi.
 
Sadou Daoudou, alors Ministre des Forces Armées, déclarait : « Le Cameroun entend maintenir des relations de paix avec toutes les nations du monde, et de bon voisinage avec les pays qui l’entourent… Mais comme… il ne suffit pas de vouloir la paix pour l’obtenir, il est du devoir de tout Etat de se doter des forces armées bien équipées et bien entraînées… Toutefois, en raison de ses faibles ressources, le Cameroun ne disposera pas avant longtemps des forces capables d’être dissuasives par leurs effectifs et leurs équipements. Ses forces régulières ne pourront jamais, et ne devront jamais, d’ailleurs, dépasser un seuil au-delà duquel leur poids sur les ressources du pays constituerait une gêne ou un frein à son développement. C’est pourquoi sa défense ne doit pas être l’apanage des seuls militaires, mais l’affaire de tous… Elle doit être populaire… Il est nécessaire que tous les citoyens, hommes et femmes, comprennent que la défense du pays est leur affaire et qu’ils doivent y participer activement » . Cette vision stratégique est observée de manière continue par le successeur d’Ahidjo, le président Paul Biya. Celui-ci déclare, en effet, que la défense populaire est « la symbiose entre les forces armées et la nation, (…) et représente la résistance morale et civique de la nation ». Par ailleurs, lors de la célébration du 40ème anniversaire des forces armées camerounaises, les 29, 30 et 31 mars 2000, le président Paul Biya déclare que « En effet, notre armée, véritable ciment de notre unité nationale, a toujours été, est et demeure le rempart de nos institutions et de notre souveraineté » . Propos qui consacrent le caractère populaire de la défense camerounaise et qui place l’armée comme entité fédératrice de la République.
b – Les textes juridiques
 Une fois la politique de défense formalisée et en tenant compte des enjeux internes et externes, il fallait qu’elle soit matérialisée dans des textes qui servent de canevas, de guide à toute action.
 Les textes juridiques ci-dessous viennent donc asseoir la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises.
- Il est stipulé dans le préambule de la constitution du 18 janvier 1996 in fine que « Tous les citoyens contribuent à la défense de la patrie ». Cette disposition cadre parfaitement avec le principe de la défense populaire qui est celui de la nation en armes.  - Les articles 3, 5, 17 et 19 de l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959 portant création des forces armées camerounaises et organisation générale de défense, révèlent le caractère populaire de la défense nationale. Nous avons ainsi les notions de « mobilisation générale », de « réquisition des personnes », de « service national », etc.  - De même, la loi n° 67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense, dans ses articles 2, 5, 12, consacre le caractère national et populaire de la défense de la patrie.  - L’article 10 de la loi n° 73/12 du 7 décembre 1973 portant organisation générale de protection civile, dispose que : « Les populations peuvent être astreintes par réquisition à des travaux de protection civile ». Disposition qui rappelle le principe de la défense populaire.  - Le préambule (partie II – Défense) du décret n° 75/700 du 6 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les forces armées dispose que « La nation toute entière participe à l’effort de défense en vue de : - dissuader tout agresseur éventuel, - s’opposer par tous les moyens, soit à l’invasion du territoire national, soit aux manœuvres subversives menées de l’intérieur ou de l’extérieur ».  - La loi n° 78/22 du 29 décembre 1978 portant création d’un corps d’officiers de réserve des forces armées. L’article 4 dispose que « Lors de leur présence sous les drapeaux, les officiers de réserve assurent avec les officiers d’active le commandement, l’encadrement ou le fonctionnement des unités et formations des forces armées et des services rattachés ».
 
A ces principaux textes consacrant le caractère populaire de la défense nationale, peuvent également être signalés, ceux relatifs à l’application effective des premiers visant ainsi à rendre le concept de défense populaire plus opératoire.
B – Buts et principes du concept
 La défense populaire, ainsi définie, apparaît comme un concept fédérateur de toutes les forces vives de la nation. Elle est la pierre angulaire de l’unité nationale. A ce titre, elle doit être globale, permanente et intégrée.
 
- Globale, parce que les ressources de la nation peuvent être comptabilisées pour une victoire finale. Pour le Président Paul Biya, la guerre fait appel à une « corrélation de forces ». Ainsi, « les paysans, les travailleurs, les jeunes constituent un réservoir immense et de vertus combattantes, la contribution effective de ces forces vives de la nation à la défense nationale sera fonction du niveau de la conscience qu’elles pourront acquérir grâce à une politique d’éducation, de formation idéologique et d’encadrement ». Aucune institution ne devra rester étrangère aux préoccupations de la défense. A une menace globale doit correspondre une défense globale.  - Permanente, car la menace est multiforme, permanente et pouvant conduire en quelques instants son paroxysme avec la déclaration de guerre, l’organisation de la défense se doit d’être également non discontinue. Cette préparation ou organisation doit être constamment placée sous le signe de la veille, c’est-à-dire qu’elle ne doit présenter aucun facteur de discontinuité entre la situation de paix et la situation de guerre. La séparation entre le temps de paix et le temps de guerre doit difficilement être décelable.  - Intégrée, cat le principe d’intégration implique ici une répartition des rôles, des responsabilités finalement complémentaires. Aucune ne se veut indépendante et ne se distingue des autres par un filet étanche. La déconcentration (avec les régions militaires interarmées) appelle à la liberté d’action (une autorité responsable à chaque échelon du territoire) pour une meilleure efficacité, dans le cadre de la défense de la patrie. Elle repose sur une organisation où s’imbriquent en permanence les moyens d’une défense civile et économique aux côtés de ceux de la défense militaire. L’instruction présidentielle n° 16/CAB/PRU du 1er septembre 1972 sur la conduite des efforts de défense décrit clairement le rôle de chaque département ministériel et secteur de la vie sociale dans le cadre de la défense populaire. On note également ce souci de responsabilisation des différents secteurs de la nation dans la loi n° 67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense.
 
La situation du Cameroun au centre de l’Afrique fait de ce pays un carrefour ; la diversité de sa population, de son milieu naturel et de son bilinguisme ont forgé une politique étrangère camerounaise toute marquée de dialogue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. A l’intérieur pour bâtir l’unité nationale et promouvoir un développement durable de sa population. A l’extérieur pour entretenir une coopération tous azimuts qui permette au Cameroun d’entretenir des échanges fructueux dans les domaines économiques, sociaux, militaire, culturels, etc. Cependant, le Cameroun entend préserver son identité et son libre arbitre, ce qui se traduit par l’adoption d’une ligne de conduite d’indépendance sur la scène internationale. Il s’est doté d’une politique de défense cadrant avec les exigences de la morale, de la démocratie : la défense populaire. Néanmoins, la crédibilité de ce concept stratégique exige que le modèle affiché de manœuvre dissuasive – les forces armées et non armées existantes et leurs emplois – prévient tout candidat agresseur que le dissuadeur possède les moyens de concrétiser la discontinuité des espaces stratégiques entre celui des enjeux limités et celui de l’enjeu vital, de marquer, le moment venu, les seuils critiques d’agressivité et de risques. Le territoire doit rester inviolable, puisqu’il renferme un bien commun, matériel et spirituel, sacré. Cette politique de défense s’applique sur toute l’étendue du territoire par des structures clairement définies.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
MONTEE EN PUISSANCE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE (1976-1999)
 
Dès 1976, le besoin de redonner du sang neuf à l’Armée camerounaise incite les autorités politiques à poser les grandes lignes directrices de ce que l’on a appelé la deuxième réforme des Forces Armées camerounaises, après celle de 1965 et avant celle de 2001. Du point de vue de l’analyse socio-historique et stratégique, la réforme de la période 1976-1999 est fondamentale pour trois raisons : d’une part, elle est la plus longue, s’étendant sur une période temporelle de 25 ans environs, elle couvre des événements politiques majeurs qui ont influencé la politique de défense et enfin, elle engage de profondes mutations qui vont complètement transformer le visage de l’Armée camerounaise et préparer sa transformation en 2001. Cette analyse permet donc réflexivement de distinguer trois principales séquences dans le mouvement global de montée en puissance de l’Armée camerounaise. De 1976 à 1982, on assiste à ce qu’on peut appeler la phase de la continuité ou de la poursuite de la mise en place des structures institutionnelles et opérationnelles de l’Armée camerounaise. Cette phase sera interrompue en 1983, un an après l’accession à la magistrature suprême, de son Excellence Monsieur le président Paul Biya, le 06 novembre 1982. Président de la République et Chef constitutionnel des Forces Armées, le nouveau président va imposer sa vision stratégique des problèmes de sécurité à travers des textes novateurs qui modifient profondément l’organisation et le fonctionnement de l’administration centrale militaire et des commandements territoriaux. L’année 1983 constitue la phase de la rupture. Enfin, de 1984 à 1999, l’on assiste à ce qu’on peut appeler la phase de la consolidation des institutions militaires pour une meilleure efficacité opérationnelle.
 
I- La phase de la continuité (1976-1982)
 
En 1976, la pacification du pays étant pratiquement terminée, il s’agit pour les autorités politiques de reconvertir l’Armée camerounaise à ses missions traditionnelles et normales de défense globale du territoire national non plus seulement contre un ennemi intérieur mais aussi contre toutes les menaces extérieures au sens du réalisme politique et militaire. Cette politique de «normalisation» des missions de l’Armée camerounaise va entraîner une profonde restructuration du Ministère des Forces Armées et du commandement. Elle est caractérisée par une expansion des structures administratives et opérationnelles du fait de l’extension des missions des Forces Armées camerounaises et par la mise en avant d’une certaine rationalité stratégique.
 
A - Extension des missions des forces armées camerounaises et expansion des structures administratives et opérationnelles
 
La nouvelle orientation des Forces Armées camerounaises vers la mission traditionnelle de défense de l’intégrité territoriale va amener le chef de l’Etat, chef des Forces Armées à créer de nouvelles structures administratives et opérationnelles. Cette prolifération institutionnelle est justifiée par l’extension des missions des forces armées camerounaises lesquelles, en dehors de leurs missions traditionnelles de défense se voient également confier des missions de développement socio-économique afin de suppléer l’absence ou l’insuffisance d’acteurs civils dans ce domaine . Parlant justement de l’interventionnisme administratif des Etats africains postcoloniaux dans le domaine économique, M. G. Conac affirme que : «La dépendance de l’Etat…lui impose de faire de son administration une force animatrice et organisatrice du développement ». C’est ainsi que sur le plan institutionnel, le décret n°76/280 du 6 juillet 1976 portant réorganisation du ministère des Forces armées et du Commandement crée les commandements de la Gendarmerie nationale, des forces spécialisées et des secteurs militaires terrestres. Le Ministère des Forces Armées réorganisé comprend deux structures : le Centre de coordination interarmées (CCI) et des services extérieurs.
- Le Centre de coordination interarmées (CCI) est une structure centrale de coordination administrative, dirigé par un Inspecteur des Armées chargé de la coordination, qui a pour rôle de mener des études de défense militaire, d’élaborer des programmes d’instruction et de mise en condition des forces d’active à l’exception de la Gendarmerie et de contrôler l’exécution de ces programmes ;  - Les services extérieurs comprennent les commandements de la Gendarmerie nationale, de l’Armée de terre, de l’Armée de l’Air et de la Marine nationale. Ces commandements seront organisés ultérieurement par le décret n°76/281 du 6 juillet 1976 qui crée et organise la Délégation générale à la Gendarmerie nationale, tandis que le 6 juillet 1979, huit autres décrets créent et organisent les commandements de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et de la Marine nationale.
 
En ce qui concerne l’Armée de terre, elle se divise désormais en six commandements distincts à savoir, le Commandement des forces terrestres, le Quartier général, le Commandement des Ecoles et Centres d’instruction, le Commandement des Forces d’intervention, le Commandement du Génie militaire et le Commandement des Transmissions et du chiffre. Ces nouvelles structures viennent se substituer à celles créées sous l’empire du décret n°73/313 du 21 juin 1973 portant réorganisation de l’Armée de terre . L’Armée de l’air voit aussi la création du Commandement des Forces aériennes camerounaises qui remplace le Commandement de l’Armée de l’air avec une division des moyens opérationnels, une division des moyens techniques, une division des moyens généraux et administratifs et des bases aériennes. Enfin, dans la Marine nationale, le Commandement des forces navales vient se substituer au Commandement de la Marine nationale avec une division emploi, une division machine et une division administration, des bases et des unités de fusiliers marins. Par la suite, les décrets n°76/283, 284, 285 et 286 portant respectivement création et organisation des Forces aériennes, navales, terrestres et d’intervention viendront renforcer ces structures avec la mise en place de nouvelles unités de combat. On note également par le décret n°76/190 du 7 juillet 1976, la création de quatre commandements territoriaux dénommés secteurs militaires terrestres, organismes décentralisés chargés de l’exécution de missions permanentes ou temporaires. Les réformes engagées en 1976 vont se poursuivre dans la décennie 80 avec les personnels des Forces Armées. Le décret n°76/460 du 12 octobre 1976 portant organisation du régime des pensions alimentaires fondées sur la durée des services et des pensions d’invalidité règle après leur décès, les problèmes liés à la dévolution successorale des ayants-cause. Toujours sur le plan statutaire, la loi n°80/12 du 14 juillet 1980 portant statut général des militaires et les décrets n°80/255 et 256 portant respectivement statut particulier du corps des Officiers d’active des Forces Armées et statut particulier du corps des sous-officiers d’active des Forces Armées viennent donner une certaine identité et un code d’honneur aux personnels militaires ; tandis que la parution du décret n°80/257 du 15 juillet 1980 portant règlement général sur les régimes de rémunération applicables aux personnels militaires des Forces Armées permet d’améliorer substantiellement le quotidien de ces derniers ; ce texte vient s’ajouter aux autres textes à caractère social et sera complété par la loi n°80/13 du 14 juillet 1980 qui s’attache à régler le problème épineux de la reconversion à la vie civile des anciens militaires et gardes civiques.
 
B - La mise en avant d’une certaine rationalité stratégique
 
L’examen des textes précédemment cités laisse transparaitre la recherche d’une certaine rationalité stratégique en vue d’une plus grande efficacité et cohérence dans l’action des nombreux acteurs impliqués dans la chaine du commandement militaire. Par rationalité stratégique, il faut entendre « l’adaptation de l’outil militaire aux conditions de l’environnement international et à ses implications pour la sécurité du pays, telles qu’elles sont interprétées par les décideurs » . Cette adaptation comporte d’une part, «une dimension opérationnelle» qui renvoie aux moyens militaires mis en œuvre pour accomplir les missions de défense, et d’autre part, « une dimension politico-militaire qui relève de l’inscription de l’outil militaire dans les orientations générales de la politique étrangère et de défense». A ce sens, la création des nouvelles structures de commandement ne peut seulement être analysée et expliquée comme le résultat des interactions entre le système militaire et son environnement, ou comme des réponses mécaniques (outputs) que l’Armée apporte aux demandes de développement socio-économique (inputs) du pays, si l’on se réfère à l’analyse systémique. En effet, la différenciation des structures militaires administratives et opérationnelles est aussi impulsée par le jeu des acteurs, en particulier le président de la République, dans sa volonté de modernisation de l’outil militaire dès 1976. La panoplie des textes examinés supra justifie l’hypothèse que ce processus de modernisation n’est pas le fait du «hasard» mais de la « nécessité » et s’inscrit dans une politique publique comme démarche cohérente d’acteurs publics en vue d’atteindre des résultats significatifs dans le secteur de la défense et de la sécurité. Cependant, les processus de différenciations institutionnelles résultent également des diversifications techniques qui voient l’émiettement des « structures-mères » en autant de structures comme les Commandements des Armées de terre, de l’air et de la Marine qui deviennent les Commandements des Forces terrestres, aériennes et navales, le Commandement des Transmissions et du chiffre, le Commandement du Génie militaire, etc. A l’intérieur de ces divers commandements, la création d’organismes spécialisés (divisions emploi, moyens généraux, machine, etc.) apportent un plus à cette diversification rendue nécessaire par l’évolution de l’outil militaire. Ainsi, la création des structures de coordination administrative et opérationnelle a obéi à une rationalité stratégique sans laquelle la prolifération institutionnelle aurait pu se révéler contre-productive. Au niveau central par exemple, la création du Centre de Coordination Interarmées (CCI) est d’assurer la coordination de l’activité opérationnelle (organisation, équipement, entraînement, budget) des forces actives, comme le fera plus tard l’Etat-major des Armées qui le remplacera huit ans plus tard. Au niveau opérationnel, les services extérieurs regroupés en grands commandements fonctionnels comprennent, outre la Délégation générale de la Gendarmerie nationale, huit commandements spécialisés avec des missions opérationnelles spécifiques. On distingue ainsi :
- le Commandement des Forces terrestres (défense classique du territoire);  - le Commandement des Forces d’intervention (opérations spéciales);  - le Commandement du Génie militaire (travaux) ;  - le Commandement des Transmissions et du chiffre (communications);  - le Commandement des Forces aériennes (défense classique du territoire);  - le Commandement des Forces navales (défense classique du territoire);  - le Quartier Général (protection et défense de la capitale).
 
A cette nomenclature opérationnelle, on peut ajouter les commandements territoriaux que sont les secteurs militaires terrestres, en charge des missions temporaires ou permanentes prescrites par les lois, décrets et règlements. La dynamique du processus de différenciation structurelle n’est pas cependant linéaire et connait des phases de « construction-déconstruction » qui traduisent la tectonique des relations concurrentielles et/ou complémentaires entre acteurs de la défense. En effet, cette interaction met en exergue les conflits de compétences et d’intérêts du fait que la différenciation institutionnelle entraîne la dilution des responsabilités administratives et opérationnelles et donc, la multiplication sur le terrain d’acteurs d’origine identique ou différente et aux ressources variées. Cette démarche relationnelle et configurationnelle qui examine « l’acteur et le système » permet de penser le processus de réorganisation du ministère des Forces armées et du Commandement comme «un produit du temps, des événements et des stratégies des acteurs politiques».  - Engagée en 1976, la reconstruction des Forces Armées camerounaises postcoloniales connaitra son point d’orgue en 1983 avec la réforme en profondeur du Ministère des Forces Armées et du Commandement militaire territorial.
 
II- La phase de la rupture (1983)
 
1983 constitue une « saillance situationnelle » dans le mouvement de refondation des Forces armées camerounaises examinée corrélativement avec le contexte politique de l’époque . En effet, l’accession le 6 novembre 1982 à la Présidence de la République du président Paul Biya, conformément aux dispositions pertinentes de l’article 7 de la Constitution du 9 juin 1979 constitue une fenêtre d’opportunité politique qui va permettre au nouveau président d’ouvrir une page nouvelle de l’histoire politique et constitutionnelle du Cameroun, mais aussi de l’histoire des Forces Armées. Soutenu par une forte côte de popularité et contrôlant l’ensemble des leviers du pouvoir (voir le remaniement ministériel du 18 juin 1983 et les deux importantes révisions constitutionnelles de juillet et novembre 1983), le président de la République a toute latitude pour entreprendre en novembre 1983 ce qu’on pourrait appeler une «Révolution dans les Affaires Militaires camerounaises». En effet, au courant de cette année 1983, alors qu’il n’est en poste que depuis 5 mois, les différents textes signés par le Chef de l’Etat, alors Chef suprême des Forces Armées, inaugurent le processus de modernisation des Forces Armées camerounaises. Les textes majeurs de cette modernisation sont sans conteste les décrets n°83/540-541-542 du 5 novembre 1983 et le décret n°83/569 du 12 novembre 1983 qui vont influencer pendant près de 20 ans toute l’organisation institutionnelle et opérationnelle des Forces Armées. Texte massif tant par le nombre de pages (35 au total) que par son contenu (5 titres inégalement répartis avec 100 articles au total), le décret 83/540 est aussi un « texte-massue » qui porte le premier coup fatal aux errements de construction d’un organigramme cohérent et moderne du Ministère des Forces Armées. A la suite, les décrets 83/541 et 542 réorganisent le commandement militaire territorial et les Formations militaires de Combat annoncés dans le décret 83/540 tandis que le décret n°83/569 porte réorganisation de la Gendarmerie nationale. Ces quatre textes vont permettre à l’Armée camerounaise d’opérer un saut qualitatif tant du point de vue institutionnel qu’opérationnel.
 
A - Analyse du décret 83/540
 
Le décret 83/540 porte organisation du Ministère des Forces Armées et du Commandement. Par rapport aux textes antérieurs notamment le décret n°76/280 du 06 juillet 1976 portant réorganisation du ministère des Forces Armées, l’organisation du ministère des Forces Armées et du Commandement y apparait plus moderne et en phase avec l’évolution des missions de l’Armée camerounaise. On y distingue en particulier les innovations suivantes :
 
1) Une organisation institutionnelle et opérationnelle cohérente
 
a) Du point de vue institutionnel
Le Ministère des Forces Armées est constitué d’une administration centrale, un Comité de coordination et des Services extérieurs .
- L’administration centrale : La structure de l’administration centrale met en relief quatre types d’instances de collaboration lesquelles peuvent se répartir en instance de collaboration personnelle, en instance de contrôle, en instance administrative de gestion et enfin, en instances de préparation et de maintien en condition des Forces.  - L’instance de collaboration personnelle : le Secrétariat particulier du Ministre. Son organisation et son fonctionnement sont fixés par des textes particuliers (Article 5, Chapitre I)  - L’instance de Contrôle : l’Inspection générale des Armées (article 7et 8, Chapitre III) En exécution des instructions du Ministre des Forces Armées, et de manière permanente, systématique ou inopinée (article 7, al.6), l’Inspecteur général des Armées est chargé, en liaison avec l’état-major des Armées, du contrôle et des inspections dans les domaines administratif, financier, règlementaire et technique (al.2). Il assure par ailleurs toute mission d’investigation et d’inspection prescrite par le Ministre, dans n’importe quel domaine propre aux Forces Armées, tant dans la gestion, le fonctionnement, l’instruction que dans l’emploi des Forces.  - L’instance administrative de gestion : le Secrétariat Général Principal collaborateur du Ministre, le Secrétaire Général est chargé de coordonner les activités des différents services du ministère et des attachés de Défense (article 10, al.1et 4).  - Les instances de préparation et de maintien en condition des Forces. Les attributions du Délégué général à la Gendarmerie ne sont pas énumérées dans le décret 83/540 du fait du caractère spécifique de la Gendarmerie. Sous l’autorité du Ministre des Forces Armées, le Chef d’état-major des Armées (CEMA) est chargé des études de défense, de la mise sur pied des Forces d’active et de réserve à l’exception de la Gendarmerie nationale, des études relatives à l’équipement des Forces, de la formation des personnels, du maintien en condition des unités, de la discipline des personnels et de la préparation de la mise en œuvre des Forces. Le CEMA participe à l’élaboration du budget des Forces Armées, assure la direction du renseignement militaire et est le conseiller du Ministre dans le domaine de la politique des personnels. Les trois Chefs d’Etats-majors des Armées de terre, de l’air, de la Marine, sont responsables de la mise sur pied, de la préparation, de l’instruction et du maintien en condition des Forces terrestres, aériennes et navales. Enfin, les Commandants territoriaux sont chargés de la mise en œuvre opérationnelle de la politique de défense dans le cadre de circonscriptions territoriales de commandement bien définies.  - Le Comité de Coordination Interarmées :Le Comité de Coordination Interarmées comprend de plein droit, le Délégué général à la Gendarmerie nationale, le Secrétaire général, le Chef d’état-major des Armées, l’Inspecteur général des Armées, le Chef d’état-major particulier du président de la République et sur convocation du ministre, les chefs d’états-majors des Armées de terre, de l’air, de la Marine et des directeurs de l’administration centrale.  - Les Services extérieurs : Enfin, les Services extérieurs du ministère des Forces Armées sont composés des Services extérieurs de la Délégation Générale à la Gendarmerie nationale, les Régions militaires et les Secteurs militaires, les juridictions militaires, les Formations hospitalières militaires et les Services et Etablissements sociaux.
 
b) Du point de vue opérationnel
Les Forces Armées sont constituées par les Forces terrestres de l’Armée de Terre, les Forces aériennes de l’Armée de l’Air, les Forces navales de la Marine et enfin, les Forces de la Gendarmerie.
- Les Forces terrestres :Les Forces terrestres de l’Armée de terre comprennent trois Régiments Interarmes (RIA) composés chacun organiquement d’un Bataillon de Commandement, d’Appui et de Soutien (BCAS), d’un ou deux Bataillons d’infanterie (BI) et éventuellement, d’un Bataillon Blindés de Reconnaissance (BBR), affecté, adapté ou détaché en renfort et des Unités de Réserve générale détachées en renfort. Les Unités de Réserve sont constituées par le Bataillon des Troupes Aéroportées (BTAP), le Régiment du Quartier Général (RQG), le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS) et le Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA).  - Les Forces aériennes : Les Forces aériennes comprennent d’une part trois bases aériennes implantées à Douala, Yaoundé et Garoua, d’autre part, des formations opérationnelles composées de quatre escadrilles dont une Escadrille d’Appui et de Chasse (EACH), une Escadrille de Transport et d’Assaut (ESTA), une Escadrille de Liaison et d’Observation (ESLO) et enfin, une Escadrille d’Hélicoptère Antichars (ESHA) et d’un Etat-major.  - Les Forces navales : Enfin, les Forces navales sont constituées d’une part, de bases navales dont une base principale, celle de Douala, quatre bases secondaires (Man O War Bay, Kribi, Lobe, Campo) et d’annexes opérationnelles et d’autre part, de formations opérationnelles comme la Flottille de Surveillance et de Combat, le Groupement des Fusiliers marins Commandos et d’un Etat-major.
 
Toutes les structures institutionnelles et opérationnelles ci-dessus énumérées sont sous l’autorité du ministre des Forces Armées.
 
2) Des modalités spécifiques de coordination intraministérielle
 
Le décret 83/540 permet de distinguer trois paliers de coordination intraministérielle : une coordination « au sommet », une coordination «au milieu» et une coordination «à la base ».
 
a) La coordination «au sommet»
 
La coordination « au sommet » est assurée par le Ministre des Forces Armées, qui a sous son autorité directe (article 3),
- Le Délégué général à la Gendarmerie nationale ;  - L’Inspecteur général des Armées ;  - Le Chef d’état-major des Armées ;  - Les trois Chefs d’Etats-majors des Armées de Terre, de l’Air et de la Marine ;  - Les Commandants territoriaux.
 
b) La coordination « au milieu »
A titre consultatif, le Ministre des Forces Armées est assisté d’un Comité de Coordination Interarmées (CCIOIA) dont il assure la présidence (article 90). Cette structure médiane est un cadre d’échange stratégique entre les autorités du « sommet» et celles de la « base ». En assemblée plénière, le CCOIA comprend de droit toutes les autorités relevant de l’autorité directe du Ministre (moins les trois Chefs des Etats-majors de terre, de l’air et de la Marine et les Commandants territoriaux) et plus le Secrétaire général et le Chef d’état-major particulier du président de la République ; sur convocation du Ministre, les trois Chefs des Etats-majors de terre, de l’air et de la Marine, les directeurs de l’administration centrale et le Secrétaire général. En mode restreint et en temps de paix, le Comité de Coordination Interarmées comprend de droit outre le Ministre ou le Secrétaire général, le Chef d’état-major des Armées, les Chefs des états-majors des Armées de Terre, de l’Air et de la Marine et, sur convocation du MINFA, les directeurs de l’administration centrale plus toute autre autorité en raison de sa compétence.
 
c) La coordination « à la base »
 
A la base, c’est le Secrétaire général du Ministère des Forces Armées qui, bien que hiérarchiquement situé après, le Délégué général à la Gendarmerie nationale et l’Inspecteur général des Armées, joue un rôle essentiel dans la coordination administrative intraministérielle. En effet et sous la haute autorité du Ministre des Forces Armées, le Secrétaire général « suit l’instruction des affaires du département, assure l’exécution des dispositions prises par le ministre, définit la codification des procédures internes du département et assure l’organisation matérielle des services et coordonne les activités des attachés militaires ». Outre les Conseillers techniques et le Secrétariat militaire, le Secrétaire général coordonne aussi l’activité de certaines directions centrales comme la Direction des Affaires administratives et Réglementaires, la Direction du Budget et des Equipements, la Direction des Personnels civils et militaires, la Direction de la Santé militaire, la Direction de la Justice militaire et la Division de la Sécurité militaire .
 
3) L’instauration d’une collégialité arbitrée au niveau opérationnel en temps de paix
 
A côté de l’Etat-major des Armées créé le 22 aout 1983 , existent désormais trois états-majors propres à chacune des Armées de terre, de l’air et de la Marine, responsables sous la coordination de l’Etat-major des Armées, de l’organisation, de l’équipement et de l’entrainement de leurs forces spécifiques. L’Etat-major des Armées succède au Centre de Coordination Interarmées et vient coordonner l’action des différents commandements créés en 1976. Dans ce sens, un Comité militaire des chefs d’états-majors (Terre, Air, Mer) est créé autour du Chef d’Etat-major des Armées (CEMA) pour débattre et échanger sur les problèmes stratégiques concernant les Forces Armées . Cette collégialité arbitrée met en relief le rôle important du Chef d’Etat-major des Armées dans la préparation opérationnelle des Forces de Défense. Ainsi, l’arbitrage du CEMA est sollicité dans l’organisation, l’équipement, l’entrainement et le maintien en condition des Forces Armées (Terre, Air, Mer).
 
4) L’instauration d’une subordination limitée au niveau opérationnel en temps de crise
En cas de crise, le chef d’état-major des Armées peut être nommé, par décret présidentiel, Chef d’Etat-major Général des Armées (CEMGA) et les trois Chefs d’Etats-majors deviennent ses adjoints opérationnels . Cette subordination peut être qualifiée de limitée parce que hors le temps de crise, les Chefs d’Etats-majors des trois Armées (Terre, Air, Mer) sont placés sous « l’autorité directe du Ministre des Forces Armées » .
 
5) La mise en place d’une structure de formation des personnels militaires
Dans le domaine de la formation de base des personnels militaires, est créé le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction (COMECI) qui est chargé de la formation militaire des élèves sous-officiers, du perfectionnement des officiers, de l’enseignement militaire supérieur et des cours par correspondance, de la formation militaire, du perfectionnement des Soldats, gradés et sous-officiers, du recyclage des formations et unités .
 
6) La création de services logistiques spécifiques
 
Le soutien des Forces Armées est confié à cinq structures spécialisées chacune dans un domaine précis (Finances, Matériels, Transmissions, Génie, Santé). Ainsi, la Direction de l’Intendance s’occupe des finances, et les matériels sont de la compétence de la Direction des Matériels. La Direction des Transmissions se voit quant à elle confier la gestion des transmissions militaires tandis que celle du Génie s’occupe des travaux d’infrastructure. Enfin, la Direction de la Santé opérationnelle est chargée du bien-être physique et psychologique des personnels militaires, particulièrement en manœuvre. D’autres textes viendront asseoir la nouvelle organisation des Forces Armées, surtout au plan opérationnel. Il s’agit en particulier des décrets n°83/541-542 du 5 novembre 1983 portant respectivement organisation du Commandement militaire territorial et des Commandements opérationnels Interarmes et Interarmées et portant création de formations militaires de Combat.
 
B - La présentation des décrets 83/541 et 542
 
Les décrets n°83/541 et 542 portent en avant la réorganisation du commandement militaire territorial et des commandements opérationnels Interarmes et Interarmées et l’utilisation des Formations de Combat déjà amorcées dans le décret n°83/540. Cette réorganisation du commandement militaire et des formations militaires de combat peut être interprétée comme la suite politique du découpage administratif territorial d’août 1983 , dans un contexte de « conjonctures critiques ».
 
Les aménagements contenus dans le décret n°83/541
Le décret n°83/541 apporte de nouveaux aménagements dans le découpage territorial issu de 1976 , le déploiement des forces, des unités de soutien et l’organisation du commandement militaire. On y relève en particulier les aménagements ci-dessous :
 
- Le resserrement du quadrillage territorial La configuration militaire territoriale laisse apparaitre trois régions militaires qui englobent plusieurs secteurs militaires (article 1er). Les régions militaires sont définies comme des « régions de commandement et de défense des Forces armées dans l’exécution de leurs missions permanentes et temporaires » qui englobent « les espaces aériens, maritimes et terrestres » (article 3). Ainsi, la 1ère Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé, couvre les Provinces du Centre, du Sud, de l’Est et comprend les 1er, 2ème et 3ème secteurs militaires (Yaoundé, Ebolowa, Bertoua) ; La 2ème Région militaire dont le poste de commandement est basé à Douala a pour limites de commandement les provinces du Littoral, du Sud-ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest et comprend les 4ème et 5ème secteurs militaires fixés respectivement à Douala et Bafoussam. Enfin, la 3ème Région militaire fixée à Maroua, couvre les provinces de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord et comprend les 6ème et 7ème secteurs militaires (Ngaoundéré et Maroua). Cette reconfiguration territoriale traduit le souci politique et stratégique d’un maillage territorial plus à même de permettre une efficacité opérationnelle des Forces dans les cas de prévention et de gestion des insécurités internes et externes.
 
- La mise en place d’une configuration opérationnelle souple A ce maillage territorial correspond une configuration opérationnelle souple avec des Forces, organisées en unités opérationnelles regroupées en Groupements tactiques et opérationnels et qui peuvent être déployées en mode interarmes ou en mode interarmées selon les circonstances.
 
- En configuration interarmes, on distingue Trois Groupements tactiques terrestres interarmes organiques, les 1er, 2ème et 3ème Régiments interarmes (RIA) créés respectivement dans les trois régions militaires. Chaque RIA comprend un Bataillon de Commandement, de Soutien et d’Appui (BCSA) et deux à trois Bataillon d’Infanterie ou Blindé. A côté de ces trois Groupements tactiques terrestres s’ajoutent les Forces aériennes regroupées sur les trois bases aériennes (Yaoundé, Douala, Garoua) et réparties en quatre unités opérationnelles dont une Escadrille de Liaison et d’Observation, une Escadrille de Chasse et d’Appui, une Escadrille de Transport et d’Assaut, une Escadrille d’hélicoptères Antichars. Enfin, les Forces navales complètent ce dispositif opérationnel avec deux Groupements opérationnels, la Flottille de Surveillance et de Combat et le Groupement de Fusiliers marins commandos, regroupées sur les bases de Douala, Man O War Bay, Kribi, Lobe et Campo.
 
- En configuration interarmées  En fonction des circonstances, tout ou partie d’unités aériennes ou navales peuvent être mises à la disposition du chef interarmes pour une action ou un ensemble d’action déterminées (article 8).
 
- Un soutien des Forces adapté L’équipement des Forces en matériels spécifiques est du ressort du Chef d’état-major des Armées et des chefs d’états-majors de chaque Armée. Cependant, il existe des directions et des unités spécialisées qui dans un domaine précis apportent aux Forces, un soutien logistique adapté. Ainsi, la Direction de l’Intendance est chargée du soutien de l’homme (finances, HCCA…), la Direction du Matériel des équipements spécifiques (armement, munitions, moyens roulants…), la Direction de la Santé du bien-être physique et mental, la Direction des Transmissions des liaisons opérationnelles et la Direction du Génie des travaux de génie civil. Chaque direction dispose d’un bataillon éponyme.
 
- Une souplesse dans l’exercice du commandement L’autre innovation contenue dans ce texte est la recherche de l’unité du commandement militaire pour une grande efficacité opérationnelle. Ce qui conduit à une fusion des commandements territoriaux et opérationnels sous l’autorité du commandant de région (article 11). Ce dernier, sous l’autorité du Ministre des Forces Armées et par délégation du Ministre, sous l’autorité du chef d’état-major des Armées, est chargé du commandement, de l’administration, de l’instruction, de l’entrainement, du maintien en condition et de la discipline générale des unités militaires qui lui sont affectées ou adaptées, du recrutement, de la formation, de la mobilisation des réserves et du maintien de l’ordre. En temps de crise et lorsqu’il est nommé chef d’état-major général (CEMG) par le président de la République, il se voit chargé de la mise en œuvre des mesures de défense civile et populaire prescrite par le Gouvernement en liaison avec les autorités administratives et de l’emploi de toutes les Forces (affectées, adaptées, stationnées) pour la conduite des opérations (articles 14 et 19 du 83/541).
 
- La réaffirmation du rôle du Chef de l’Etat comme commandant opérationnel dans l’engagement des Forces  Le décret 83/542 porte création des formations de combat précédemment annoncées dans le décret 83/540. Il s’agit du Régiment du Quartier Général (RQG), des 1er, 2ème et 3ème Régiments Interarmes, le Régiment du Génie, le Bataillon des Troupes Aéroportées (BTAP), le Bataillon Blindé de Reconnaissance (BBR), les 11ème ,24ème ,32ème et 43ème Bataillons d’Infanterie, le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS), le Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA), le Bataillon des Transmissions (BATRANS). Certaines de ces formations de combat constituent des Unités de Réserve Générale (URG) à l’instar du Régiment du Quartier Général, le Bataillon des Troupes Aéroportées, le Bataillon Blindé de Reconnaissance, le Bataillon d’Artillerie Sol-Air et le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol. Les URG ne peuvent être mises en œuvre que sur ordre ou autorisation du président de la République (art.4, al1), même si elles relèvent sur le plan de la discipline et du soutien du commandant de région territorialement compétent (art.4, al.2). De manière générale, les Commandants de Régiments interarmes, le Commandant du Régiment du Quartier général, le Commandant des troupes Aéroportées sont en liaison directe avec le « Centre Opérations » de l’Etat-major particulier du président de la République, auquel ils sont tenus de rendre compte de tout mouvement d’unités constituées (art.77). Il s’agit ici de la réaffirmation du rôle prééminent du Chef de l’Etat dans l’engagement des Forces au combat, les URG étant au Cameroun ce que l’arme nucléaire est en France ou aux Etats-Unis par exemple, c’est-à-dire, un outil de frappe décisive. Dans la même mouvance d’organisation de la Gendarmerie nationale et des unités opérationnelles, des textes particuliers viendront asseoir l’architecture institutionnelle de la Gendarmerie et l’organisation interne des bases aériennes et navales de l’Armée de l’air et de la Marine. Par la profondeur des textes présidentiels de cette époque, le « moment 1983 » constitue rétrospectivement un contexte de « rupture instauratrice » en ce sens que tout en se différenciant des errements de la « phase de continuité », il prépare la réforme à venir, celle de 2001 dont il balise le terrain. Cependant, avant cette « Grande Réforme », d’autres textes viendront consolider le processus de réorganisation graduelle des Forces Armées.>
 
C - La présentation du décret n°83/569 L’organisation de la Gendarmerie nationale amorcée en 1976 par le décret organique n°76/281 du 6 juillet 1976 connait avec le décret n°83/569, un véritable saut qualitatif dans la modernité. Force à caractère militaire et civil placée sous l’autorité du Ministre chargé des Forces Armées et mise à la disposition du Ministre chargé de la Justice et du Ministre chargé de l’Administration territoriale pour l’exécution des missions de polices administrative et judiciaire, la Gendarmerie nationale a pour mission générale d’assurer le bon ordre public, de veiller au bon fonctionnement des institutions de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national et plus particulièrement dans les zones rurales et sur les voies de communication. L’architecture institutionnelle et opérationnelle de la Gendarmerie telle que présentée par le décret organique permet de distinguer deux niveaux de responsabilité, à savoir le niveau institutionnel constitué par l’administration centrale (1) et le niveau opérationnel constitué par les commandements territoriaux et les commandements et formations spécialisées (2).
 
1- Le niveau institutionnel
Le niveau institutionnel comprend l’administration centrale avec deux instances de coordination (la Délégation générale à la Gendarmerie nationale et la Direction Centrale de la Coordination) et deux directions, véritables « mastodontes » spécialisées, la Direction Centrale de la Coordination (DCC) et la Direction de l’Administration et de la Logistique (DCAL).
 
1.1 Les instances de coordination
La coordination administrative est assurée par la Délégation générale à la Gendarmerie nationale, structure de coordination administrative « au sommet », et par la Direction centrale de la coordination, instance de coordination « à la base ».
 
- La Délégation générale à la Gendarmerie nationale. Sous l’autorité du Ministre chargé des Forces Armées, le Délégué général à la Gendarmerie nationale (DGGN) est chargé de la conception des règles et de l’élaboration des directives nécessaires à l’accomplissement des missions de la Gendarmerie nationale et de l’administration de l’arme, du recrutement , de la formation et de l’équipement des personnels, du contrôle de l’activité des unités, l’exécution des plans d’équipement et infrastructure et de la préparation du budget. Le DGGN a sous son autorité, un Secrétariat particulier (SP), l’Inspection générale (IG), les Conseillers techniques (CT), la Direction Centrale de la Coordination (DCC) et la Direction de l’Administration et de la Logistique (DAL).
 
- La Direction Centrale de la Coordination. Placée sous l’autorité d’un Directeur central de la coordination, la Direction Centrale de la Coordination est chargée de la coordination des activités des directions, services et du Groupement technique de la Gendarmerie nationale. L’importance de cette direction est liée aux structures qui la composent, dont le Service général, le Service des Transmissions, la Direction des Personnels, la Direction de l’Emploi et des Structures et le Groupement technique de la Gendarmerie nationale.
 
1.2 Des directions spécialisées
La fonctionnalité des missions de la Gendarmerie dépend de deux directions importantes, la Direction centrale de la coordination (DCC) et la Direction de l’administration et de la logistique (DAL). La première direction est en prise directe avec le volet opérationnel des missions de la Gendarmerie, tandis que la seconde est en charge des questions administratives et financières.
- En dehors de la réception et de la ventilation du courrier de la Délégation, la DCC est chargée de l’organisation et de l’exploitation des transmissions, de la gestion des personnels d’active et de réserve de la Gendarmerie, de la définition de la doctrine d’emploi de la Gendarmerie, de la mise en œuvre des unités, du renseignement et des recherches judiciaires ainsi que de l’équipement de l’arme.  - La Direction de l’Administration et de la Logistique est quant à elle chargée de la préparation, de l’exécution du budget de fonctionnement, de la gestion administrative des personnels et du domaine mobilier ainsi que de l’administration et de l’acquisition de certains matériels de la Gendarmerie. Elle s’occupe ainsi des problèmes liés à la solde, aux déplacements et aux pensions des personnels ainsi que du volet Habillement-Couchage-Campement-Ameublement (HCCA).
 
2- Le niveau opérationnel :
Les Commandements territoriaux et les Commandements et Formations spécialisées Les commandements territoriaux de la Gendarmerie ou Légions de Gendarmerie sont implantés dans chaque province. Ils constituent des cadres d’exercice de la mise en œuvre des mesures décidées au niveau institutionnel. On observe donc un quadrillage territorial par la création :
- de compagnies de Gendarmerie territoriale et de Gendarmerie spécialisée constituées de brigades territoriales ou spécialisées ;  - des escadrons de Gendarmerie mobile éventuellement regroupés en groupes d’escadrons de gendarmerie mobile implantés dans la province.
Les Commandements et Formations spécialisées comprennent le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction, le Commandement de la Garde républicaine et le Commandements des Formations spécialisées. Le COMECIG est chargé de la formation générale, technique et professionnelle des personnels (officiers, sous-officiers, gendarmes et spécialistes), du perfectionnement et de leur recyclage à travers certaines structures comme l’Ecole d’application des officiers de la Gendarmerie nationale, l’Ecole des sous-officiers et les centres d’instruction qui assurent le perfectionnement des unités constituées et la formation élémentaire des gendarmes et des spécialistes. Partie intégrante de la Gendarmerie nationale, la Garde républicaine est placée pour emploi auprès du président de la République. Enfin, la création des formations spécialisées est l’objet de textes particuliers.
 
III- La phase de consolidation (1984-1999)
 
La réorganisation du ministère des Forces Armées et du Commandement commencée en 1983 va se poursuivre au courant de la période 1984-1999, presqu’à l’aube de la grande réforme de 2001. Dans cette phase, il s’agit de parachever les innovations structurelles et opérationnelles déjà engagées, en créant de nouvelles structures ou en dissolvant celles qui apparaissent inadaptées. Les décrets présidentiels de cette période concernent, entre autres :
 
- Le renforcement de la sécurité présidentielle Après la tentative du coup d’Etat du 06 avril 1984 dont la paternité a été attribuée à quelques « éléments égarés » de cette unité, le chef des Forces Armées par défiance, décide de la création d’une autre structure, la Garde présidentielle (GP), plus moderne, républicaine et interarmées contrairement à la Garde républicaine (GR) dont les éléments étaient issus en majorité de la Gendarmerie nationale. La mort lente de la GR se fera en deux étapes : en premier lieu, le décret n°84/113 du 11 avril 1984 porte dissolution du commandement de la GR ; agonisante, la GR sera définitivement enterrée un an après par le décret n°85/738 du 21 mai 1985 portant création et organisation de la Garde présidentielle. Placée sous l’autorité directe du président de la République, la GP a pour missions, selon l’article 3 du décret organique, de :  - la garde, la protection du palais de la présidence de la République et des résidences présidentielles ;  - la participation à la protection du chef de l’Etat, des membres de sa famille et de ses hôtes ;  - la participation aux escortes et honneurs au chef de l’Etat et aux hôtes de marque ;  - la participation aux cérémonies officielles.
La GP peut également être appelée à effectuer toute autre mission que lui confie le chef de l’Etat.
 
- La réorganisation de la formation générale et technique des personnels En ce qui concerne la formation des personnels, l’on notera la parution des décrets n°86/057 du 14 janvier 1986 et n°94/183 du 29 septembre 1994 portant respectivement création du Centre de Formation Technique des Armées (CFTA) et fixation des conditions de recrutement et d’admission dans les écoles militaires de formation des officiers. Le CFTA se voit chargé par l’article 4, de la formation, du recyclage et du perfectionnement des conducteurs de véhicules, des techniciens et spécialistes des matériels et autres engins de travaux ou de combat terrestre, et des études et recherches liées à ses missions de formation, de recyclage et de perfectionnement. Pour l’admission à la formation des officiers, cinq filières permettent désormais d’opérer un recrutement de choix parmi les jeunes camerounais des deux sexes et les personnels non-officiers désireux de servir dans le corps des officiers et présentant un profil scolaire général/technique ou des potentialités physiques et militaires intéressants à la date du recrutement.
 
- La confirmation doctrinale de l’option de défense populaire Poursuivant la recherche d’une implémentation de la doctrine de la défense populaire, le président de la République, par décret n°86/114 du 4 février 1986 change la dénomination du Ministère des Forces Armées (MINFA) qui devient Ministère de la Défense (MINDEF). Ce changement sémantique n’a pas une simple valeur décorative ; il vise à traduire la réalité moderne de la protection d’un Etat. En effet, énoncée dans les années 70 par le président Ahmadou Ahidjo, le concept de défense populaire a été diluée ou réduite pour des raisons socio-politiques évidentes (la lutte contre l’insurrection) à la seule défense armée. Or, l’évolution des menaces en particulier non militaires (grande criminalité, terrorisme, etc.) laissait clairement transparaitre que l’action des Forces Armées si elle est décisive, ne peut être exclusive pour parer à la variété des menaces dont pouvait faire face l’Etat camerounais. Aussi, la redécouverte par le corps social tout entier que la défense du triangle national est une affaire globale qui concerne chaque citoyen est aussi une nécessité pédagogique et stratégique voulue par le chef de l’Etat à travers la transformation du MINFA en MINDEF.
 
- La prise en compte des menaces non militaires dans la politique de défense Généralement, jusqu’à une certaine époque, étaient considérées comme menaces, les seules menaces militaires opposant entre elles des forces armées de nature équivalente ou celles-ci à des groupes ou à des individus armés. Cette conception étriquée de la menace s’est trouvée dépassée avec l’irruption des menaces non militaires, comme par exemple les menaces environnementales (feux de brousse, éboulements, tremblements de terre, etc.) du fait de l’action de l’homme ou de la nature. La création du Corps national des Sapeurs-Pompiers par décret n°86/286 du 9 avril 1986 constitue une réponse du chef de l’Etat à cette évolution des menaces . Corps militaire mais aux missions sociales et humanitaires, le CNSP se voit confier prioritairement, la lutte contre les incendies et les séquelles de toute autre calamité, les secours aux personnes et biens en péril et la participation aux études et aux actions préventives intéressant son domaine de compétence. Au niveau central, le CNSP est placé sous l’autorité d’un commandant, chargé en liaison avec les autres administrations et organismes (ministère de l’Administration territoriale en particulier), de la conduite des actions spécifiques de ce corps, de la conception générale de l’action et de la permanence des services. Le CNSP comprend comme structures, des organes d’études et de planification, le Centre national d’instruction des Sapeurs-Pompiers et des unités territoriales. Au niveau territorial, les unités territoriales des Sapeurs-Pompiers comprennent des Groupements provinciaux qui ont compétence sur plusieurs régions administratives, des compagnies départementales et des sections de Sapeurs-pompiers.
 
- La prolifération des structures du commandement militaire territorial Dans la continuité du mouvement de consolidation des structures des Forces Armées, l’on notera la parution des décrets n°92/156 du 17 juillet 1992 et n°93/156 du 09 juin 1993 portant respectivement réorganisation du commandement militaire territorial et organisation interne de la région militaire. Ces textes redessinent le paysage du commandement militaire territorial avec la création de nouvelles régions militaires, aériennes et maritimes. Celles-ci constituent des circonscriptions de commandement, d’administration, de soutien et de défense des Forces Armées dans l’exécution de leurs missions permanentes et temporaires (articles 5 du décret de 92). La nouvelle configuration du commandement militaire territorial permet d’observer : * Un redéploiement du commandement militaire terrestre qui voit les régions militaires terrestres passer de 03 à 08, avec les ressorts territoriaux suivants :
- La 1ère Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé couvre la province du Centre et la Capitale ;  - La 2ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Douala couvre les provinces du Littoral et du Sud-Ouest ;  - La 3ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Maroua couvre la province de l’Extrême-Nord ;  - La 4ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Garoua couvre la province du Nord ;  - La 5ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Ngaoundéré couvre la province de l’Adamaoua ;  - La 6ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Bamenda couvre les provinces du Nord-Ouest et de l’Ouest ;  - La 7ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Ebolowa couvre la province du Sud ;  - La 8ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Bertoua couvre la province de l’Est ;
 
La création de Régions Aériennes et de Régions Maritimes Alors que sous l’empire du décret 83/541, les régions militaires englobaient vaguement des « espaces aériens, maritimes et terrestres » (art.3), le décret de 92 délimite ces espaces aériens et maritimes et les transforme en régions aériennes et maritimes. Ainsi, dans le nouveau découpage territorial, les régions aériennes, au nombre de 02, ont les ressorts territoriaux suivants :  - La 1ère Région aérienne dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé, couvre les provinces du Centre, du Sud, de l’Est, du Littoral, du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest ;  - La 2ème Région aérienne dont le poste de commandement est fixé à Garoua, couvre les provinces de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.
 
Les Régions maritimes au nombre de 2 comprennent quant à elles les ressorts territoriaux suivants :  - La 1ère Région maritime dont le poste de commandement est fixé à Douala, couvre la façade maritime de la frontière avec le Nigéria à l’embouchure du fleuve Nyong ;  - La 2ème Région maritime dont le poste de commandement est fixé à Kribi, couvre la façade maritime entre l’embouchure du fleuve Nyong et la frontière avec la Guinée équatoriale.
 
Sur le plan structurel, chaque Région comprend un Etat-major, des unités et formations (organiques, affectées ou adaptées) de combat, de soutien et d’instruction de l’Armée correspondante ainsi que certains organismes, établissements, ateliers, magasins, dépôts et infrastructures militaires ministériels communs ou spécialisés (art.6 du décret de 92). Le décret de 1993 en son article 2 va ajouter à la composition interne de la région, le secrétariat du Commandant de Région, le Bureau des relations publiques, le Bureau de garnison, les Services logistiques de la région et le Bataillon de commandement, de soutien et d’appui. Tandis que seront désormais gérées par délégation du ministre, les organismes, établissements, ateliers, dépôts, stocks, magasins et autres infrastructures ministérielles communs ou spécialisés implantés dans la Région militaire. L’une des innovations marquantes du décret de 1993 est la réorganisation par son arrêté d’application n°480 du 8 septembre 1994, des Bataillons de commandement, de soutien et d’appui (BCSA) qui comprennent désormais plusieurs compagnies opérationnelles (commandement et transmissions, soutien, honneur et sécurité, éclairage, protection), des batteries d’artillerie Sol-Air (art.5), des bureaux spécifiques chargés des missions du renseignement militaire, de l’instruction et de l’entrainement des personnels (Bureau emploi) ainsi que de l’organisation des effectifs, de la chancellerie et du soutien logistique (Bureau administratif et logistique). Le décret de 1993 voit par contre la disparition des bataillons d’infanterie ou blindés internes à la Région. Enfin, du point de vue du soutien sanitaire, le décret n°93/212 du 4 août 1993 organise les hôpitaux militaires et les centres médicaux militaires. On notera que cette prolifération des structures opérationnelles du commandement militaire territorial survient pendant les « années chaudes » générées par l’avènement de la démocratie au Cameroun. L’enjeu de la mise en place de cette nouvelle configuration opérationnelle et territoriale est d’assurer d’une part, la cohérence de l’action des autorités civiles et militaires en matière de maintien de l’ordre dans les circonscriptions civiles et militaires de commandement qui ont souvent d’ailleurs les mêmes limites et d’autre part, la « présence quantitative » de l’Etat, c’est-à-dire, son ubiquité dans tout l’espace territorial camerounais à travers le remodelage de la cartographie administrative et militaire et la ventilation de l’autorité de l’Etat, incarnée par les commandants de région, de secteurs militaires et les Forces. Le nouveau découpage du commandement militaire territorial sera complété par le décret n°93/213 du 04 aout 1993 portant nouvelles appellations des formations et unités des Forces Armées. Ainsi par exemple, les Bataillons d’Infanterie (BI), les Bataillons d’Artillerie (BA), et les Bataillons Blindés (BB) deviendront des Bataillons Interarmées (BIA) et changeront aussi de numérotation pour certains : le 31°BA deviendra le 41°BIA, le 31°BB (51°BIA), le 22°BI (61°BIA), le 11°BI (71°BIA) et enfin, le 12°BI deviendra le 81°BIA. Les décrets n°93/094 du 04 septembre 1993 et n°99/015 du 1er février 1999 portant respectivement mise sur pied du premier Bataillon des Fusiliers Marins Commandos (1er BAFUMACO) et création du Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie nationale (GPIGN) complètent la mise en place des structures opérationnelles des Forces de Défense à cette époque. Tandis que le 1er BAFUMACO a pour mission, la lutte contre les menaces maritimes, la piraterie, les trafics maritimes, etc., le GPIGN est chargé du maintien et du rétablissement de l’ordre public, de la lutte contre le grand banditisme et la lutte antiterroriste, avec compétence sur toute l’étendue du territoire national.
- La prise en compte des questions liées à la réinsertion des militaires et à leur implication dans le développement du pays
La libération des militaires atteints par la limite d’âge mais en état de poursuivre une activité pose l’épineuse problématique de la réinsertion à la vie civile de ces personnels dont la plupart n’a acquis aucune autre spécialité en dehors du maniement des armes. La prégnance sociale de ce problème aux conséquences psychologiques évidentes (inoccupation, perte d’identité et de repères sociaux, etc.) a certainement amené le chef des Forces Armées à prendre le décret n°92/205 du 05 octobre 1992 portant création et organisation de la Division des Productions Militaires et de la Réinsertion (DPMR). Au-delà de cet aspect purement social, la DPMR pouvait constituer un outil de Recherche-Développement dans l’Armée à travers le savoir-faire technique de ses personnels tout en contribuant plus efficacement à la lutte pour le développement économique du pays. Rattachée au Secrétariat général, la DPMR est chargée de promouvoir les productions militaires et de préparer la réinsertion des militaires dans la vie civile.
 
Le processus de constitution de l’Armée camerounaise aux plans institutionnels et opérationnels est à situer dans une dynamique historique qui permet de cerner comment la structuration de cet appareillage de « violence légitime » est soumise à des transformations par la logique des événements et conjonctures de la période allant de 1976 à 1999. En effet, la compréhension de la dynamique génétique et stratégique de construction des Forces armées camerounaises entre 1976 et 1999 exigeait que les logiques à l’œuvre dans ce processus fassent l’objet d’une contextualisation sociale permettant de saisir les conditions de l’engagement des acteurs, au premier rang desquels le Chef des Forces armées et des groupes sociaux et professionnels intéressés dans leur relation avec les contraintes de défense dans un environnement postcolonial en pleine mutation. Cette perspective relationnelle permet de montrer que le processus de construction des Forces Armées camerounaises s’inscrit dans la « longue durée » , comme une construction politique coloniale de monopolisation de la puissance qui a émergé de façon contingente pour s’affirmer à travers un enchaînement reproductif dans lequel la période 1976-1999 constitue certes un « moment » important, mais pas conclusif.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
LA GRANDE REFORME DE 2001
Lors du discours prononcé le 30 mars 2000 à Ngaoundéré, à l’occasion de la célébration du quarantième anniversaire de l’armée camerounaise, le Président de la République, Son Excellence Paul BIYA, a lancé la rénovation de cette institution en ces termes : « dans le cadre de la modernisation du cadre juridique de nos forces armées, j’ai instruit le Ministre d’Etat délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, de convoquer le Comité de Coordination Interarmées en vue d’actualiser les différents textes législatifs et réglementaires actuellement en vigueur».
 
Un an plus tard, c’est-à-dire, le 19 mai 2001 (la veille de la célébration du 29ème anniversaire de l’unification), dans un message à la nation camerounaise, il confirme sa volonté de moderniser les forces armées camerounaises.
 
Aussi, si la publication, le 25 juillet 2001, de 21 textes portant refondation de l’armée camerounaise constitue par sa densité et son envergure une surprise pour la quasi-totalité des camerounais, y compris les militaires, elle a, toutefois, été précédée quelque temps auparavant, par ces annonces fortes destinées à préparer les esprits de la population camerounaise en général, et des militaires en particulier.
 
Concrètement, ces textes traduisent l’engagement du Chef de l’Etat à disposer d’un outil de défense rénové, sur lequel la nation camerounaise peut valablement compter. Cette préoccupation se justifie par le fait que le Cameroun évolue dans un environnement caractérisé par de nombreuses crises et des risques récurrents, aux conséquences potentiellement dangereuses pour le monde. Partageant des frontières terrestres avec plusieurs pays, le Cameroun constitue une des voies d’accès à l’océan Atlantique pour le Tchad, la République Centrafricaine et dans une certaine mesure, pour le Congo-Brazzaville. Il apparaît donc que son intégrité territoriale et ses espaces aérien et maritime constituent autant d’objectifs fondamentaux à défendre, pour garantir la libre circulation des personnes et des biens, aussi bien à l’intérieur du Cameroun que dans l’ensemble de la sous-région.
 
Ces textes jettent les bases d’une armée professionnelle, rajeunie, structurée pour une plus grande fluidité dans l’entraînement et l’emploi des forces, ainsi que de la cohérence dans les actions de défense. Bref, il s’agit de renforcer la capacité des Forces de Défense camerounaises en vue de préserver les intérêts vitaux du pays en assurant, en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du triangle national. Cette rénovation de l’outil de défense est graduellement mise en œuvre afin de garantir son effectivité.
 
I-Innovations fonctionnelle et structurelles majeures
A- Adaptation du commandement aux exigences sécuritaires contemporaines
1- Redimensionnement de l’administration centrale du Ministère de la Défense.
2-Renforcement des Etats-majors centraux.
 
Les Etats-majors centraux, organismes d’études et de planification, sont quatre : l’Etat-major des armées qui assure la coordination des activités des Etats-majors de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et de la Marine pour l’organisation, l’équipement et l’entraînement des forces.
a)- Au niveau de l’Etat-major des Armées.
 En matière protocolaire, la réforme consacre la prééminence du Chef d’Etat-major des Armées et du Secrétaire général (le premier ayant préséance sur le second) sur les Chefs d’Etat-major des différentes armées.
 
Le Chef d’Etat-major des Armées (CEMA) s’occupe de l’emploi des forces, tandis que les Chefs d’Etat-major de chaque armée s’attellent à leur préparation. Par ailleurs, l’existence d’un commandement opérationnel et d’un commandement organique est clairement définie. Au niveau de l’état-major des armées, les innovations portent sur la création des postes de Major général, de Conseiller juridique, de Conseiller diplomatique et de Conseiller Gendarmerie. Ces conseillers apportent leur expertise chacun dans son domaine de compétence, dans l’étude des travaux que leur confie le CEMA. Le Commandement des opérations militaires (coordination des unités spéciales des trois armées), le Service historique des armées (traditions militaires) et l’Ecole de la logistique naissent également. Aussi, apparaissent trois postes de Sous-chefs : Plans, Opérations, et Etudes générales et relations internationales. Au niveau des Divisions de l’état-major des armées, la Division de la logistique opérationnelle voit le jour et doit conduire l’ensemble du soutien d’une opération. Certaines structures changent de dénomination ; en même temps que la Direction du commissariat interarmées remplace la Direction de l’intendance, les attributions de la Direction du génie militaire s’accroissent avec l’intégration d’un volet réservé à la réinsertion, consacrant ainsi la dénomination Direction du génie militaire et des organismes interarmées de formation professionnelle.
 
La réforme a également pris en compte l’importance, sans cesse croissante, des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la conduite des opérations militaires, en transformant l’ancienne direction des transmissions de l’état-major des armées en Division des transmissions, de l’électronique et de l’informatique.
b)- Au niveau de l’Etat-major de chaque armée (Terre, Air, Mer).
 La nouveauté consiste ici en la création d’un poste de Major général, de trois postes de Sous-chef (ressources humaines, opérations, logistique), d’une inspection technique, d’une antenne de communication, d’une antenne de la sécurité militaire, d’un Conseiller aux actions civilo-militaires et d’un Service historique. Le suivi médical des équipages de l’Armée de l’air et de la Marine se traduit par la création respective d’un centre médical des expertises aéronautiques et d’un centre médical et des expertises de la Marine. Ces Etats-majors s’enrichissent, également, d’un Bureau des transmissions, de l’électronique et de l’informatique.
3- Clarification des rôles dans l’administration centrale de la gendarmerie nationale.
 Au sein de l’administration centrale de la gendarmerie nationale, la cohérence opérationnelle est renforcée par la distinction claire entre le soutien et l’emploi. Cela se concrétise par l’existence de 2 (deux) pôles : la Direction centrale de l’administration et de la logistique pour le soutien des forces, et la Direction centrale de la coordination pour l’emploi des forces.
4- Redéploiement du commandement militaire territorial.
 
L’architecture du commandement militaire territorial est reconfigurée avec comme changement nouveau, la création des régions militaires interarmées qui relèvent de l’autorité du Ministre en charge de la Défense. La région militaire interarmées se définit comme une circonscription d’administration, de commandement et de soutien des forces stationnées, adaptées ou affectées et implantées sur sa sphère de compétence. Elle s’enrichit d’un caractère interarmées (expérience nouvelle pour le commandement militaire territorial) qui consiste à regrouper les composantes de toutes les forces (Terre, Air, Mer). Elle est, en outre, placée sous l’autorité d’un commandant de région militaire interarmées, qui dispose d’un état-major et est assisté de 4 (quatre) adjoints : un adjoint chargé des forces terrestres, un adjoint chargé des forces aériennes, un adjoint chargé des forces navales et un adjoint chargé des opérations. Ces adjoints sont responsables, sous la coordination du commandant, de l’application des mesures édictées par leurs états-majors respectifs. Sur le plan opérationnel, chaque région militaire interarmées dispose de brigades d’infanterie motorisées à deux ou trois bataillons, d’un bataillon d’intervention rapide, d’une base aérienne et le cas échéant, d’une base navale.
 
En ce qui concerne la région de gendarmerie, elle est en charge du commandement, de l’administration, de la coordination et du soutien des formations de la gendarmerie nationale dans l’exécution de leurs missions.
 
Cette réforme divise le territoire national en trois régions militaires interarmées et en trois régions de gendarmerie qui ont les mêmes ressorts territoriaux.
5- Restructuration de la santé militaire.
 
Dans le souci de déconcentrer le dispositif de la santé militaire, des régions de santé militaire, des secteurs de santé militaire et des centres médicaux militaires de secteur sont mis sur pied. Ils épousent les contours du redéploiement du commandement militaire territorial. Le maintien dans le pays d’un climat de sécurité propice à la libre circulation des biens et des personnes, passe par une synergie des forces de défense en vue d’optimiser l’action militaire.
6- Réorganisation du corps national des Sapeurs pompiers.
 
La réforme restructure le corps national des sapeurs pompiers en lui conférant une articulation comprenant une administration centrale sous le modèle proche d’un état-major, des groupements des sapeurs pompiers, des compagnies de sapeurs pompiers, etc. La formation des sapeurs pompiers est également prise en considération avec l’opérationnalisation d’un centre d’instruction.
B- Recherche de l’efficacité globale des forces.
 
L’efficacité globale des forces repose d’une part sur un dispositif d’anticipation, et d’autre part, sur le renforcement des capacités d’intervention.
1- Souci du contrôle et du renseignement.
 L’apparition de menaces nouvelles rend nécessaire le quadrillage rigoureux du territoire camerounais aussi bien dans l’hinterland qu’aux frontières. L’enjeu est la maîtrise de l’information comprise comme outil de connaissance, de direction et de commandement, d’influence et d’action. Concrètement, il s’agit d’acquérir et de gérer les informations sur les espaces physiques, humains et structurels afin d’avoir la connaissance la plus précise possible de la situation. Il est aussi impératif de comprendre au mieux la situation et d’en prévoir l’évolution afin de permettre l’anticipation stratégique. Par conséquent, il est important de mettre en place des mesures de prévention permettant de détecter les prémisses d’une crise dont l’évolution pourrait déstabiliser le pays.
 
Le dispositif déployé pour mieux quadriller le territoire national se présente ainsi qu’il suit : - la 1ère Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Yaoundé, couvre les Régions du Centre, du Sud et de l’Est. A cette entité, correspondent la 1ère Région de gendarmerie et la 1ère Région de santé militaire ; - la 2ème Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Douala, couvre les Régions du littoral, du Nord-ouest, de l’Ouest et du Sud-ouest. A cette entité correspondent la 2ème Région de gendarmerie et la 2ème Région de santé militaire ; - la 3ème Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Garoua, couvre les Régions de l’Adamaoua, de l’Extrême-nord et du Nord. A cette entité, correspond la 3ème Région de gendarmerie et la 3ème Région de santé militaire. Le commandant de la région de santé militaire relève du Directeur de la santé militaire et est placé pour emploi auprès du commandant de la région militaire interarmées dont il est le conseiller en matière de santé.
 
La région militaire interarmées est divisée en secteurs militaires terrestres. Au total, il en existe 10 à raison d’un par Région. Quant à la région de gendarmerie, elle est composée de 10 légions de gendarmerie qui coordonnent chacune les activités des compagnies de gendarmerie, qui à leur tour, coordonnent celles des brigades.
 
A chacune des régions militaires interarmées, correspondent des formations du Corps national de sapeurs-pompiers.
 
La recherche du renseignement a également été renforcée par la restructuration de la Division de la sécurité militaire, qui dispose désormais d’antennes dans toutes les régions du pays et dans les états-majors de chaque armée. La capacité de réaction suit l’obtention du renseignement.
2- Capacité de réaction rapide en cas de crise.
 Pour faire face à des menaces spécifiques, des organismes d’intervention rapide sont implantés dans un premier temps à l’Armée de terre et à la Gendarmerie, puis étendus à l’Armée de l’air et à la Marine nationale.
a)- A la Gendarmerie.
 Des Centres Opérationnels de la Gendarmerie (COG) ont été créés dans les légions de gendarmerie ; ils concourent à combattre les violences urbaines et le banditisme.
b)- A l’Armée de terre.
 5 (cinq) brigades d’intervention voient le jour ; en raison du fait que la compétence territoriale est indépendante du découpage territorial, l’exercice du commandement est facile et la capacité de réaction rapide est du même coup renforcée. Chaque brigade d’infanterie motorisée comprend un bataillon d’appui, un bataillon de commandement et de soutien et deux bataillons d’infanterie motorisée. La Brigade du Quartier Général (BQG), qui est chargée de la protection de la capitale, comprend un état-major, le bataillon de commandement et de soutien et le bataillon de protection. Dans cette grande formation, le volume des unités de soutien de l’administration centrale est revu à la baisse, dans le but de procéder à un nécessaire rééquilibrage entre les organismes centraux et les forces d’une part, et de satisfaire à la volonté d’accroître le taux d’encadrement des unités implantées dans la capitale, d’autre part.
 L’on peut relever la création d’une brigade d’intervention rapide, soumise aux ordres du Chef d’Etat-major des Armées, qui est composée des troupes d’infanterie aéroportée (Bataillon des Troupes Aéroportées-BTAP), de l’arme blindée et cavalerie (Bataillon Blindé de Reconnaissance-BBR) et des troupes amphibies (Bataillon Spécial Amphibie-BSA).
c) - A l’Armée de l’air.
 La naissance du bataillon des fusiliers commandos de l’air répond à la nécessité de disposer d’un instrument de lutte, efficace contre les menaces nouvelles propres à la circulation aérienne telles que le terrorisme.
d)- A la Marine nationale.
 Pour répondre aux actions de type commando menées sur le plan d’eau au moment du conflit frontalier dans la péninsule de Bakassi, une unité de palmeurs de combat est lancée en 1996 ; elle deviendra en 2002, la Compagnie des Palmeurs de Combat (COPALCO). La réforme va aussi insister sur la modernisation des équipements militaires.
3- Modernisation des équipements.
 
Avant la réforme, la situation des Forces Armées camerounaises se caractérisait par l’existence des troupes motivées, disposant cependant d’un équipement vétuste. L’essentiel des crédits budgétaires est consacré à la réhabilitation de ces équipements, en vue de maintenir une capacité opérationnelle crédible.
 
La modernisation de 2001 concerne le renforcement des capacités des forces, et s’inscrit dans la stratégie des moyens retenue par le pays. La mise en œuvre de cette option se heurte, toutefois, aux entraves telles que les coûts progressifs et exorbitants des équipements à haute valeur technologique. Cette surenchère s’applique aussi bien à l’achat qu’à l’utilisation. Dans ces conditions, pour déterminer le type d’équipement qui permet aux Forces de Défense camerounaises de répondre aux défis sécuritaires contemporains, les autorités politiques et militaires pourraient continuer à examiner les besoins de chaque Armée et de la Gendarmerie, en fonction de leurs missions, et en tenant compte des enjeux actuels tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cela consisterait à assurer une « cohérence capacitaire globale » . En conséquence, avec la modernisation des équipements, les décideurs politiques pourraient disposer d’une certaine liberté d’action, pendant que les forces pourraient gagner en crédibilité et efficacité. En réformant les armées et la gendarmerie, le chef des forces armées a voulu aussi disposer de forces opérationnelles sur le plan des ressources humaines.
C- Recherche de l’optimisation des ressources humaines.
 La restructuration a instauré une politique des ressources humaines dynamique, en vue d’adapter le système d’hommes aux besoins d’une armée professionnelle et aux aspirations des militaires.
1- Option pour une armée professionnelle.
Le modèle d’armée retenu est une armée de type professionnel, d’un effectif de 35.000 hommes. L’option claire et nette du Président de la République pour une armée de ce type rend impérative la mutation qui consiste à passer progressivement « du soldat au professionnel, de l’état militaire vers une profession singulière » . Il s’agit de tourner la page de la fonctionnarisation du métier militaire pour ouvrir celle de l’action militaire optimisée dans laquelle la qualité du personnel (son savoir-faire et son savoir-être) prime sur le nombre de militaires présents sous le drapeau. La professionnalisation rime avec le type de militaire à enrôler. En effet, les qualités physiques, morales voire intellectuelles du soldat professionnel doivent prendre le pas sur d’autres considérations. Il est attendu du soldat professionnel, l’efficacité dans l’exécution de la mission qui lui est confiée par son chef hiérarchique.
 
Le fait que le concept camerounais de défense soit une défense populaire peut sembler en contradiction avec le processus de professionnalisation des Forces de défense au Cameroun. En effet, certains pourraient pencher pour une armée de masse, faisant appel au peuple. Pourtant, force est de reconnaître que les enjeux socio-politiques qui président à la réforme de l’armée relèveraient d’une autre logique. L’on pourrait donc soutenir que la réforme du 25 juillet 2001, a lancé le processus de professionnalisation de l’armée au Cameroun. Dans cette entreprise, la confrontation avec le poids du passé récent ou lointain est inévitable.
 
S’agissant du personnel officier, les aménagements de son statut ont pris en considération la spécialisation. C’est ainsi que dans l’Armée de terre, les officiers font carrière dans l’une des armes suivantes : l’infanterie, l’arme blindée et cavalerie, l’artillerie, le génie, les transmissions, le train et le matériel. Dans l’Armée de l’air, les officiers appartiennent à trois corps : le corps du personnel navigant (PN), le corps du personnel non navigant spécialiste (PNNS), le corps du personnel non navigant du service général (PNNSG). Dans la Marine, le corps des officiers spécialisés de la Marine est composé d’une spécialité opérationnelle dont les membres participent à la conduite des navires et aux opérations, ainsi que d’une spécialité technique pour ceux qui sont chargés de la mise en œuvre, de l’entretien et de la réparation du matériel. Les services, quant à eux, sont interarmées et comprennent la santé militaire, la justice militaire, le commissariat et le corps technique et administratif. Les officiers des services de santé des armées comprennent : les médecins, les pharmaciens, les chirurgiens dentistes, les vétérinaires, les ingénieurs biomédicaux, les officiers infirmiers, techniciens des hôpitaux et les officiers d’administration de la santé. Les officiers de la justice militaire, sont composés des magistrats militaires et des greffiers militaires. En ce qui concerne les officiers du commissariat, on distingue les commissaires et les intendants militaires. Le corps technique et administratif des services communs regroupe les officiers d’administration et assimilés, les officiers d’encadrement pénitentiaire, les officiers dans une spécialité issus des armes et les officiers issus du rang qualifiés.
 
Enfin toutes les armées, au regard de leur nature et de leurs missions, ne sont pas concernées de la même manière par la professionnalisation. En effet, les armées techniques comme l’armée de l’air et la marine pratiquent déjà la professionnalisation, alors que l’armée de terre et la gendarmerie ont souvent comporté de gros effectifs, sans rapport réel avec cette professionnalisation. Par conséquent, cette option aura plus ou moins un impact différent sur chacune des Armées et la Gendarmerie.
 
Une armée professionnelle est tributaire de la qualité de la ressource humaine qui l’anime ; en conséquence, un accent est mis sur les modes de rajeunissement des effectifs et du dégagement du personnel en fin de carrière.
2- Rajeunissement des effectifs
L’option pour un modèle d’armée à 35.000 hommes rend centrale la question de la gestion rationnelle des ressources humaines. Dans la réforme de 2001, apparaît la volonté de son initiateur d’assurer une bonne gestion du dégagement des personnels. Et pour une armée professionnelle, le recrutement est l’enjeu le plus important à maîtriser.
 Le rajeunissement des effectifs dans le modèle d’armée retenu, consiste en la suppression du service au-delà de la limite d’âge du grade, et une accélération de la fréquence des recrutements de jeunes camerounais des deux sexes dans les Forces de Défense. En effet, la suppression des prolongations de service accordées aux officiers accroît le dégagement des cadres et par ricochet, créé un déficit qui doit être comblé par un ou plusieurs recrutements ; lesquels recrutements sont destinés à satisfaire les besoins en ressources humaines de l’institution. La qualité du recrutement dépend de la pertinence du mode de sélection retenu. Dans le cadre de la professionnalisation, il s’agit de sélectionner les meilleurs pour les missions de défense de la souveraineté et de l’intégrité du territoire.
 Les limites d’âge de grades ont été cristallisées et il a été mis fin au service au-delà de la limite d’âge du grade. L’aménagement apporté consiste à harmoniser les limites d’âge de grade des officiers : - 58 ans pour le Colonel ou le Capitaine de vaisseau, - 57 ans pour le Lieutenant-colonel ou le Capitaine de frégate, - 56 ans pour le Chef d’escadron, le Chef de bataillon, le Commandant ou le Capitaine de corvette, - 55 ans pour le Capitaine et le Lieutenant de vaisseau, - 54 ans pour le Lieutenant, le Sous-lieutenant, les Enseignes de vaisseau de 1ère et 2ème classes. Par rapport aux limites d’âge de grade en vigueur jusqu’à la publication des textes de la réforme, un bonus s’est introduit, dans la mesure où chaque grade a vu sa limite d’âge majorée de 3 années. Toutefois, il convient de noter qu’avant cette réforme, les officiers avaient la possibilité de bénéficier de prolongations au titre du service au-delà de la limite d’âge qui pouvaient s’étaler sur une période maximum de 6 ans. Or, cette opportunité, au demeurant facultative, était devenue la règle puisque la quasi-totalité des officiers en bénéficiaient. D’où l’accueil mitigé que l’on a pu relever chez certains officiers concernés par les nouvelles dispositions réglementaires. Des mesures transitoires avaient été prises pour les officiers servant déjà au-delà de la limite d’âge du grade à la date du 25 juillet 2001. A titre exceptionnel, les officiers généraux peuvent être maintenus en activité de service au-delà de la limite d’âge de leur grade.
 La fidélisation du personnel pourrait s’effectuer par la prise en considération des soucis de reconversion et de réinsertion des militaires.
3-Souci de reconversion et de réinsertion.
La durée de service des militaires engagés dans une armée professionnelle est relativement courte, en comparaison avec celle des militaires appartenant à une armée de métier. La spécificité du métier des armes rend nécessaire, la construction des passerelles entre ce métier et celui lié aux autres administrations, publiques ou privées, afin de créer des conditions favorables à une réinsertion dans le milieu civil, à la fin de la carrière. Cette synergie peut donner lieu à des procédés tels que l’organisation des stages de reconversion pour les militaires en fin de carrière, ou la certification civile des qualifications militaires, effectuée de concert avec les ministères chargés des questions d’éducation (enseignement de base, enseignement secondaire, enseignement supérieur). La création des organismes interarmées de formation professionnelle repose sur la logique pour l’armée d’apparaître comme un bon employeur, soucieux de l’avenir des hommes qui regagnent la vie civile.
 L’analyse des grandes lignes de la réforme cède la place à l’examen du chemin parcouru pour sa mise en œuvre.
II-Mise en œuvre de la réforme
Le suivi des mesures prises par le Président de la République, en vue de construire une armée professionnelle et moderne, a été confié à une structure spécifique qui travaille suivant un rythme qui tient compte des obstacles d’origines structurelle et humaine.
A- Mise sur pied d’une structure de suivi spécifique.
La création du comité de pilotage pour la mise en place des textes réorganisant et modernisant les Forces de Défense vise à prévenir et à surmonter les obstacles qui pourraient entraver l’enracinement de cette réforme. La mission de ce comité est de faire des recommandations pour l’application effective et progressive des mesures édictées par la nouvelle réglementation, puis de mener ou faire mener des études relatives à la mise en place des structures créées. Ce comité est présidé par le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, et son secrétariat est assuré par le Directeur des affaires administratives et réglementaires du Ministère de la Défense. Les travaux de ce comité se sont déroulés à plusieurs reprises dans les locaux de la Présidence de la République et la signature de plusieurs textes subséquents atteste du travail accompli.
B- Le rythme de la réforme
Le rythme de la réforme de 2001 est placé sous le double signe de l’étalement dans le temps et de la progressivité. Il s’agit concrètement d’éviter toute précipitation. L’échelonnement sur une période donnée est une des conditions de réussite de ce changement fondamental. En effet, il a fallu immédiatement pourvoir les postes créés dans l’administration centrale du Ministère de la Défense et dans le commandement militaire territorial. Les responsables du Ministère de la Défense se sont donnés 4 à 5 ans pour atteindre la totalité des effectifs annoncés. Ils se sont fixés, en outre, 3 ans pour achever la phase de mise en place des structures.
 Le recrutement et les effectifs sont évalués en fonction des besoins des structures créés. Dans cette optique, les états-majors devront élaborer des tableaux des effectifs et des dotations (TED) pour quantifier les besoins en ressources humaines, spécifiquement pour les formations de combat et de soutien. La modernisation de l’armée pose aussi la question de l’équipement des forces. Ce volet est conditionné par les ressources budgétaires de l’Etat. Aussi, pour respecter les efforts du contribuable, le comité de pilotage de cette réforme s’est imposé des délais raisonnables pour équiper les différentes formations de combat et de soutien. L’équipement des forces devra donc s’effectuer dans la durée, compte tenu des disponibilités financières de l’Etat et du coût des matériels de sécurité et de défense.
C- Réalisations du comité de pilotage.
Quelque temps après l’entrée en vigueur de ces importants textes portant sur les Forces de Défense, le comité de pilotage de leur mise en œuvre a commencé à siéger et à produire de nombreux projets de textes, au regard des lacunes et des insuffisances relevées dans la phase d’implantation de certains organismes. Certains de ces projets ont été validés par le Président de la République et sont actuellement en vigueur. Les domaines d’activités concernés sont les suivants :
- Opérations : Six (6) mois après la réforme, les Forces de l’Armée de l’air et les Forces de la Marine nationale dont l’existence avait été mentionnée dans les textes de 2001, ont à leur tour été structurées. Les Forces de l’Armée de l’air sont articulées de la manière suivante : d’une part, les Forces aériennes (escadrons et escadrilles), les Forces terrestres de protection et de combat (bataillons des fusiliers de l’air, bataillon des fusiliers commandos de l’air). En outre, existent des éléments de soutien et de formation (bases aériennes, organismes spécialisés, écoles et centres d’instruction). Les Forces de la Marine nationale, quant à elles, sont articulées en Forces de surface (flottilles, divisions de bâtiments et d’embarcations), Forces de fusiliers marins et Palmeurs de combat (bataillon de fusiliers marins, compagnie des palmeurs de combat), et éléments de soutien et de formation (bases navales, organismes spécialisés). En 2004, l’organisation interne des formations de combat de l’armée de terre est précisée. Elles sont structurées ainsi qu’il suit : Brigade du Quartier Général (bataillon de commandement et de soutien et bataillon de protection), Brigade d’Intervention Rapide (bataillon spécial amphibie, bataillon blindé de reconnaissance, bataillon de troupes aéroportées), Brigade d’Infanterie Motorisée (bataillon d’appui, bataillon d’infanterie motorisée), Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), Bataillon de Commandement et de Soutien (BCS), Régiments de soutien et d’appui (Régiment du Génie militaire-REGEN, Régiment d’Artillerie Sol-Sol, -RASS, Régiment d’Artillerie Sol-Air-RASA). - Recrutement : les conditions d’admission à l’école de formation de base des officiers ont été revisitées pour corriger certaines insuffisances constatées dans la mise en œuvre du décret n°2001/187 y relatif. - Formation : des conventions ont été signées pour un appui à la formation des militaires camerounais. Dans le domaine aéronautique, un décret du 23 mars 2004, porte organisation et fonctionnement du Pôle Aéronautique National à Vocation Régionale (PANVR) implanté à Garoua. Cet organisme a pour mission, dans le cadre du partenariat avec la France, de sélectionner, former et perfectionner les personnels navigants originaires du Cameroun et des pays tiers. Dans le domaine de la sécurité, un intérêt particulier a été mis sur la formation relative aux « opérations militaires autres que la guerre », avec la création de l’Ecole internationale des forces de sécurité. - Valorisation du corps des officiers : la valeur des officiers dépend de la qualité de leur formation initiale et de la formation continue qu’ils sont amenés à suivre. Dans le cas d’espèce, divers textes ont été signés portant non seulement sur la formation initiale et le perfectionnement, mais aussi sur l’enseignement militaire supérieur. Il s’agit notamment du décret n°2004/180 du 1er juillet 2004 portant réorganisation de l’Ecole militaires interarmées, du décret n°2005/011 du 13 janvier 2005 portant création et organisation de l’enseignement militaire supérieur et du décret n°2005/015 du 13 janvier portant création et organisation du centre de l’enseignement militaire supérieur. - Carrière : un décret vient instituer une période de réserve mobilisable d’une durée de 3 ans, pour les personnels officiers admis à faire valoir leurs droits à la retraite en fonction des limites d’âge de grades prévues en 2001. Au cours de cette période, les personnels concernés gardent certains avantages dont ils bénéficiaient pendant qu’ils étaient en activité. - Maintenance des matériels : le souci de rentabiliser les importants investissements consentis par l’Etat pour acquérir les matériels majeurs induit la mise en place d’une structure entièrement dédiée à la maintenance de haut niveau : la Direction centrale du suivi de la maintenance des matériels majeurs.
 
L’organisme ainsi créé devrait être en mesure, entre autres, d’élaborer les programmes de formation, de suivre l’exécution des conventions de maintenance en cours d’exécution, de participer aux études de faisabilité. Les volets concernés vont de l’aéronautique à l’automobile, en passant par l’armement gros calibre, les bâtiments de la marine, etc. En ce qui concerne la maintenance automobile, le 13 janvier 2005, est signé le décret portant création, organisation et fonctionnement de l’Etablissement Centralisé de Réparation et de Reconstruction Automobile (ECRA). Cet organisme a pour mission de réhabiliter l’important parc de véhicules de liaison, de reconnaissance et d’appui (VLRA) des forces de défense camerounaises de manière à améliorer la disponibilité technique opérationnelle (DTO) à moindre coût.
 
Le 25 octobre 2006, est créée la Réserve logistique des armées et de la gendarmerie chargée de la gestion et de la maintenance des moyens et stocks d’intervention. Cette structure, placée auprès du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, assure la gestion des ateliers opérationnels de production suivants : cartoucherie de Garoua, atelier central de confection de Yaoundé, atelier central bois et fer de Yaoundé, atelier central chaud et froid de Yaoundé et atelier central maître bottier de Yaoundé.
D- Les attentes
A l’heure actuelle, toutes les structures prévues dans les décrets du 25 juillet 2001 n’ont pas encore été activées. L’activation de la quasi-totalité des bataillons d’appui est attendue, car seul le 11ème bataillon d’appui implanté à Yaoundé est opérationnel. Il en est de même pour les organismes interarmées de formation professionnelle. Dans le domaine de la santé, seuls deux hôpitaux de région sur trois fonctionnent ; celui de Garoua monte en puissance graduellement. Le centre médical des expertises de la marine et celui des expertises aéronautiques ne sont pas fonctionnels.
En tout état de cause, la réforme traduit la volonté du Président de la République de donner au Cameroun une armée professionnelle et moderne, dont l’objectif principal est de disposer de formations expérimentées et suffisamment entraînées, prêtes à intervenir dans un délai court, pour remplir des missions variées. Les forces de défense doivent, alors, être aptes à tirer le meilleur parti d’une cohérence organisationnelle certaine. Il s’agit, pour elles, de permettre à l’institution militaire non seulement de remplir ses missions régaliennes, mais aussi d’améliorer sa capacité opérationnelle et d’apporter sa contribution à la sécurité collective dans la sous-région et partout dans le monde, à travers une participation active aux opérations de maintien de la paix.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L’ARMEE CAMEROUNAISE : un outil au service du développement de la nation
 
La participation au développement économique et social de la nation, constitue l’une des missions principales des Forces de Défense camerounaises. En garantissant la paix, la sécurité et la stabilité qui sont des conditions indispensables à tout développement, les Forces de Défense participent déjà au progrès du Cameroun. Comme le dit si bien le Chef des Forces Armées, « le développement de notre pays ne peut être conduit avec succès que dans un climat de paix »
De façon plus concrète, les Forces de Défense se sont engagées sur plusieurs fronts de développement. Certaines de ses composantes plus visibles à l’image du Génie militaire, de la Santé militaire, du Corps National des Sapeurs pompiers, sont des acteurs directs du développement.
 
A- Le Génie Militaire : une arme de Développement
Le Génie militaire fait partie des armes dites « savantes ». Il fut à l’origine de nombreuses créations qui connaîtront des applications civiles (aérostation, télégraphie, chemin de fer, bétons spéciaux…). La civilisation romaine peut être considérée comme l’une des premières à utiliser le génie dans le cadre du combat ; les soldats du génie furent alors appelés « architecti ». Ces sapeurs ou pionniers furent principalement utilisés dans la réalisation des fortifications et la guerre de Siege. Au cours de l’Histoire, le génie militaire encore appelé « combat engineer » ou « military engineer » s’est donné l’image d’une arme intelligente et redoutable. La création de véritables unités du génie date au 15 décembre 1793 lorsque Napoléon Bonaparte décide de séparer les compagnies de mineurs de l’artillerie ; il créé alors 12 bataillons de sapeurs.
 
Depuis la deuxième guerre mondiale et tous les conflits qui ont suivi, le Génie militaire a joué un rôle important en se positionnant d’une part comme étant l’arme du terrain et d’autre part comme étant un service capable de mettre en œuvre des infrastructures. Ce dernier volet du génie démontre la capacité de la mise en œuvre d’une force militaire au service des actions civiles ou du développement.
1. Le Génie Militaire au Cameroun : Une histoire riche
Au Cameroun, le Génie militaire est une composante majeure de l’Armée de terre. Il est à la fois une arme (car elle participe activement au combat) et un service à travers la réalisation des infrastructures. L’histoire du génie militaire est riche et peut s’illustrer à travers l’évocation de quelques dates importantes :
• 1er Janvier 1960 : le Cameroun accède à l’indépendance ; pour faire face à la rébellion armée qui perturbe l’économie nationale, un détachement du Génie militaire français est mis en place et reçoit une mission d’aide à la mobilité (rétablissement d’itinéraires, franchissement de coupures), afin de faciliter l’action des forces de maintien de l’ordre. Ce détachement du Génie français sera l’embryon de la future structure du Génie militaire camerounais.  • 1er août 1962 : Création de la Compagnie du Génie Militaire camerounais, commandée par un officier français ;  • 1963 : La compagnie du Génie militaire qui était jusqu’alors utilisée dans son volet arme, reçoit une extension de sa mission avec l’intégration du volet service ;  • 1er novembre 1964 : Un officier camerounais prend le commandement de la Compagnie du Génie militaire ;  • 1er novembre 1966 : Création du Bataillon du Génie (BATGEN) ;  • 1er juillet 1973 : Le BATGEN est transformé en commandement du Génie militaire et rattaché à l’Armée de terre ;  • 6 juillet 1976 : Création du Commandement spécialisé du génie militaire, relevant spécialement du Ministre chargé des Forces Armées ;  • 5 novembre 1983 : Par le décret N° 83/540, le Commandement du génie militaire est réorganisé et structuré en un Etat-major, 3 groupements (Le Groupement de commandement et de soutien, le Groupement des travaux d’infrastructures, le Groupement d’instruction et de combat) et 2 Services (le Service des études techniques, le service administratif et financier).  • 25 juillet 2001 : Par le décret N° 2001/178 les organismes interarmées de formation professionnelle sont rattachés à la DIRGEN (Direction du Génie Militaire) qui devient DIRGEN-OIFP (Direction du Génie Militaire et des Organismes Interarmées de Formation Professionnelle) ; celle-ci, en plus d’être conseillère du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et du Chef d’Etat-major des Armées sur l’emploi du génie, a également un rôle de conception et de contrôle des travaux ; alors que le Régiment Génie (REGEN) devient le bras d’exécution de la DIRGEN-OIFP.
 
2. Le Génie Militaire : Des missions bien remplies
 
Depuis la mise en place de ses structures au sein de l’Armée camerounaise au début des années soixante, le Génie militaire a contribué activement aussi bien dans son aspect purement militaire - le Génie combat - que sous sa forme Service, à la réalisation des infrastructures. Il aura ainsi, en plus des missions militaires générales qui lui sont confiées, réalisé plus de 600 projets d’infrastructures et appuyé les autres armes dans le cadre du combat (comme cela a été le cas durant le conflit frontalier de Bakassi).
 Au Cameroun, le Génie militaire est plus connu comme un instrument au service du développement. Cette arme aura ainsi démontré au fil des ans que les Forces de Défense pouvaient également mettre leur savoir-faire au service du développement en mettant en œuvre des projets d’infrastructures de qualité à un coût relativement bas. C’est ainsi que le génie va réaliser le parcours Vita avec des coûts significativement réduits.
 Il est également à noter que le Génie militaire a été un pionnier dans plusieurs domaines de mise en œuvre de certains types d’infrastructure au Cameroun ; Les premières routes en enrobés denses ont été construites par le Génie militaire qui a également introduit au Cameroun pour la première fois la construction d’échangeurs (Nkolbisson, Zamengoué), l’emploi des glissières métalliques, l’emploi du mélange sol-ciment pour la stabilisation de la couche de base des routes.
 
3. Contribution du Génie durant les années d’indépendance et de la Réunification
 
Les années d’indépendance ont été caractérisées par de nombreuses actions menées par la rébellion qui, en sabotant les voies de communication, mettait en péril la jeune économie du pays encore en construction. Pour faire face à ces actions et faciliter la mobilité des forces du maintien de l’ordre, le haut commandement mit en place un embryon du Génie qui apporta un important appui aux troupes. Dans le même ordre d’idées, la construction des routes stratégiques Sangmelima-Djoum et Mintom-Lele-Mbalam par le Génie Militaire a également permis de faciliter l’accès des troupes à cette partie du territoire national où sévissait une farouche guérilla. Cette mobilité a permis d’arriver à bout de la rébellion et de ramener la paix.
 Ainsi en jouant un rôle important dans la pacification durant la période de l’indépendance à 1965, les actions du Génie ont eu une incidence sur les plans économique et social, notamment avec le retour à la confiance des populations.
 
4. Les Actions Civilo-Militaires du Génie en vue de la consolidation de la paix à Bakassi
 
A l’issue du conflit frontalier à Bakassi d’une part et dans le cadre du transfert d’autorité de toutes les parties occupées dans cette péninsule au Cameroun le 14 Août 2009 d’autre part, le gouvernement camerounais, accompagné de l’ONU et des pays amis, a mis en place des mesures permettant la construction de la paix dans cette zone. C’est ainsi qu’une politique de développement des infrastructures économiques, éducatives, sociales, culturelles et sécuritaires a été pensée afin de ramener la confiance auprès des populations, d’éviter tout recours à la violence et de faciliter la gestion du conflit de manière durable. Ces actions se sont concentrées dans des actions généralement appelées « ACM » (Action Civilo-Militaire) et sont connues en anglais sous l’acronyme de « CIMIC » ( Civil Military Cooperation). Au vu de cette nouvelle mission, le Génie militaire a pu réaliser plusieurs travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures socio-éducatives dans la péninsule de Bakassi nouvellement rétrocédée.
 La construction de la route stratégique Mundemba-Isangele-Akwa est une autre preuve s’il en était encore besoin de le démontrer, de la manifestation des actions d’intérêt public à mettre à l’actif des Forces de Défense. Cette route qui désenclave la péninsule de Bakassi permet aujourd’hui de renforcer le sentiment d’unité nationale. Les populations de Mussongessele, Isangele, Akwa peuvent désormais acheminer leurs récolte vers Kumba et Douala. Par ailleurs, les matériaux permettant de réaliser les grands travaux de construction lancés par l’Etat dans la péninsule de Bakassi cheminent par la même voie.
 Quelques projets réalisés par le Génie Militaire à Bakassi entre 2007 et 2011 Le Génie militaire a réhabilité plusieurs infrastructures à Bakassi, et a construit plusieurs infrastructures dans diverses localités (Akwa, Mbenmong, Wanyo, Issobo, Barrack’s, Idabato2, Kombo A Munja I, Ii Et Iii…).
 
Ces actions civilo-militaires, toujours en cours, ont porté essentiellement sur :
• La réhabilitation ou la construction des centres de santé et des logements d’astreintes ;  • La réhabilitation ou la construction des infrastructures scolaires (écoles et collège);  • La réhabilitation ou la construction des adductions d’eau potable; • L’équipement des infrastructures sus citées ;  • La construction de la route Mundemba-Isangele-Akwa (75km)
 Les ACM ont ainsi permis à ce jour au gouvernement de la République du Cameroun de réduire considérablement, les besoins en infrastructures sociales de base dans la péninsule de Bakassi, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et du ravitaillement en eau potable.
 
5. Formation des Sapeurs du Génie
  Les militaires du Génie que l’on appelle également « sapeurs » ou « combat Engineer », sont (au vu des nombreuses missions qui leur sont assignées) appelés non seulement à travailler dans des environnements difficiles, mais à donner le maximum d’eux-mêmes sur le plan physique et intellectuel afin d’accomplir leur mission. De même, en raison des chantiers et autres missions qui ont lieu dans les quatre coins du pays, les militaires du génie passent la plus grande partie de leur service sous les drapeaux hors de leur base principale ;
Pour mener à bien ses missions dont l’importance n’est plus à signaler, le Génie militaire a toujours eu besoin en tout temps d’un personnel discipliné et compétent. Ces personnels, en ce qui concerne les non-officiers, sont recrutés à la base parmi les jeunes camerounaises et camerounais titulaires des diplômes techniques ou possédant des expériences dans les domaines utiles au Génie militaire. Le commandement a ainsi mis en place un plan de recrutement des jeunes candidats titulaires pour la plupart des CAP, BEPC, Bac Techniques, qui permettraient d’accroitre la capacité opérationnelle de cette structure.
 Il convient de relever qu’avant la naissance de la première compagnie du Génie en 1962, trois officiers camerounais ont été envoyés à l’Ecole d’application du Génie français à Angers, pendant que 20 soldats choisis dans les bataillons d’infanteries, ont suivi une formation génie au sein du 6ème Régiment interarmées d’outre-mer basé à Bouar.
 
Les personnels officiers affectés au Génie militaire sont issus pour l’essentiel de l’EMIA ou des écoles militaires des pays amis. Ils sont en majorité titulaires des diplômes de génie civil. Leurs connaissances sont améliorées à travers les stages dans les domaines tant du génie civil que celui du génie de combat. La formation continue des sapeurs non-officiers est assurée principalement par le Centre d’instruction du Génie basé à Douala. Ces personnels reçoivent des formations variées dans tous les domaines qui concernent le Génie militaire, de la FES au BS2. Des accords existent entre le Ministère de la Défense et certaines écoles (Ecole Nationale Supérieure Polytechnique, Ecole Nationale Supérieure des Travaux publics) permettant l’accès dans ces structures des personnels militaires par voie de concours.
 
6. Les perspectives   Le Génie Militaire a depuis sa création apporté une énorme contribution au développement du Cameroun. Il devrait continuer à agir comme un acteur de développement ce qui exige une autre vision compte tenu des nouveaux défis qui interpellent le Cameroun. A cet effet, le Génie militaire devrait se doter de capacités humaines et matérielles lui permettant de continuer à exécuter ses missions avec professionnalisme. Les nouveaux défis d’un Cameroun résolument axé vers les grandes réalisations, exigerait la contribution de tous les acteurs. Dans cette perspective, un rééquipement et un redéploiement du génie s’avèrent nécessaires afin de donner à cette structure une assise qui lui permettrait de mieux intervenir à la demande tout en évitant une élongation de la chaîne logistique. C’est dans ce sens sûrement que le commandement a récemment prescrit une étude en vue de la réorganisation de cette structure.
 
B. Les autres acteurs du développement
 
1. La Santé militaire : la recherche médicale et les services et structures de santé au bénéfice de la population
 
La Santé militaire au Cameroun est un organe spécialisé des Forces de Défense qui, tout en appliquant la politique nationale de la santé, s’adapte au contexte des armées. En dehors des missions traditionnelles de santé à apporter en temps de paix, les interventions médicales dans les catastrophes de tous ordres sont une mission essentielle de la Santé militaire. La zone rouge des catastrophes ou encore l’épicentre du sinistre, qui est une délimitation conventionnelle est la zone de prédilection de la santé militaire.
 Tous les centres de Santé militaire (les infirmeries et hôpitaux), accueillent sans discrimination, civils et militaires, cela sans aucune restriction pour toutes sortes d’affections ou d’accidents. La Santé militaire en plus de ses missions traditionnelles, s’est spécialisée dans le domaine de la recherche, notamment, la lutte contre les grandes pandémies (VIH/SIDA, paludisme), les maladies émergentes et ré émergentes.
 A cet effet, Le Centre de Recherche sur la Santé des Armées (CRESAR) créé le 20 juin 2002, outre l’évaluation sur certaines maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle et les troubles diététiques, concentre le maximum de ses efforts sur la recherche fondamentale du VIH, et du virus Simiens. Le CRESAR qui vise à remonter l’origine du SIDA, a mis sur pied un centre de veille épidémiologique, axé sur l’évolution et l’apparition d’un VIH3 ou VIH4. Des recherches vaccinales y sont en cours. L’OMS a reconnu le CRESAR du Cameroun comme centre de référence chargé de la surveillance et de la résistance du VIH aux Anti-rétroviraux (ARV) dans la sous-région CEMAC.
 
2. Les Sapeurs pompiers, soldats de la protection civile
 
La mise en œuvre de la protection civile au Cameroun a été confiée à un corps interarmées. Il s’agit du Corps National des Sapeurs Pompiers (CNSP). Les unités de ce corps sont sous réquisition permanente des autorités civiles pour les secours à apporter aux populations en cas de catastrophes naturelles, technologiques ou criminelles.
 Le Corps national des Sapeurs pompiers (CNSP), créé par décret N°86/286 du 05 avril 1986, est une formation militaire interarmées spécifique de protection civile; il est placé sous l’autorité du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et mis pour emploi auprès du Ministre chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.
Conformément à l’article 2 du décret du 25 juillet 2001, ce corps remplit les missions suivantes :
- En temps de paix, il assure la lutte contre les calamités et leurs séquelles, le secours aux personnes et biens en péril, la participation à la gestion des catastrophes, aux études et aux actions préventives intéressant son domaine de compétence ; - En temps de crise, il concourt aux missions de défense aux ordres du Chef d’Etat-major des Armées.
Le CNSP est articulé autour d’un Etat-major qui comprend deux divisions et sept services, des unités opérationnelles que sont les Groupements d’incendie avec PC dans les Régions Militaires Interarmées, les Compagnies d’incendie, les Centres de secours principaux et secondaires, le Centre national d’instruction et les Centres médicaux adaptés.
Les populations intègrent de plus en plus l’appel gratuit aux pompiers dans leurs actes réflexes lors de catastrophes en utilisant le n°18 (téléphone fixe) et le 118 (téléphone portable) .
Le Corps national des Sapeurs pompiers est intervenu plusieurs fois dans les cas d’incendie, de noyade, et d’électrocution. Les personnels d’intervention ont mis leur vie en danger à plusieurs reprises pour sauver des personnes en péril. Des statistiques démontrent que les sapeurs-pompiers sont sollicités au moins 4000 fois par an.
Ce corps, véritable cheville ouvrière de la protection civile, a l’ambition de quadriller le territoire national, pour mieux assurer les interventions de proximité, ainsi que veiller au respect de la règlementation en matière de sécurité et de développement urbain .
 
La Catastrophe du Lac Nyos  Les années 1984 et 1986 ont été marquées par des catastrophes naturelles, créées par des éruptions limnologiques, dont celle du Lac Momoun en 1984 dans le Noun qui a fait 37 victimes, et surtout celle du Lac Nyos le 21 Août 1986 qui a fait plus de 1700 victimes.
 
Suite à ces événements malheureux, les Forces de Défense Camerounaises ont fait preuve de professionnalisme. En effet, au lendemain de ces catastrophes, elles sont entrées en zone critique pour secourir les blessés, compter et identifier les victimes, construire les abris de fortune en vue d’héberger les blessés et rescapés. Ce sont encore elles qui ont reçu les journalistes et les experts et qui ont géré toute la logistique de l’opération notamment la distribution des rations de combat, le transport sur le terrain, le stockage de l’aide humanitaire internationale. Suite à ces actions louables, nos Forces de Défense ont été félicitées aussi bien par le Chef de l’Etat que par la communauté internationale.
 
3. L’Armée de l’air et la Marine Nationale dans les missions Civiles
 
Les Forces Armées interviennent par leurs moyens terrestres, aériens et navals partout où besoin se fait sentir à la demande des autorités et des tiers. Sans se substituer aux compagnies civiles, l’Armée de l’air a desservi pendant longtemps des lignes régulières. Ces lignes permettaient d’assurer les différents mouvements des militaires et de leurs familles, et d’autres bénéficiaires au moment où le tissu des transports était très peu développé. On distinguait 4 lignes régulières (LR) ; La LR 01 qui reliait Douala – Yaoundé – Koutaba – Ngaoundéré – Garoua – Maroua – Yagoua – Ndjamena, la LR 02 qui faisait Douala – Yaoundé - Garoua et retour, la LR 03 encore appelée la triangulaire qui reliait Douala – Yaoundé- Koutaba – Douala, et enfin la LR 04 qui joignait Douala – Tiko – Douala, prolongée plus tard vers le Ndian. La disparition de ces lignes n’a pas empêché l’Armée de l’air à continuer d’assurer ses trafics vers les diverses destinations, au profit des liaisons techniques ou à la demande. Elle a continué de transporter les passagers sur la dorsale septentrionale, et à certaines occasions sur d’autres destinations intérieures et internationales, notamment sur l’Europe. Elle a été souvent la seule alternative aérienne possible, à la fermeture de la Camair et à la suite aux déraillements de train récurrents sur la ligne du Nord. Actuellement, elle assure surtout les transports de matériels ou d’équipements.
Le matériel électoral a souvent été mis en place par les véhicules et aéronefs militaires (notamment dans des zones pratiquement inaccessibles par voies routières) et par les bâtiments de la marine. Il en est de même de la récupération des urnes après le vote dans certaines zones enclavées (arrondissement d’Akwaya, arrondissement de Mouanko, zone de Bakassi, etc.). Ce transport a souvent été la seule alternative utilisable.
 
De même, à la suite du match de football à Libreville opposant l’équipe camerounaise Union de Douala à l’équipe gabonaise FC 105 de Libreville en 1980, il y a eu des heurts regrettables, entre les ressortissants des deux pays ( à la suite desquels les camerounais sont devenus « persona non grata » au Gabon). Le gouvernement camerounais a alors décidé l’évacuation des camerounais pourchassés et molestés au Gabon. L’Armée de l’air camerounaise a ainsi procédé à l’évacuation des citoyens camerounais (par un pont aérien d’une semaine) grâce à ses avions de transport. 20.000 camerounais ont été ainsi évacués du Gabon vers Douala et Yaoundé. A cette époque seule les grandes puissances étaient capables de réaliser un tel exploit
 
L’Armée de l’air camerounaise a réédité l’exploit en avril 1996 lors des troubles survenus à Bangui. Ces évacuations hors de la RCA ont concerné non seulement les personnels de l’Ambassade du Cameroun à Bangui, les étudiants camerounais, mais aussi les ressortissants de l’Ambassade des Etats-Unis. Dans cette perspective, et dans le cadre de la sécurité civile, les moyens volants de l’Armée de l’air et plus particulièrement les hélicoptères, ont servi aux évacuations sanitaires lors des accidents de la route, de la voie ferrée et des catastrophes aéronautiques en dehors des zones aéroportuaires. Ces moyens ont également été mis à contribution pour l’évacuation sanitaire de grands malades nécessitant un transfert immédiat et vital vers des centres hospitaliers de référence.
 
La Marine quant à elle, s’est également énormément investie dans des conditions particulièrement dangereuses, dans les évacuations en mer lors de naufrages, et dans la recherche des corps noyés.
 
4. La Justice militaire et la consolidation de la paix sociale
 
La jeune Armée qui voit le jour le 11 novembre 1959 a dû faire face à la rébellion armée. Pour mieux gérer l’entreprise de pacification, l’état d’urgence est décrété dans les zones d’incertitudes. Les tribunaux militaires sont créés quelques semaines plus tard, le 31 décembre 1959 par l’ordonnance N°59-91 relative à l’organisation, à la compétence et au fonctionnement des juridictions militaires. Elles avaient pour mission première de juger les infractions purement militaires. Elles se verront aussi attribuer le traitement des délits et crimes commis dans les zones soumises à l’Etat d’urgence. A cette période, les tribunaux militaires étaient présidés par des magistrats civils désignés, assistés par des assesseurs militaires nommés parmi les officiers de Gendarmerie et des Armées.
 
La Justice militaire va continuer à s’adapter à l’évolution de la société. Les divergences des systèmes juridiques anglophone (Common law) et francophone (Code Napoléon) seront aplanies dès la Réunification, grâce à l’ordonnance N°61/OF du 4 octobre 1961, modifiée et complétée par les lois du 25 octobre 1963 et du 12 juin 1967. Ces lois renforcent le pouvoir exceptionnel des juridictions militaires et permettent désormais aux magistrats civils de siéger aux côtés de leurs homologues militaires.
 
L’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la constitution de juin 1972 donne la possibilité au Ministre des Forces Armées, à travers l’ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et munitions. Toutefois le processus de démocratisation enclenché dans les années 1990, transfèrera aux juridictions de droit commun, les infractions relatives à l’usage des armes et munitions. Mais en raison de la recrudescence de la grande criminalité et du grand banditisme observée depuis 1997, le jugement des « crimes de sang » reviendra aux tribunaux militaires, conformément à l’ordonnance n°72/6, modifiée respectivement par les lois n°97/008 du 10 janvier 1997 et 98/007 du 14 avril 1998, en son article 5.
 
Au-delà des critiques et récriminations des diverses sensibilités politiques engagées dans la lutte pour la conquête du pouvoir depuis l’aube de l’indépendance et de la réunification, les juridictions militaires ont largement contribué à la restauration et à la défense de la paix sociale, à la sécurisation de la nation camerounaise, à la protection des personnes et des biens, indispensables à la construction nationale.
 
5. La Gendarmerie nationale : favoriser une gendarmerie de proximité
 
La Gendarmerie nationale fait partie intégrante des Forces de Défense ; elle est engagée dans les missions civiles, de protection des personnes et des biens, d’exécution des lois et règlements de la République, de polices administrative, judiciaire et militaire et de sécurité publique. Toujours prête à répondre aux appels de détresse et à porter secours, elle a contribué à la pacification des zones troubles durant les années de la rébellion, à l’unification de notre pays en mai 1972 et au maintien de la paix et de la stabilité que le Cameroun connaît aujourd’hui.
 
A l’avant-garde de la lutte pour la protection des personnes et des biens, condition indispensable du développement économique, la Gendarmerie nationale, au vu des nouvelles menaces, a restructuré son organisation ainsi que ses techniques de sécurisation. Ces actions visent à la rapprocher des populations, d’être à leur écoute, et d’être prête à leur porter secours ; c’est le nouveau concept, de « la Gendarmerie de proximité ».
 
6. Les Forces de Défense, au service de l’éducation nationale, du sport, de la culture et des arts
 
Le Ministère de la Défense dispose également de structures éducatives qui font partie des structures annexes des unités de défense et qui sont mises à la disposition des Ministères en charge de l’éducation. Dans ces structures éducatives, tous les élèves sans discrimination sont admis dans ces structures et les personnels des Forces de Défense employés à l’enseignement sont nombreux. Cet appui à l’éducation, associé aux actions sociales mises en place par les nombreux services sociaux du Ministère de la Défense, sont coordonnés au sein de ce département ministériel, par la Direction des Affaires Administrative et Réglementaires.
 
Dans le domaine du sport, il y a lieu de relever que les « Lions Indomptables » ont été encadrés sur les plans physique et psychologique par les Forces Armées jusqu’à la Coupe du Monde de 1990 en Italie. Il faut également signaler que l’équipe nationale Militaire de Football a été vice-championne du monde, que les équipes de volley-ball et de hand-ball sont championnes d’Afrique militaire depuis les jeux militaires de Nairobi. L’équipe de Volley-ball a terminé 3ème mondial aux Jeux Militaires Mondiaux de Catania (Italie) en 2000. Les équipes FAP de Hand-ball et de Volley-ball sont régulièrement présentes aux phases finales des coupes africaines. Les FAP en général participent dans une part importante au mouvement olympique national et sont affiliées dans plusieurs disciplines au niveau de l’élite en volley-ball, handball, judo, athlétisme, basket-ball, taekwondo, boxe, etc. Sur le plan des ressources humaines, les militaires ont joué un grand rôle dans le sport national et international (Colonel Moukory Mbappe, feu Colonel Ernest Djomdji, Lt-colonel Badjeck Didier). Le Colonel Ahmad Kalkaba Malboum fait honneur au Cameroun et préside actuellement aux destinées du Conseil International du Sport militaire (CISM) et de la Confédération Africaine d’Athlétisme (CAA).
 
En ce qui concerne l’impact sur le plan musical, l’orchestre « The Golden Sound » de la Garde Présidentielle a créé le groupe « ZANGALEWA » dont l’une de ses chansons, a été reprise par la célèbre chanteuse colombienne de renommée internationale Shakira, et sélectionnée comme chanson officielle de la dernière coupe du monde de football en Afrique du Sud. De même, la musique principale des Armées a occupé la deuxième place mondiale lors d’une compétition organisée récemment en France. Son orchestre les « Bérets Verts », multiplie également des exploits.
 
Dans le domaine des arts, les monuments et stèles réalisés dans l’ensemble du triangle national par le Génie militaire, visent à perpétuer le souvenir des soldats morts sur le champ d’honneur. Les monuments de l’EMIA, du Parcours Vita de Douala, de Mundemba, entre autres, sont une preuve de la vitalité des arts dans les structures de défense.
 
Sur le plan culturel, les Forces de Défense, à travers sa structure en charge de la communication animent depuis 1961, la plus ancienne émission radio du Cameroun, « Honneur et Fidélité ». Celle-ci est diffusée tous les samedis sur les antennes du poste national.
 
En projetant sa puissance militaire dans le combat du développement économique, social et culturel du Cameroun, les Forces de Défense continuent de démontrer de la plus belle des manières, la symbiose exemplaire avec la Nation, gage d’un Cameroun prospère et émergent.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
DEFIS ET PERSPECTIVE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE
 
L’Armée camerounaise s’inscrit aujourd’hui, avec toutes ses composantes, dans la mouvance des réformes de 2001, née de la volonté du Chef de l’Etat, Chef des Forces Armées de disposer d’une armée républicaine, jeune, moderne et professionnelle. Cet outil de l’intégration nationale se doit d’être efficace, afin de faire face aux nouvelles menaces, et de s’inscrire avec fierté au rang des armées modernes. La réforme devrait permettre à notre armée d’accompagner le Cameroun vers l’objectif d’un pays émergent, horizon 2035.
I - Les défis de l’Armée camerounaise
L’Armée camerounaise fait face à des défis contemporains. Ceux-ci sont de deux catégories : les défis liés à ses missions régaliennes internes, et ceux qui concernent sa participation aux activités internationales au sein des différents organismes.
A- Les principaux défis liés aux missions régaliennes internes de l’Armée camerounaise
Le premier des défis est la mise en œuvre effective de la réforme de 2001. La principale révolution des nouveaux textes en termes de réorganisation vise principalement un nouveau déploiement militaire sur le territoire national qui se divise désormais en régions de défense. La région est un commandement interarmées apte à effectuer toutes les missions susceptibles d’être exécutées dans son espace de compétence. Pour ce faire, il est nécessaire de doter les formations en personnels et équipements nécessaires, et d’accroître les capacités opérationnelles, objectif qui repose sur trois piliers : le rajeunissement du personnel, la professionnalisation, et, enfin la modernisation de l’outil de défense.
 
1.1– Le rajeunissement.
Le rajeunissement des effectifs de l’Armée camerounaise suppose la création de toutes les unités constituantes, et le respect effectif des TED . A ces fins, il est capital d’effectuer des recrutements permettant le respect des TED dans toutes les unités et formations de la Gendarmerie et des Armées. Ces recrutements devraient être suivis de la formation des personnels, voire des spécialistes. C’est ainsi que les textes actuels ont prévu des centres d’instruction adaptés aux spécialités : Centres d’instruction de Djoum, Ngaoundal, Ngaoundéré, pour la formation des recrues et spécialistes de l’Armée de terre. Pour ce qui concerne la Gendarmerie, l’on peut relever, entre autres, le centre d’instruction, l’école des sous officiers, celle des officiers et le centre de perfectionnement en technique de maintien de l’ordre. Quant à l’Armée de l’air et la Marine, il existe des centres d’instruction spécifiques pour la formation des personnels localisés dans les bases aériennes et les bases navales, ainsi que le PANVR . Le Corps national des Sapeurs pompiers dispose également de centres d’instruction pour la formation de ses spécialistes.
 
Compte tenu du fait qu’à l’horizon 2035, l’on devrait avoir une armée professionnelle de 35000 hommes, il est nécessaire de trouver l’adéquation entre les recrutements, les départs à la retraite des personnels et les décès.
 
Les armées de haute technologie telles que l’Armée de l’air, la Marine et dans une moindre mesure le Corps national des Sapeurs pompiers et les Transmissions sont soumises à une évolution rapide de la science. La formation de leurs personnels se fait assez souvent dans le cadre de la coopération avec les pays amis, qui offrent des places réduites (France, Maroc, Grèce, Allemagne, Chine etc.). Cette contrainte est pénalisante, fragilisant de ce fait l’opérationnalité de ces armées. Elle a aussi le défaut de créer une forte dépendance vis-à- vis de l’étranger. Le renforcement de nos capacités pédagogiques s’impose tout comme la réalité de transferts de technologies.
 
De manière beaucoup plus pratique, des solutions camerounaises pourraient être trouvées sur le plan de la formation qui dépend encore fortement de l’étranger. Par exemple, l’Armée de l’air pourrait solliciter davantage le PANVR de Garoua qui a acquis une expérience suffisante au cours de ces dix dernières années et qui pourrait désormais s’orienter vers un type de formation plus ambitieuse (pilotes hélicoptères et avions, mécaniciens, contrôleurs aériens). Un partenariat pourrait être ainsi envisagé au niveau sous-régional ou régional qui situerait le PANVR vers une véritable école de l’air. Cette perspective peut s’analyser comme un impératif, au regard des moyens que le Cameroun continue d’investir en matière de formation des pilotes et mécaniciens.
 La même dynamique pourrait aussi être valable pour le CPTMO d’Awae et tous les autres centres chargés de la formation de spécialistes dont il est important d’envisager dès à présent l’éventualité d’un programme d’autonomie pédagogique.
 L’exigence d’une maîtrise des flux des personnels se repose sur les profils de carrière qui définissent les différentes conditions de gestion de ces personnels afin de lever les ambigüités et minimiser les critères subjectifs qui sont préjudiciables d’une politique de ressources humaines moderne.
2 – Modernisation de l’Armée camerounaise
La modernisation de l’Armée camerounaise vise à lui donner une impulsion nouvelle. La mise en place et la formation du personnel doit s’accompagner d’un équipement en matériels adéquats. Chaque armée devrait donc étudier, en fonction de ses missions, le matériel lui permettant de remplir ses missions avec efficacité. La modernisation des équipements de l’armée devrait être globale ; elle devrait intégrer les SIC , en passant par les matériels majeurs de chaque armée et la gendarmerie, sans oublier les infrastructures.
 
La mise à profit de la DSMMM dont le rôle est de concevoir, et mettre en œuvre une politique de suivi et de maintenance des matériels, permet la gestion optimum de ces matériels dans les trois armées et la gendarmerie.
3- Une armée professionnelle
L’entraînement reste la garantie d’une armée opérationnelle. Chaque entité devrait être spécialisée dans une vocation précise, comme le prévoient les textes de 2001. Cette structuration des armées faite de formations dotées de missions spécifiques est déjà une réalité dans certains corps ; c’est ainsi que les Forces de l’Armée de l’air sont composées d’escadrons aériens, eux-mêmes divisés en escadrilles spécialisées (escadrilles de reconnaissance, escadrilles de chasse, escadrilles de liaison et d’observation, escadrilles de transport). Les Forces de surface disposent également d’unités spécialisées.
 Dans l’Armée de terre les BIA qui sont devenus les BIM , rappellent cette spécialisation. Les appuis sont spécialisés avec le RASA à Edéa et le RASS à Nkongsamba. Le pays est découpé en Régions Militaires Interarmées comprenant des brigades spécialisées ; c’est ainsi que sont créés dans le décret n° 2001/ 183, les Brigades du Quartier Général (BQG), la Brigade d’intervention rapide, les brigades d’infanterie motorisée, et les régiments d’appui ci-dessus mentionnés.
Cette restructuration couvre également certains domaines des Forces de Défense, y compris la Santé militaire.
 La professionnalisation devrait pousser à plus d’autonomie dans la gestion des corps techniques. C’est ainsi que la santé et la justice militaires, par exemple, pourraient prétendre à devenir des corps à part entière.
4- Une Armée faisant face aux nouvelles menaces
La proximité du Cameroun avec des grands foyers de tension et la porosité des frontières posent le problème récurrent du grand banditisme transfrontalier. La façade maritime, quant à elle, est de plus en plus confrontée au piratage en mer, et aux attaques des agglomérations et sites à partir du plan d’eau. La multiplication des unités polyvalentes (BIR et GEPIG ) apparaît comme un début de solution à ces menaces.
 
B – Défis internationaux de l’Armée camerounaise
Le Cameroun de par son volume économique et son influence, joue un rôle principal au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) et l’Union africaine (UA). L’analyse des éléments géopolitiques de puissance permet de réaliser que le Cameroun dispose d’atouts pour prétendre être le leader en Afrique centrale : sa position géographique dans le golfe de Guinée, sa population, ses richesses, ses institutions stables font de lui, une locomotive naturelle dans les Etats du Golf de Guinée.
 
Il devrait donc afficher une plus grande volonté de s’affirmer dans les instances régionales, par la possession des armements conventionnels suffisamment dissuasifs, par une présence constante à toutes les réunions de prise de décisions de l’UA, et enfin par la projection des contingents et officiers d’Etat-major dans les missions de maintien de la paix. Il est heureux de constater que le Cameroun, abrite désormais à Douala, la Base logistique continentale des forces en attente de l’Union Africaine.
 
II- Perspectives de l’Armée camerounaise
 
A – Vers une participation plus accrue aux grands regroupements
L’ONU éprouve des besoins en personnels dans les différents théâtres d’opération de maintien de la paix (OMP); la mise à la disposition de l’OMP des éléments des Forces de Défense a l’avantage d’être un vecteur de souveraineté et de bénéficier de l’expérience pratique, tout comme la participation aux opérations de projection du matériel.
 
Le Cameroun doit donc résolument s’orienter vers l’internationalisation de son armée pour bénéficier des avantages matériels et symboliques liés à cette ouverture.
 
B- Une Armée souple à géométrie variable adaptée à la mission
Les menaces des temps modernes font apparaître l’incapacité des armées à faire face à elles toutes seules aux menaces asymétriques ; les méthodes classiques de planification n’ont pas prévu ces schémas.
Le grand banditisme dans les villes, le piratage en mer, les enlèvements et les prises d’otages sont devenus plus fréquents que des affrontements entre des armées régulières. C’est le cas des appétits récents que suscite le Golfe de Guinée très riche en produits halieutiques et en pétrole. L’Armée camerounaise est confrontée au grand banditisme avec des prises d’otages et des demandes de rançon émanant des pirates. Il a donc été créé un système sous-régional de surveillance avec la mise à contribution des patrouilles en mer par des différentes marines de la sous-région, dont la Marine camerounaise est partie prenante.
 
Le sens des rapports de forces devient aléatoire, le nombre des combattants et le type d’armement ne sont plus déterminants d’une façon absolue dans les conflits. L’Armée camerounaise devra intégrer ces paramètres pour trouver des moyens lui permettant de faire face aux différentes menaces. Il apparaît clairement que c’est au niveau de la planification opérationnelle, et des directives politiques, que la réflexion devrait être menée pour concevoir ces méthodes de lutte.
L’EMA est donc plus que jamais interpellé à jouer pleinement son rôle dans l’implémentation de la doctrine d’emploi des forces, en redéfinissant les menaces réelles internes et externes auxquelles le Cameroun peut être confronté, en y apportant des réponses appropriées par l’élaboration des différents plans.
 
Le Cameroun a commencé cette réflexion sur des unités souples dans l’emploi, capables d’adapter leurs missions à l’environnement et au contexte. C’est le cas des BIR qui en collaboration avec des unités de Gendarmerie telles que le GEPIG, sont capables des missions complexes associant plusieurs techniques de combats. Leur implantation couvre de plus en plus l’espace national dans le but de contenir les nouvelles formes de menaces. Les BIR, par exemple, sont parfois interarmées apportant du coup un gain de temps dans la prise de décision et les appuis logistiques.
C- Une Armée républicaine épousant son temps
L’actualité mondiale montre l’embarras des armées républicaines face aux grands ensembles d’intérêts, qui interviennent dans certains pays sous la bannière de l’ONU. L’Armée camerounaise est au service de l’intégrité nationale et de la défense des valeurs républicaines. Elle est une, et représente la nation toute entière.
 
Cette homogénéité de l’armée moderne doit être davantage réaffirmée, car la liberté d’expression et la mondialisation peuvent laisser entrevoir une possibilité de dérives. En temps de paix, l’armée camerounaise a aussi pour mission de participer au développement du pays. (cf. article sur l’armée camerounaise : un outil au service du développement). Elle utilise, dans ce champ de missions, le Génie militaire.
 
A l’aube des années 2035, on devrait retrouver une armée dont les composantes rempliraient les critères suivants :
La gendarmerie :
• plus proche des citoyens et respectueuse des lois et règlement en vigueur;  • apte au maintien de l’ordre en respectant les droits de l’homme ;  • souple dans son emploi pour faire face à toute forme de menaces dans le cadre du maintien de l’ordre ;  • apte à exécuter des missions de projection dans les théâtres extérieurs ;  • autonome en matière d’information.
L’Armée de terre :
• souple dans son emploi ;  • dotée d’unités et formations implantées en fonction des menaces et de la géographie ;  • maîtrisant des effectifs conformes aux TED définis dans le format de l’armée ;  • maîtrisant les cycles de formations et d’entraînement adaptés aux missions et équipements spécifiques ;  • disposant d’unités constituées prêtes à être projetées ;
Une Armée de l’air :
• équipée en fonction de ses missions y compris la défense aérienne ;  • disposant de toutes les spécialités nécessaires à la maintenance de ses aéronefs ;  • dotée de bases aériennes modernes et équipées de moyens aériens de combat, de surveillance et de projection adaptée aux missions multi rôles;  • disposant de moyens de détection radars et contre mesures ;  • maîtrisant les cycles de recrutement et de formation de tout son personnel.
Une Marine :
• équipée en fonction de ses missions y compris le respect de la zone exclusive ;  • disposant de toutes les spécialités nécessaires à la maintenance de ses navires ;  • dotée de bases navales modernes et équipées dotées de moyens de projection, de combat de surveillance maritimes pour effectuer ses missions spécifiques;  • maîtrisant les cycles de formation de tout son personnel ; Le Corps national des Sapeurs pompiers :  • ayant des moyens modernes suffisants et couvrant toute l’étendue du territoire ;  • recrutant et formant lui-même son personnel ;  • entrainé à faire face à toutes formes de catastrophes, en collaboration avec la protection civile.
 En définitive, dans les années 2035, au moment où le Cameroun va s’apprêter à accéder à l’émergence, l’Armée camerounaise est appelée à jouer un rôle de leader dans la sous-région d’Afrique Centrale en participant plus activement aux missions de la CEEAC, et en étant présente dans ses structures de planification des opérations de maintien de la paix. Il en sera de même pour l’Union Africaine. Elle devrait aussi s’habituer à mettre à la disposition de l’ ONU des contingents complets constitués, recrutés et entrainés spécialement à cet effet. Au plan interne, l’armée devrait être souple et modulaire pour faire face à toutes formes de menaces asymétriques ou conventionnelles, tout en restant républicaine, et en participant au développement de la nation . La concrétisation de ces défis passe par une gestion des ressources humaines et matérielles répondant aux normes modernes de management.

Le Cameroun est un Etat souverain. Souvent appelé Afrique en miniature, il s’étend sur 1200 kilomètres du Lac Tchad à la Baie de Bonny et sur une superficie de 475.442 Km2 entre le 2° et le 12° parallèle nord. Il constitue un point de convergence géographique entre les régions de l’ouest, du Centre et du nord de l’Afrique, ce qui lui accorde une importance géopolitique. Le Cameroun possède une frontière commune avec le Nigeria à l’ouest, le Tchad au nord, la République Centrafricaine à l’est, le Congo, le Gabon et la Guinée Equatoriale au sud.

 

http://mindefdivcom.com/images/stories/1.jpgC’est dans le contexte de ces limites que le l’Armée camerounais naît de manière quelque peu paradoxale le 11 novembre 1959 par la loi N° 59/59 signée par S.E AHMADOU AHIDJO, alors Premier ministre, lorsque l’on sait qu’à cette date il n’est pas encore indépendant.

 

Ce paradoxe s’explique, d’une part, de ce que le Cameroun n’a jamais été une colonie en tant que telle, et qu’elle a bénéficié à partir de 1945 du double protectorat français et britannique. D’autre part, les considérations particulières géopolitiques, géostratégiques et les contingences politico-sociales ont milité à cette naissance atypique de l’Armée camerounaise. Ces contingences vont également influencer de manière constante toutes les mutations que l’Armée camerounaise va subir dès sa création, s’agissant même de ses concepts stratégiques.

 
I- LE CONTEXTE DE LA NAISSANCE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE


La naissance ou la création de l’armée camerounaise notamment pendant la période du 11 novembre 1959 à la fin de la rébellion en 1976 peut mieux être comprise sous le prisme des dynamiques géopolitiques globales qui ont consacré cet intervalle de temps la posture socioéconomique et politique du jeune Etat-nation et les enjeux conséquents.

 

A- SITUATION GEOPOLITIQUE GLOBALE


C’est un truisme en géopolitique qu’une définition standard et concise de la géopolitique par les géopoliticiens varie d’un auteur à un autre. Il est par conséquent judicieux de circonscrire le vif du sujet de la géopolitique de manière à niveler l’effet de cette saga politique globale ayant empiété sur la naissance de l’Armée camerounaise.


En 2003, SAUL BERNARD COHEN a défini la géopolitique de manière plus globalisante en ces termes : La géopolitique est l’analyse de l’interaction entre les paysages géographiques et les perspectives et processus politiques. Les paysages géographiques et les processus politiques sont tous dynamiques, chacune de ces données influence l’autre. La géopolitique s’intéresse aux conséquences de cette interaction.


La géopolitique dans sa plus simple expression est l’interaction dynamique entre le pouvoir (la politique) et l’espace (le territoire). Dans la saga géopolitique globale de notre ère, le pouvoir ou la politique était incarné par la guerre froide et l’un des corollaires de cette guerre latente était la quête pour l’indépendance de certains pays tels que le Cameroun, qui a inévitablement abouti à la naissance de l’armée camerounaise.

 

a- La guerre froide et la naissance de l’Armée camerounaise


Le terme guerre froide remonte aussi loin que le 14e siècle, mais c’est l’homme d’État américain, Bernard Baruch qui, en 1947, l’a introduit dans le vocabulaire occidental. La guerre froide désigne « la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux superpuissances qu’étaient les États-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) et leurs alliés entre 1947, fin de la 2e guerre mondiale et 1991, l’année de l’implosion de l’URSS et de la dissolution de son appendice militaire, le Pacte de Varsovie ».


Les affrontements socioculturels et idéologiques entre les superpuissances et leurs alliés respectifs sont si aigus et explosifs que Raymond Aron a décrit cette période comme « paix impossible, guerre improbable» et d’autres géostratèges en parlent laconiquement en ces termes: «une période de paix belliqueuse».


La géopolitique et la géostratégie ont été façonnées par et pendant la guerre froide et le continent africain, en particulier le Cameroun, qui occupe une position stratégique enviable est devenue vulnérable.


Il convient de noter que de 1884 à 1946, le Cameroun passe du protectorat allemand au statut de territoire sous mandat de la Société des Nations et, enfin, de territoire sous tutelle des Nations Unies. Cette évolution du statut ou de la nomenclature du Cameroun-nation avant l’indépendance de fait (étant donné que le Cameroun sous administration française a eu son autonomie en 1957) a simplement respecté la dynamique géopolitique de la guerre froide, période au cours de laquelle les forces alliées des superpuissances d’alors luttaient pour s’emparer de l’espace vital nécessaire à leur expansion économique et idéologique.


La guerre froide et son cortège de conséquences socio-économiques, politiques et culturelles ont eu une incidence multidimensionnelle sur les pays émergents comme le Cameroun et plus particulièrement sur l’armée camerounaise. En raison de la quête ou de la conquête de l’espace stratégique vital, les superpuissances et leurs cohortes ont divisé l’Afrique et le Cameroun, plus particulièrement, du fait de sa position privilégiée dans le Golfe de Guinée richement doté et de sa situation en confluence comme une passerelle stratégique de l’Afrique centrale et occidentale.


L’importance stratégique du Cameroun en a fait une terre de bousculades pour l’hégémonie impériale, après la deuxième guerre mondiale ; d’où la double administration d’une entité autrefois unifiée sous la domination allemande: le Cameroun français et le Cameroun britannique.


Malheureusement, il y avait des différences notables en termes d’administration, comme on le voit dans les deux parties, en particulier liées à l’existence et au fonctionnement des unités militaires coloniales.
Suivant les termes de l’accord de tutelle, l’autorité administrative (française pour le Cameroun sous administration française, britannique pour le Cameroun sous administration britannique) était responsable de la paix, de l’ordre, de la bonne gouvernance et de la défense du territoire.


Les deux autorités avaient une interprétation différente de l’accord de tutelle et l’ont ipso facto mis en application de manière discrétionnaire.

 

Accord de tutelle relatif à la défense  : Cameroun français.

 
En mettant en œuvre leur politique d’administration directe, les Français ne voyaient aucune nécessité à créer une armée indigène ou autonome. Cette vision expliquait le déploiement constant des troupes françaises sur le territoire camerounais pour contrer l’insurrection, les émeutes et la rébellion. Les Français se contentaient d’une force de police minimale avec un rôle préventif ou dissuasif. Les Camerounais qui ont été enrôlés, volontairement ou de force dans l’armée française, essentiellement des soldats non combattants, mais assistants logistiques, ont servi hors de leur patrie, en particulier dans le cadre de l’armée de l’«Afrique Équatoriale Française». Ils ont été regroupés de façon sporadique pour redéploiement nécessaire. Dans ce Cameroun sous administration française et dans ces circonstances, l’on était loin de la culture militaire qui aurait solidement fondé la jeune armée camerounaise.


Accord de tutelle relatif à la défense : Le Cameroun britanique


En vertu de leur politique interne d’administration indirecte, les colons britanniques se sont appuyés sur les autorités indigènes, notamment les chefs et les Camerounais formés dans le cadre de leur unité administrative comme futurs soldats et les ont incorporés dans l’armée nigériane, nonobstant les services rendus par ces derniers sous les drapeaux britanniques. La différence était donc perceptible en ce que les Britanniques mettaient l’armée camerounaise en perspective étant donné que leur repli militaire et administratif était proche.


L’ordonnance du premier ministre du 11 novembre 1959 et la fusion des deux systèmes
Le Cameroun sous administration française et le Cameroun sous administration britannique ont tous deux été confrontés à des querelles internes, notamment les guerres tribales, les activités politiques et syndicales. Chaque entité a utilisé des unités de police en effectif réduit et peu armées pour faire face aux menaces tandis que l’armée métropolitaine était déployée en cas de nécessité.


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Le Cameroun sous administration française a obtenu une quasi-autonomie le 22 février 1957, mais certains domaines de l’administration étaient encore réservés au gouvernement fédéral, notamment la défense. Cette exclusion du portefeuille de la Défense de la gestion indigène a étouffé la culture militaire tant nécessaire.


Lorsque le Premier ministre Ahmadou Ahidjo succède au tout-premier Premier ministre du Cameroun sous administration française le 18 février 1958, il voit immédiatement la nécessité de doter l’entité autonome sous administration française d’une armée, d’où l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1957 créant l’Armée camerounaise et organisant la Défense générale. A ce stade, le Cameroun sous administration britannique, en vertu de la constitution Littleton de 1954, obtient une semi-autonomie durement acquise, mais ne peut parallèlement gérer certaines sphères souveraines, notamment la défense.


À cet égard, les deux Cameroun jouissaient d’une certaine ou pseudo-autonomie à l’exclusion absolue de la défense, même dans le Cameroun sous administration française où le Premier ministre avait promulgué une ordonnance créant l’armée et organisant la défense, la mise en mouvement a été timide étant donné qu’en vertu de la nécessité contextuelle, l’action a précédé la réflexion.


Par ailleurs, les activités politiques intenses des deux territoires ont mis en suspens la modernisation de l’ordonnance de 1957 surtout en raison du fait que les Français se repliaient avec hésitation. Lorsque l’entente politique a été trouvée entre les deux parties à Foumban en 1961, la nécessité de mise en œuvre de l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959 qui, en fait, a créé les différentes composantes de la structure militaire actuelle est devenue encore plus impérative.


Dans la structure fédérale, une série de textes ont été promulgués, définissant les missions des structures de base créées par le texte initial de 1959 ; et, pour doter ces structures en hommes et accomplir la mission spécialement confiée aux différentes composantes, les officiers et les sous-officiers qui ont rapidement gravi les grades militaires par nécessité ont constitué le potentiel humain embryonnaire.


La géopolitique mondiale n’a pas seulement jeté les bases de la naissance de l’armée camerounaise, mais elle a également été à l’origine de la prise de conscience nationaliste et de la lutte pour l’indépendance.


b- Lutte pour l’indépendance


L’un des principaux ferments de la guerre froide a été le sentiment croissant de conscience des nationaux qui voulaient rompre l’emprise des impérialistes. Bien que les deux parties du Cameroun, français et britannique, aient eu le même désir, l’approche ou la manière de causer la rupture était différente et la réaction de la «Métropole» était disproportionnée et parfois inhumaine.

 

1- Lutte au Cameroun sous administration française
Dès la période allemande, le désir d’indépendance est manifeste et évident. L’instigateur a été Martin Paul Samba, un officier de l’armée allemande impériale, qui s’est révolté contre l’oppression de son peuple et a organisé les émeutes et les révoltes en conséquence, demandant le repli des colons allemands. Celui-là même qui avait dîné avec les Allemands pour museler les protestations antiallemandes s’est retourné contre eux en 1902 et a entamé non seulement des émeutes et des révoltes, mais également des négociations avec les Français pour obtenir des armes et combattre les Allemands. Il a été arrêté et condamné à mort, mais avant son exécution en août 1914, il a déclaré: « Exécutez-moi, mais vous n’administrerez plus le Cameroun ».


Ce fut un cri de réveil qui a attisé le nationalisme et l’antagonisme contre les Allemands. Les revendications politiques se multiplièrent et le syndicalisme emboîta le pas, notamment l’USCC créée en 1944 avec Um Nyobe et Assalé Charles comme secrétaires. Le parti UPC a été formé en avril 1948 en tant que 1er parti politique avec Félix Moumié comme premier Président et Um Nyobe comme Secrétaire général. D’autres groupes politiques ont été créés tels que le Bloc du développement du Cameroun qui regroupait les nationaux qui ont adopté une approche progressive vers l’indépendance.


Sans entrer en profondeur dans la qualité de la prise de conscience et de la lutte pour l’indépendance du Cameroun sous administration française, il est nécessaire de noter qu’entre 1958 et 1959 , Ahmadou Ahidjo qui avait la bénédiction de la France en raison de son sentiment anti UPC, a réussi à négocier l’indépendance du Cameroun français, qui a finalement eu lieu le 1er janvier 1960, à peine un mois deux semaines après la proclamation du texte fondamental du 11 novembre 1959 créant l’armée camerounaise et organisant la défense générale. Il était alors nécessaire de disposer des forces de défense pour préserver l’indépendance durement acquise.

 

2- Structures au Cameroun sous administration britannique
Le vent du nationalisme a balayé le Cameroun sous administration britannique, tout comme son frère, le Cameroun sous administration française. Beaucoup de facteurs similaires sont à l’origine de cette quête viscérale d’indépendance.


La montée des élites formées à l’Occident, comme Dr E.M.L Endeley, P.M Kale, S.A George, S.T Muna etc., a permis de sensibiliser le peuple sur les mobiles intéressés des colons et l’expérience que certains hommes politiques ont accumulée dans leurs rapports avec les anciens hommes politiques nigérians comme Nnamdi Azikiwe et Obafemi Awolowo qui ont renforcé leur marche vers l’indépendance. C’est dans cette saga politico-nationaliste que les plusieurs groupes activistes comme le Cameroon Youth Movement créé en mars 1940 par le Docteur EML Endeley et le professeur Kale réclamaient une séparation du Nigéria (sous administration britannique) et une autonomie totale. Il est à noter que ces hommes politiques radicaux ont soutenu mordicus l’autonomie totale au détriment des mouvements pour l’unification avec le Cameroun sous administration française. Ce radicalisme a à son tour radicalisé et tendu le climat politique, amenant les autres hommes politiques anglophones avisés et Ahidjo qui avaient créé le Parti de l’Union camerounaise à les maintenir en minorité et par la suite dans l’oubli.


La lutte pour l’indépendance au Cameroun britannique a été alimentée par les hommes politiques nigérians, notamment Nnamdi Azikwe, qui sont allés jusqu’à créer le National Council For Nigeria and Cameroon en août 1944. Il s’agissait d’une approche transfrontalière de l’indépendance. En somme, il y avait cinq principaux partis politiques et cinq mouvements de jeunesse qui poursuivaient le même but d’indépendance, mais différaient par leur approche. Deux facteurs ont beaucoup contribué à la scène politique du Cameroun britannique. Le parti UPC au Cameroun français a eu des rapports intenses avec les hommes politiques de la partie britannique qui soutenaient leurs idéaux. Par exemple, ils se sont réunis à Kumba et l’UPC a apporté un soutien moral et matériel à l’autonomie administrative. L’effervescence politique a encore été alimentée en 1958 lorsque Kwameh Nkrumah du Ghana dans sa propagande panafricaine, a appelé les dirigeants africains à offrir un soutien moral et matériel aux mouvements de libération comme l’UPC au Cameroun.


Les intrigues politiques à la fois au Cameroun sous administration britannique et au Cameroun sous administration française ont abouti à l’extinction des partis politiques radicaux et de leurs dirigeants (les partisans d’une rupture brutale et totale de l’hégémonie impériale) et à l’abolition d’autres partis comme l’UPC en juillet 1955 par Roland Pré qui était à l’époque l’administrateur français du Cameroun français. Cette abolition de l’UPC a empêché à ses porte-paroles de manifester sous quelque forme que ce soit, les incitant ainsi à entrer dans la clandestinité, d’où le début de la rébellion armée.


Cette rébellion armée a été marquée par une brutalité impardonnable pour des raisons géopolitiques et les effets de la guerre froide comme évoqué ci-dessus. L’UPC était procommuniste et en tant que telle l’Union soviétique a considéré l’abolition comme une atteinte à ses idéaux et a décidé de mener une guerre par factions interposées comme ce fut le cas dans d’autres domaines où l’intérêt d’une superpuissance était menacée. Par ailleurs, comme expliqué précédemment, le Cameroun constituait, en raison de sa situation géographique, un atout géostratégique inestimable à la fois pour l’ouest (les États-Unis et leurs alliés) et l’est (l’Union soviétique et ses alliés).


La répression contre les militants communistes et d’autres hommes politiques « non alignés » a été si brutale et la résistance des victimes était si tenace que Pierre Mesmer, ancien homme politique français a déclaré au moment où il servait au nom de sa patrie que « la situation sociopolitique du pays avait disséminé les petites unités de police et il fallait que la France déploie des troupes pour contenir les troubles, en particulier la rébellion armée». Par conséquent, la nécessité que le Cameroun soit doté de sa propre armée a été mise en lumière en particulier avec le retrait progressif des troupes étrangères.
C’est dans ce contexte que Jacques Foccart, administrateur français, après l’installation du jeune gouvernement postindépendance d’Ahmadou Ahidjo, a signé l’Accord d’assistance militaire avec le nouveau gouvernement alors qu’il modernisait les structures de base mises en place par l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959, créant les Forces de Défense du Cameroun et organisant la Défense générale. Quels défis l’armée nouvellement créée devait-elle relever dans le cadre de sa naissance?

 

B- Les défis de la nouvelle Armée camerounaise

 

Le texte de 1959 créant l’Armée camerounaise et organisant la défense générale était capital à l’époque parce que les impératifs de sécurité et de défense qui existaient étaient pourvus par les puissances coloniales que constituaient la France et la Grande Bretagne. C’est un truisme que la période pré-indépendance a vu un certain degré d’autonomie accordé sous les auspices de l’Organisation des Nations-Unies au Cameroun sous administration franco-britannique. Mais, tout comme l’accord de tutelle, les deux entités objets du traité n’étaient pas enclines à autonomiser la gestion des questions de sûreté. La défense et la sécurité qui sont des aspects de la vie nationale étaient sous la maîtrise de la « Métropole ».


C’était dans une tentative d’assumer une souveraineté totale que le texte initial de 1959 avait été promulgué dans un contexte où l’action avait précédé la réflexion. Dans cette perspective, les différentes composantes de l’Armée étaient créées mais les règles d’engagement spécifiques à chacune des composantes n’étaient pas définies; ceci ayant ainsi justifié que des textes subséquents aient rapidement été pris pour étoffer l’ossature de 1959 et s’assurer que la jeune Armée puisse efficacement faire face aux défis immédiats de l’époque qui se résumaient sous le triple angles sécuritaire, politico-stratégique et économique.

 

a- Les défis d’ordre sécuritaire.
Pendant la période pré-indépendance, les puissances coloniales avaient une autorité exclusive pour assurer la défense et la sécurité des entités sous leur administration. Des raisons d’ordre géopolitique justifiaient ce monopole. En effet, d’après les termes de l’accord de tutelle sous les auspices des Nations-Unies, les administrations française et britannique avaient concédé un certain nombre d’affaires souveraines aux territoires sous leurs administrations respectives, exceptées celles de la défense et de la sécurité.


L’article préliminaire du texte de 1959 confie la mission suivante à l’Armée: “Assurer en tous temps et contre toutes formes d’agression l’intégrité territoriale de la nation et la vie des populations.” Il est évident que ce texte circonscrit les missions de l’Armée à l’aspect strictement défensif. La question que l’on pouvait se poser était celle de savoir si la composante créée par la mouture de 1959 pouvait accomplir la mission ainsi assignée. La question devint même plus polémique lorsque l’administration française, qui était réticente à se retirer, se rétracta finalement en 1964 avec la rétrocession de la caserne de Koutaba.
La première étape pour assurer le défi de la sécurité était contenue dans le texte initial qui faisait du Premier ministre le garant de la sécurité et de la Défense. Pour mettre en pratique cet engagement de garant au lendemain du départ de la France, le Premier ministre avait signé en 1960 avec le représentant français Jacques Foccart certains accords militaires d’assistance en ce qui concerne l’expertise technique. En d’autres termes, le personnel militaire français acquérait le statut d’instructeurs et ne participait plus directement aux hostilités.


Bien que l’UPC fut dissoute en 1955, il existait encore quelques poches de résistance et la jeune Armée devait prendre sur elle d’éradiquer ou réduire ces zones d’où certaines attaques sporadiques étaient lancées. Pour faire face à ce défi, la jeune Armée, complétée par des forces civiles non armées ayant prêté main forte au colon dans certaines activités paramilitaires et des éléments des Forces Armées régulières issus de l’Afrique Equatoriale Française (administration française) et de la Force Frontalière Royale Ouest-Africaine (administration britannique) constituèrent le noyau embryonnaire des Forces de défense ; et firent face au défi.


Les camerounais des deux côtés d’un pays divisé ont mené leurs activités sans se laisser abattre psychologiquement par la peur. C’est la moins brutale et plus humaine pacification du pays qui a permis l’effervescence politique observée dans les deux parties territoriales du Cameroun.
Certains des accords militaires signés avec la France en particulier au moment de la naissance de l’Armée ayant trait à la formation du potentiel humain sont encore en vigueur aujourd’hui. L’administration britannique quant à elle s’est désengagée de manière complète malgré quelques interactions de coopération récentes.


Les défis d’ordre sécuritaire étaient primordiaux pour l’émancipation politique du pays et la pleine assomption de la souveraineté de la jeune nation.

 

b- Les défis d’ordre politico-stratégique.
La politique et le multipartisme ont existé dans la pratique des camerounais depuis l’époque allemande, jusqu’à l’administration franco-britannique. Mis à part les chefs traditionnels qui ont signé des traités avec les colons et en ont récolté des dividendes, les territories sous administration franco-britannique ont été le théâtre d’activités politiques volatiles ; particulièrement avec la vague de nationalisme qui a traversé la nation entière, la guerre froide et ses considérations géopolitiques résidant dans la crainte mutuelle entre le communisme , le capitalisme et le syndicalisme.


Ces paramètres avaient un potentiel de destruction et de déstabilisation. La jeune Armée camerounaise avait un rôle stabilisateur à jouer, notamment en canalisant les activités politiques et en assurant la souple transition entre une nation « colonisée » et un Etat souverain dans la diversité ; et en veillant au passage harmonieux de la réunification et de l’Etat fédéral en 1961 à l’Etat unitaire en 1972. Cette même décennie a vu la relégation à un second plan de près de vingt ans de rébellion.


Grâce au rôle prépondérant de l’Armée, les hommes politiques de tous bords pouvaient réaliser leur objectif établi de créer une nation cohérente et pacifique à travers des instruments constitutionnels tels que les Accords de Foumban en 1961. Des unités militaires furent créées ou revitalisées, la Cour Suprême remplaça la Haute Cour Fédérale en 1961, le referendum de 1961 ainsi que des textes fédéraux furent pris en relation avec la mise en place d’institutions constitutionnelles et leurs modalités de fonctionnement.


Du point de vue de la géostratégie régionale, la jeune nation occupe une place centrale au sein du très riche golfe de Guinée. Bien que le texte initial créant l’Armée et organisant la défense générale était essentiellement pacifique, c’est-à-dire défensif, la jeune Armée avait le défi stratégique de garantir l’intégrité territoriale du jeune Etat venant d’accéder à la souveraineté internationale. Dès lors, les hommes politiques en charge de la définition du concept de la défense devaient réajuster la posture strictement défensive assignée à l’Armée au profit du concept de “défense populaire” tel que contenu dans la Loi de 1972 qui est une combinaison d’actions civilo-militaires orientées vers l’ « Effort en vue de vaincre au combat ». En d’autres termes, la nation entière se mobilise contre toute agression : les Forces Armées avaient et ont toujours des camerounais non armés comme partenaires de défense.

 

c- Les défis socioéconomiques
L’importance de l’Armée devient plus apparente lors que son activité s’étend au domaine économique. Les potentialités économiques du Cameroun et sa position géographique le rendent vulnérable aux attaques armées destinées à faciliter des exploitations illégales. L’attitude des grandes puissances, furent-elles voisines ou non est dictée par leurs propres intérêts et ils interviennent ou interfèrent avec la souveraineté d’autres nations en fonction des circonstances. C’est dans le suivi et la sauvegarde de leurs intérêts que l’on assiste à des guerres par procuration ou guerres à travers des tierces parties.
La jeune nation camerounaise avait besoin d’une armée vigoureuse, bien que naissante, avec des capacités dissuasives au plan matériel et humain en conjonction avec la population civile. L’Armée camerounaise ne pouvait émerger que si elle se dotait une bonne fondation et cette fondation repose dans la nation camerounaise elle-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

EMERGENCE DES FORCES ARMEES NATIONALES

 

L’histoire des Forces Armées camerounaises débute aux encablures de 1914. A la veille de la première guerre mondiale, l’empire allemand (dont le Cameroun faisait partie du fait du traité germano-camerounais de 1884 qui l’avait érigé en protectorat allemand) intensifia le recrutement de gardes nationaux pour faire face à la coalition franco-anglaise. Les soldats camerounais prirent ainsi part à la bataille décisive de Mora aux côtés des Allemands.


Après la victoire des Alliés sur l’Allemagne, le Cameroun devint en 1919, un territoire sous tutelle française dans sa partie orientale, et anglaise dans sa partie occidentale. Les Anglais intégrèrent le Cameroun occidental dans la Fédération du Nigeria, pendant que la France rattacha le Cameroun oriental à l’A.E.F1. Comme l’indique le polémologue congolais Etienne Mayoulou2, la France disposait d’une force, dénommée le Régiment du Cameroun, composée de 1.354 soldats indigènes recrutés sur la base du volontariat, dont 43 officiers, 160 sous-officiers et hommes de troupe européens. Ce régiment fut remplacé plus tard par le bataillon de Milice.


La France prit soin d’encadrer juridiquement l’occupation de sa zone d’influence. Ainsi, l’acte du 20 juillet 19223 et un peu plus tard l’accord de tutelle de 19464) justifièrent la création d’une « garde indigène », ancêtre de la garde camerounaise qui donna naissance à la gendarmerie nationale. Les volontaires du bataillon de milice servirent d’embryon à la future Armée de terre.


Pendant la deuxième guerre mondiale (1939-1940), des soldats autochtones regroupés au sein du régiment des tirailleurs camerounais luttèrent pour la France libre. La « Colonne L » commandée par le capitaine Leclerc lança l’offensive en août 1940, à partir de la ville de Douala, en direction de Paris, via l’Afrique du nord.


Entre 1945 et 1958, la France engagea les Camerounais du bataillon de Milice sur les fronts indochinois (1945-1954) et algérien (dès 1958), toujours en vertu de l’accord de tutelle de 1946
En 1959, le « Plan Raisonnable » créa des conditions favorables à l’indépendance des pays africains, tout en prescrivant des mesures d’urgence pour la mise sur pied des armées d’outre-mer. C’est ainsi que le 11 novembre 1959, l’armée camerounaise vit officiellement le jour, par ordonnance n°59/57 portant organisation de la Défense.


L’émergence de la jeune armée s’effectua dans la douleur de la guerre civile opposant l’Union des Populations du Cameroun (UPC) d’obédience communiste à la puissance tutélaire et plus tard à l’armée naissante. La période comprise entre le 11 novembre 1959 et la fin de la rébellion en 1976, fut marquée par la mise en place progressive des composantes et des structures de l’armée camerounaise. Ensuite, elle est caractérisée par la détermination de cette armée, malgré les vicissitudes de l’histoire, à relever les défis de son temps, dont ceux de la « camerounisation ».

I- Mise en place progressive des composantes et des structures des Forces Armées Nationales

La mise sur pied progressive des composantes et des structures de l’armée camerounaise se fait suivant trois phases : la phase de gestation (du 11 novembre 1959 à 1962), celle de structuration et de développement (de 1962 à 1970), et enfin celle de consolidation institutionnelle (de 1970 à 1976).

 

A- Gestation des Forces Armées nationales de 1959 à 1962

 

Le processus de mise en place de l’institution militaire connut une certaine accélération, marquée par des recrutements intensifs des personnels de toutes catégories ainsi que la création des services et unités. Trois périodes caractérisèrent cette dynamique qui fut sous-tendue par une orientation stratégique axée sur la paix intérieure et l’intégration nationale.

 

1) A la veille de l’indépendance


L’ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959 créant et organisant l’armée camerounaise lui assigna la mission « d’assurer en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire ainsi que la vie des populations » (article 2). Ce texte faisait du Premier ministre le responsable de la défense (article 1) aidé dans sa tâche par le Conseil supérieur de la défense. Le décret n°59/199 du 12 novembre 1959, pris en application de l’ordonnance 59/57 du 11 novembre 1959, fixa les conditions de recrutement dans l’armée.


Ce décret soulignait que l’armée devait se composer d’unités terrestres, navales et aériennes. Mais à cette période-là seule l’Armée de terre, en réalité, vit le jour. Elle comprenait alors deux compagnies de combat formées d’éléments autochtones en service dans l’armée française, et quelques 300 recrues du premier contingent.


La rébellion fut la principale menace que devait traiter la jeune armée. Pour mieux gérer l’entreprise de pacification, l’état d’urgence fut décrété dans les zones troublées. L’ordonnance n°59-91 du 31 décembre 1959 créa et organisa les juridictions militaires qui, en plus de juger les infractions purement militaires, s’intéressèrent aussi aux délits et crimes commis dans les zones soumises à l’état d’urgence. Un magistrat militaire français, le commandant Francis Clair, fut chargé d’organiser la mise en place de ces juridictions.

 

2) A l’indépendance


Le 1er janvier 1960, le Cameroun oriental accéda à l’indépendance. Le Président de la République devint le responsable de la défense de par la constitution. Un deuxième contingent de 320 soldats fut recruté en février-mars 1960. La garde camerounaise fut transformée en gendarmerie nationale. L’ordonnance n° 60/20 du 22 février 1960 organisa et règlementa la gendarmerie qui fut orientée vers le maintien de l’ordre public et la police judiciaire. Cette orientation fut entérinée par le décret n°60/280 du 31 décembre 1960.
Le premier organigramme du Ministère des Forces Armées (MINFA) fut rendu public par le décret présidentiel n°60/198 du 27 octobre 1960. Deux composantes majeures en naquirent : la Direction du cabinet et l’Etat-major général des Forces Armées dont le chef fut assisté, d’une part, de trois adjoints chargés respectivement du Commandement supérieur de la Gendarmerie, du Commandement supérieur des Forces terrestres et du Service de l’intendance. Deux autres structures font également partie de l’organigramme ; La Direction de la santé et le Service juridique.


Le Commandant supérieur des Forces terrestres avait sous son autorité les différents bataillons ainsi que la garde civique bamiléké, les corps francs du Moungo et les guerriers du Noun. Le décret présidentiel n°60/248 du 30 décembre 1960 vint reconsidérer ce dispositif. Le nouvel organigramme s’articula, alors, autour de la direction du cabinet, de la direction des services centraux et d’un organisme de liaison opérationnelle comprenant un commandement de l’armée et un commandement de la gendarmerie nationale. Le commandement de l’armée avait sous son autorité les unités des forces terrestres et aériennes. Quatre secteurs, comprenant chacun des quartiers militaires, furent créés par décret n°60/267 du 31 décembre 1960. Le premier correspondait au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Yaoundé, le deuxième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Douala, le troisième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Dschang et le quatrième au ressort territorial de la légion de gendarmerie de Garoua.

 

Le 9 décembre 1960 fut créé au sein de la gendarmerie nationale, le détachement marine de gendarmerie relevant de la légion de Douala et constitué de treize éléments, conformément à l’arrêté ministériel n° 11.

 

3) La période de la Réunification


En 1961 le détachement Marine de gendarmerie fut érigé en marine fédérale. En mars 1961, 386 militaires camerounais en provenance de l’armée nigériane et de la couronne britannique intégrèrent les forces armées nationales. Ils subiront une transformation au centre d’instruction de l’armée de terre (CIAT) à Ngaoundéré. Après réunification du 1er octobre 1961 suivit l’ouverture de l’Ecole Militaire Interarmes du Cameroun ((EMIAC), créée le 27 octobre 1960 à la faveur du décret n°60-148. Les candidats du Cameroun occidental y furent admis et les cadres anglophones provenant de l’armée nigériane s’y intégrèrent progressivement.


La justice militaire continua à s’adapter à l’évolution de la société. Les divergences des systèmes juridiques anglophone (Common law) et francophone (Code Napoléon) furent aplanies dès la réunification, grâce à l’ordonnance n°61/OF du 4 octobre 1961, modifiée et complétée par les lois du 25 octobre 1963 et du 12 juin 1967. Ces lois renforcèrent le pouvoir exceptionnel des juridictions militaires et permirent désormais aux magistrats civils de siéger aux côtés de leurs homologues militaires.


Le 3 mai 1962, fut publié le décret n°62-DF-152 portant organisation du Ministère des Forces Armées (MINFA), beaucoup plus élaboré que le premier, et original dans la mesure où l’état-major n’était pas expressément cité. Toutefois, ses tâches furent dévolues à deux structures : la direction des services centraux et l’organisme de liaison opérationnelle. En outre, le ministère comprenait : la direction du cabinet, le service des services militaires et le commandement de la gendarmerie, de la marine, de l’armée de terre et de l’armée de l’air. Le 7 juillet 1962, par le décret n°62-DF-239, certaines dispositions du décret n°60-267 portant création des secteurs de commandement militaire furent modifiées, notamment leur nombre et leur dénomination. Aux secteurs militaires du Centre-sud et de l’Est (Yaoundé), du Littoral (Douala), de l’Ouest (Dschang) et du Nord (Garoua), s’ajouta le secteur militaire du Cameroun occidental dont le ressort territorial fut celui de la région administrative du Cameroun occidental (Buéa), c’est-à-dire, les départements de Victoria, Kumba, Mamfé, Bamenda, Wum et Nkambé. A la faveur de la réunification, la gendarmerie s’implanta également au Cameroun occidental.


Du 11 novembre 1959 à 1962, il s’était agi de bâtir dans l’urgence, le socle de l’armée camerounaise. L’étape suivante consista à la structurer et à la développer.

 

B- Structuration et développement des Forces Armées Nationales d e1962 à 1970

 

Entre 1962 et 1970, le maillage territorial se poursuivit, faisant effort sur le renseignement.
En observation de la loi n° 66/LF6 du 6 juin 1966, la gendarmerie nationale, coutumière du Code Napoléon, s’adapta lors de son implantation dans les territoires du Cameroun occidental à la procédure anglo-saxonne. Toutefois, elle dispensait un cours accéléré de français, d’une durée de trois mois, aux recrues anglophones avant le début de leur formation d’élèves-gendarmes.


La loi n°67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense innova en ajoutant à la mobilisation instituée par l’ordonnance n°59/57 du 11 novembre 1959, l’état d’urgence et la mise en garde. Cette loi institutionnalisa aussi les Forces auxiliaires désormais organisées par décret n°67/DF/ 486, ainsi que les forces supplétives créées par décret n°63/DF/390 du 31 décembre 1963. Cette loi fit du Président de la République le chef suprême des armées et laissa déjà transparaître ce qui sera confirmé dans les années 70, à savoir que la défense est l’affaire de tous. Elle organisa également la participation de tous les ministres et de toutes les autorités administratives à l’effort de défense du pays. Enfin, elle répartit les différentes forces en gendarmerie nationale, armée de terre, marine nationale et armée de l’air. L’Armée camerounaise, composée jadis des trois dernières forces, disparut.

 
Les missions de ces forces régulières, supplétives et auxiliaires furent précisées dans le décret n°68/DF/33 du 29 janvier 1968. Le fichier national prévu par la loi suscitée fut activé par le décret n°68/DF/304 du 26 juillet 1968 qui précisa son organisation et son fonctionnement.


A la suite de la loi n°67/LF/9, de nombreux textes furent signés, portant création et organisation des armées. Il s’agissait notamment du décret n°69/DF/266 du 18 juin 1969 pour la marine nationale et du décret n°69/DF/282 du 18 juin 1969 pour l’armée de l’air. Le service de l’alimentation de la troupe fut consigné dans le décret n°69/DF/310 du 11 août 1969. Enfin, un an plus tard, la formation du personnel officier fut règlementée par le décret n°70/DF/391 du 11 août 1970 portant organisation de l’Ecole militaire interarmes.

 

C- Consolidation de l’institution militaire et de l’unité nationale de 1970 à 1976

 

Cette période essentielle approfondit la réflexion stratégique, dans le double souci de restructurer l’appareil de la défense dans divers domaines et de pérenniser les liens entre l’armée et le reste de la nation.


Le décret n°71/DF/157 du 05 avril 1971 organisa le conseil supérieur de la défense nationale et le comité technique de la défense prévu par la loi n° 67/LF/9. Le décret n°72/356 du 25 juillet 1972, quant à lui, esquissa les bases de la modernisation institutionnelle.
L’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la constitution de juin 1972 donnèrent la possibilité au ministre des forces armées, à travers l’ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et de munitions.
L’ordonnance n°72/5 du 26 août 1972 relative à l’organisation judiciaire militaire modifiée par la loi n°74/4 du 16 juillet 1974, précisa la compétence et la procédure applicable en temps de paix comme en temps de guerre dans des circonstances exceptionnelles.
La réorganisation de l’Armée de terre intervint aux termes du décret n°73/313 du 21 juin 1973 ; celle-ci se dota d’un organisme de commandement et d’administration dénommé commandement de l’Armée de terre, d’une chaîne logistique composée des services (le génie, les transmissions, le train, les matériels, etc…), des centres d’instruction, des unités et des formations de combat.
La réorganisation de la Marine, quant à elle, releva du décret n°73/314 du 21 juin 1973, qui créa outre un commandement de la marine comprenant une division emploi, une division machine et une division administration, des bases navales et des unités de fusiliers marins.
Le décret n°73/467 du 22 août 1973 réorganisa le commandement de l’Armée de l’air, comprenant une division des moyens opérationnels, une division des moyens techniques, une division des moyens généraux et administratifs ainsi que des bases aériennes.
Le souci de protéger les populations contre les différentes calamités se manifesta par la loi n°73/12 du 7 décembre 1973 portant organisation de la protection civile.
Pour renforcer la discipline, le Président de la République signa le décret n°75/700 du 6 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les Forces Armées, modifié par le décret n°79/379 du 19 septembre 1979 en ses articles 144 et 145.


Le décret n°76/280 du 6 juillet 1976 portant organisation des Forces Armées et du commandement remplaça les décrets n°65/DF/427 et n°72/326 du 25 juillet 1972. Ce décret transforma en profondeur le Ministère des Forces Armées et le commandement avec la création d’un Centre Interarmées de Coordination au niveau central et des commandements de la Gendarmerie nationale, des Forces spécialisées, des Secteurs militaires, tous placés sous les ordres du ministre des Forces Armées. Il créa et organisa la Délégation générale à la Gendarmerie nationale.
L’Armée camerounaise naquit, se structura progressivement et se consolida entre 1959 et 1976. Ses premiers pas furent marqués par un legs matériel et humain inconsistant de la part des puissances tutélaires. Venir à bout de la rébellion, menace majeure à l’émergence d’une nation camerounaise, fut laborieux. Par ailleurs, les défis en termes d’équipements s’imposaient.

 

II- Les défis logistiques

 

L’armée naissante fut matériellement dépendante de la France et de la Grande Bretagne qui lui cédèrent un certain nombre de matériels. Toutefois, par fierté nationale, cette armée affirma petit à petit son autonomie logistique.

 

A- La reconstruction d’une autonomie capacitaire


La construction d’une autonomie capacitaire procédait d’un besoin d’affranchissement progressif de la jeune armée des puissances tutélaires. Mue par le désir d’assouvir sa quête identitaire, celle-ci entreprit de transcender à sa manière l’inconsistance de l’héritage colonial.

 

1) L’inconsistance des matériels majeurs


Pour la fête de l’indépendance le 1er janvier 1960, l’armée camerounaise reçut des matériels majeurs du gouvernement français au titre de la première mise en équipements ; notamment des armes et munitions, des véhicules et matériels des transmissions.
Les armements reçus furent des pistolets automatiques (MAC 50 de 9 mm) et mitrailleurs (MAT 49 de 9 mm), des fusils à répétition (MAS 36 de 7,5 mm), des mitrailleurs FM 24/29 de 7,5 mm. A cet arsenal modeste, il fallut ajouter des mortiers Thomson Brant de 60mm et les munitions correspondantes.
Les forces britanniques, pour leur part, cédèrent aux forces armées camerounaises quelques pistolets mitrailleurs Lancaster de 9 mm.
Les véhicules obtenus de la partie française furent des Jeeps Hotchkiss Willys et des camions Citroën T45 et T46.
Des émetteurs récepteurs radioélectriques ANGRC 9 constituèrent l’essentiel des matériels de transmissions.

 

2) Le transfert des infrastructures


L’Armée française transféra progressivement les infrastructures disponibles à Yaoundé et à Douala aux Forces Armées camerounaises. A Yaoundé, plusieurs bâtiments revinrent au ministère des forces armées et au commandement de l’armée de terre. Il s’agissait du bâtiment abritant l’actuel Ministère de la Défense, de bâtiments de la Direction des Affaires Administratives et Règlementaires (DAAR), de la Direction des Ressource Humaines (DRH), des transmissions et ceux de l’Hôpital militaire ; les bâtiments du service des matériels et ceux situés au camp Genin découlaient de ce transfert dont bénéficia également la Gendarmerie nationale qui hérita des installations abritant actuellement ses services centraux et le camp actuel de l’Escadron mobile encore appelé « Camp Goubdo et Zoa ». A Douala, quelques installations du camp de la valeur furent cédées à l’Armée de terre. Le camp Mboppi et le PC actuel de la Légion du Littoral revinrent à la gendarmerie.


D’autres cessions suivirent plus tard, pendant la réunification. L’Angleterre fit don au Cameroun, des camps militaires de Buea, Mamfe et Bamenda, avec tout le mobilier. Côté français, Il fallut attendre décembre 1964 pour que la base militaire de Koutaba revînt aux Forces Armées camerounaises, et abritât par la suite le Centre de Perfectionnement et d’Entraînement des Forces Armées Nationales (CPEFAN). La Marine nationale bénéficia d’un modeste équipement de la France qui lui céda sa flotte composée de trois vedettes côtières : « La Patrie du Cameroun », « Le Vigilant » et « L’audacieux ».
Il y a toutefois lieu de noter que le gouvernement camerounais accorda en retour à la France, notamment à Yaoundé, de vastes terrains militaires sur lesquels sont bâties les installations de l’Ambassade de la République française au Cameroun. Dans le même ordre d’idées, les Forces Armées camerounaises cédèrent à l’Assistance Technique Militaire (AMT) française les bâtiments et terrains constituant l’actuel mess de l’AMT française pour le temps que durera celle-ci.

 

3) La recherche autonome de l’optimisation des moyens opérationnels


Le Cameroun décida de prendre son destin en main en devenant peu à peu autonome. Pour la marine nationale, les bateaux dénommés «Le Brigadier» et «Le Moungo» furent mis à sa disposition par la marine marchande camerounaise. En 1970, arriva « Le Valeureux », entièrement financé par le gouvernement de la République. L’unique base navale de Douala, créée en 1960 motiva la décision d’une plus grande implantation de la marine nationale sur la façade maritime. C’est ainsi que furent créées les bases annexes de Lobé et d’Idabato en 1963 et la base secondaire de Man O’war bay en 1972. La marine put dès lors assumer ses nombreuses missions, à savoir : la police du trafic maritime, la surveillance de la pêche, la recherche et la sauvegarde en mer, la participation à la mise en valeur des ressources en mer, la prévention et la lutte contre la pollution des eaux, la défense des approches maritimes, la protection du trafic maritime et de la pêche, l’escorte des bâtiments de commerce nationaux, la protection des installations d’intérêt économique en mer comme sur la côte et enfin l’appui aux autres forces de défense.


L’équipement de l’Armée de l’air pour sa part connut sensiblement le même parcours. Créée en 1961 à Douala, l’escadrille camerounaise débuta avec quelques aéronefs dont trois Broussards en service depuis le 15 décembre 1960 ainsi que des hélicoptères Bell et des MD-315. A partir de 1964, des avions C-47 Dakota vinrent grossir la flotte. L’escadrille se transforma en aviation nationale qui, plus tard, prit le nom d’armée de l’Air suite au décret n° 66/282 du 18 juin 1966. Les avions Caribou DHC - 4 enrichirent la flotte à cette période. Dès mai 1973, celle-ci s’étoffa grâce à l’acquisition de nouveaux aéronefs dont le Piper PA-23, le Fouga Magistère CM-170 et l’hélicoptère Alouette II. Force est de constater que dès 1976, la réflexion sur l’achat de l’avion Hercules C130 s’amorça et s’approfondit du fait de son coût et de ses performances pendant l’opération « Raid sur Entebbe » en 1973. Tous ces moyens permirent à l’Armée de l’air d’être à même de mieux assurer la surveillance, la protection, la défense de l’espace aérien, le soutien logistique et l’appui aux autres forces.

 

L’armée camerounaise eut donc très tôt le mérite de s’autodéterminer dans ses prises de décisions et dans son organisation. La nouvelle dynamique impulsée au plan logistique eut des répercussions sur le choix des hommes.

 

B- Le processus de la « camerounisation »

 

La « camerounisation » fut un processus qui visait à pallier principalement le déficit quantitatif et qualitatif de la ressource humaine nationale, observé à l’orée de l’indépendance. Pour y remédier, il fallut former les personnels et faire assurer la relève des étrangers par des cadres nationaux, aussi bien civils que militaires.

 

1) Le défi de la formation des personnels

Dès l’accession à l’indépendance, le Cameroun fut face à son destin. L’indépendance acquise de haute et longue lutte plaça l’Etat devant ses responsabilités historiques. Le défi de bâtir une nation prospère dans la stabilité et la paix s’imposa, tout comme celui de former les hommes de valeur et de grande probité morale capables de garantir cette entreprise. La formation des cadres militaires gravita autour de quatre grands axes :

 

- inculquer aux hommes le sens du devoir et des valeurs éthiques, pour garantir leur adhésion totale ;
- leur insufler les hautes valeurs patriotiques et civiques qui conduiront à la foi et à la responsabilité, avec un accent sur le sens élevé de l’intérêt général et du sacrifice;
- former des hommes aptes sur le plan professionnel et physique ;
- former des chefs militaires rompus au leadership, pour encadrer les hommes et les canaliser vers des objectifs communs, en insistant sur la formation des sous-officiers, véritables chevilles ouvrières dans toutes les armées du monde.


C’est certainement grâce à ces axes que l’armée perpétua une tradition légaliste et républicaine qui conduisit à la victoire contre la rébellion en 1976. A ce titre, les centres d’instruction jouèrent un rôle éminent dans le modelage du soldat-type.

 

1.1- Le Centre d’Instruction de l’Armée Camerounaise (CIAC)

C’est en novembre 1959 que le Centre d’Instruction de l’Armée Camerounaise fut créé à Koutaba en vue de la formation des recrues. Il fut successivement implanté à Dschang, Abong-Mbang et Bangangté, avant son transfert définitif à Ngaoundéré en avril 1961. En 1967, le CIAC devint le centre d’instruction de l’armée de terre (CIAT), qui forma, en plus des éléments des Bataillons d’infanterie, ceux de la Gendarmerie, de l’Armée de l’air et de la Marine et plus tard, ceux de la Police. La formation s’étendit aux fonctionnaires et étudiants, dans le cadre de la préparation militaire supérieure. Pus tard, le CIAT devint le Centre d’Instruction des Forces Armées Nationales (CIFAN).

 

1.2- L’Ecole Militaire Interarmes du Cameroun (EMIAC)

Elle ouvrit ses portes en août 1959 et accueillit à l’occasion, la première promotion «Indépendance», formée entre 1960 et 1961. L’EMIAC fut inaugurée le 18 janvier 1961. A sa création elle fut confrontée à la difficulté de dispenser une formation à caractère interarmées au profit des cadres de l’armée de terre et de la gendarmerie dans un premier temps, puis à ceux de l’armée de l’air et de la marine nationale un peu plus tard. Faisant suite à la réorganisation de 1976, l’EMIAC fut intégrée à l’état-major du commandement des écoles et centres d’instruction (COMECI) et vit la diversification de ses enseignants. C’est pourquoi l’école changea d’appellation et devint l’école militaire interarmées du Cameroun.
L’histoire de l’EMIAC est consubstantielle à celle de l’armée camerounaise et de l’indépendance. Sa mission première fut de mettre à la disposition de la nation des officiers. Elle fut dès l’origine une école à la réputation incontestable, assurant trois cycles de formation, en l’occurrence la formation initiale toutes armes, le perfectionnement et l’enseignement militaire supérieur de 1er degré :

- La formation initiale consiste à faire acquérir à l’élève-officier d’active (EOA) la technique et la pratique nécessaires au commandement d’une section d’infanterie, en lui faisant découvrir l’éthique de l’officier. L’enseignement dispensé vise à lui donner les connaissances nécessaires à l’exercice de son métier et une ouverture sur le monde, avec le souci de maintenir l’équilibre de la pensée et de l’action ;
- Le perfectionnement des officiers vise à leur inculquer des connaissances leur permettant de commander une unité du volume d’une compagnie. L’EMIAC va ainsi former plusieurs cadres y compris ceux des armées africaines à l’instar-pour la petite histoire- des présidents Thomas Sankara et Blaise Compaoré ;
- L’enseignement militaire supérieur de 1er degré concerne le cycle d’état-major, lui-même subdivisé en deux phases : la formation visant à l’obtention du certificat d’état-major, et celle sanctionnée par le diplôme d’état-major.
Les noms de baptême des promotions de 1960 à 1976 sont emblématiques des problèmes d’émergence dans la solidarité et le progrès (annexe 1). De 1960 à 1976, un seul camerounais a tenu les rênes de l’école ; il s’agit du Lieutenant-colonel Edouard Etonde Ekotto de 1967 à1970).

 

1.3- Les centres d’instruction spécialisés

Les centres d’instruction spécialisés naquirent de la volonté de diversifier et de spécialiser les formations avec pour souci de les adapter à la doctrine générale des forces. C’est ainsi que des centres de formation et de perfectionnement de spécialistes virent le jour au sein de certaines formations spécialisées. C’est le cas du Groupement parachutiste de Koutaba, du Bataillon Blindé de Reconnaissance (BBR), du Régiment du Génie (REGEN), du Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS), du Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA) et du Bataillon des Transmissions (BATRANS). Avec le temps, chaque armée voulut gérer ses propres stages (stages de perfectionnement) pour une meilleure appropriation de ses spécificités, sous la coordination du Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction (COMECI) placé sous les ordres du Chef d’Etat-major des Armées. L’histoire est assez édifiante sur l’évolution de ces centres d’instruction spécialisés.


En effet, en 1961 une école de gradés fut ouverte à Buéa et transférée plus tard à Koutaba. Elle devint le Centre de Perfectionnement et d’Entraînement des Forces Armées Nationales (CPEFAN) qui fusionna avec l’EMIAC.


L’école des gradés reçut pour mission de recycler et de perfectionner les unités élémentaires sur les plans tactique et sportif et de former les sous-officiers du service général, tout en dégrossissant la formation des élèves-officiers avant leur intégration à l’EMIAC. Plus tard, fut créé le CEREFAN (Centre de Recyclage des Forces Armées Nationales) à Ngaoundal, spécialisé dans la formation des gradés et des sous-officiers dans la spécialité infanterie.


Au Quartier général, une compagnie rassembla les formations des spécialistes dans diverses filières (optique-topographie, infirmerie, greffe, mécanique, chancellerie, comptabilité etc). Elle fut érigée en Centre d’Instruction des Spécialistes des Armées (CISA) en 1976. Le CISA donna naissance plus tard au Centre de Formation Technique des Armées (CFTA).


La spécificité technique de l’Armée de l’air motiva l’ouverture de centres d’instruction à Douala, Garoua et Yaoundé au sein des bases aériennes ; ils accueillirent également les gendarmes et autres militaires de la marine et de l’Amée de terre pour des spécialités communes telles que la gestion technique, l’avitaillement, la sécurité incendie, l’agent de transit etc.


La Marine ouvrit ses centres de formation qui prirent en compte ses spécificités propres.
La Gendarmerie, quant à elle, assura à l’Ecole de gendarmerie du camp Yeyap, la formation des recrues provenant des centres d’instruction. Ses cadres furent formés jusqu’au brevet d’armes n°2 de la filière «service général», en intégrant aussi la formation des spécialistes, des officiers de police judiciaire et les stages des officiers de la gendarmerie nationale (SAOGN). L’école de gendarmerie encadra les élèves gendarmes et les élèves sous-officiers. Elle devint quelques années plus tard, le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction de la Gendarmerie (COMECIG) chargée de la formation, de la spécialisation, du perfectionnement et du recyclage des personnels non officiers et officiers de la gendarmerie nationale. Parmi ces centres d’instruction, figuraient l’école des officiers, l’école des sous-officiers, le centre d’instruction des transmissions, etc.

 

2) La relève des cadres civils et militaires

L’émergence des Forces Armées nationales, de leur naissance à la fin de la rébellion fut l’œuvre aussi bien des acteurs miliaires que des acteurs politiques. Le désengagement militaire français du Cameroun posa un problème de relève.

 

2.1- Des cadres civils

Dès 1959, la gestion de l’institution militaire au Cameroun s’effectua dans le respect des usages démocratiques fondés sur « le contrôle objectif exercé par le pouvoir civil ». Nombreux sont les cadres civils qui ont dirigé les Forces Armées en cinquante années d’existence. Les statistiques font état d’un Premier Ministre, de deux Présidents de la République et de douze ministres aux dénominations variables.


La période allant de 1959 à 1976 reste marquée par quatre dirigeants :

- Le Premier Ministre Ahmadou Ahidjo (nov.1959-1er janvier 1960)
- Le Président de la République Ahmadou Ahidjo (janvier 1960-1976)
- 2 ministres chargés des forces Armées : Jean Baptiste Mabaya ( du 14 mai 1960 au 20 juin 1961) et El Hadj Sadou Daoudou (du 20 juin 1961 au 07 juillet 1980).
Parallèlement, la structure chargée de la gestion de la gendarmerie fut commandée par des civils nationaux (annexe 4), après le départ des lieutenants-colonels français Richard (24 octobre 1959-24 octobre 1961), Aurousseau (24 octobre 1961- 04 février1964), Giguet (05 février 1964-11 février 1966), alors commandants supérieurs. Monsieur Issa Bakary fut le premier délégué général à la gendarmerie nationale (du 12 février 1966 au 26 décembre1982).

 

2.2- La relève des cadres militaires

Sur le plan militaire, les acteurs varièrent en fonction de leurs armées d’appartenance. A l’aube de l’indépendance du Cameroun oriental, la ressource humaine se composait de forces paramilitaires créées avec l’aide de quelques volontaires qui devinrent les premiers personnels de la jeune armée en 1960. Ils n’étaient pas adaptés à la situation du moment, en raison de leur ancienneté de service et de leur état de spécialistes (radios, chauffeurs, musiciens, infirmiers, ordonnances etc.)
Le 2ème bataillon pourvu de 70 militaires provenant de l’Armée française et de 320 recrues fut projeté dans l’ouest en juillet 1960 pour faire face à la rébellion. Il n’est pas inutile de signaler également l’existence des forces supplétives, notamment la garde civique créée dans l’ouest du pays pour la protection des regroupements de populations.


En mars 1961, 386 militaires camerounais en provenance des Armées nigériane et britannique prirent le chemin du CIAT de Ngaoundéré, avec dans leurs rangs quelques officiers dont le capitaine Titus Malongue (alors en congé), le lieutenant James Tataw Tabe,. Le contingent fut placé sous le commandement du lieutenant James Tataw Tabe en vue de l’adaptation de ces militaires aux procédures françaises de commandement. Avec le temps, Le premier souci fut donc d’avoir sous la main, de toute urgence, une ressource. C’est ainsi que fut rapidement créé le 1er bataillon composé d’une partie de militaires provenant de l’armée française et de 300 recrues, qui défilèrent le 1er janvier 1960.
Le lieutenant James Tataw Tabe commanda le CIAT, en lieu et place du capitaine Capdeville de l’AMT. A l’issue de cette formation, une bonne partie de ces personnels constitua la 13ème compagnie rattachée au 2ème bataillon. Au terme de leur formation commune de base, certains rejoignirent les centres d’instruction de la Gendarmerie et ceux de la Police.


La «camerounisation» de l’Armée camerounaise s’effectua aux niveaux central et territorial.

 

2.2.1- La « camerounisation » au niveau central

Lors de la « camerounisation » de l’armée de terre le 1er avril 1965, il existait un commandement de l’Armée de terre placé sous la férule du lieutenant-colonel Pierre Semengue qui remplaça le lieutenant-colonel français Gaillet de l’AMT. Sur le plan territorial, le dispositif mis sur pied pour combattre la rébellion s’articulait en deux secteurs militaires : le secteur militaire du littoral et le secteur militaire de l’ouest. Avec la création du 2ème front contre la rébellion, un 3ème secteur militaire couvrant le centre, le sud et l’est fut créé. Des officiers expérimentés, rompus dans la lutte antiguérilla furent affectés à la tête desdites structures. Le colonel Bouba Kaélé commanda le secteur militaire n°1 avec pour PC Yaoundé ; les commandements des secteurs militaires n°2 (PC Douala) et n°3 (PC Bafoussam) furent confiés respectivement au lieutenant-colonel Titus Ebogo et au lieutenant-colonel Joseph Moussy.
La «camerounisation» prit définitivement forme à la gendarmerie nationale le 12 février 1966 avec la nomination de Monsieur Issa Bakary comme délégué général à la gendarmerie. Il remplaça le lieutenant-colonel Giguet, dernier officier supérieur à commander la Gendarmerie nationale.
La «camerounisation» dans l’Armée de l’air fut effective le 13 mai 1973 lorsque le capitaine Paul Yakana Guebama devient le 1er Commandant des Forces Aériennes (COMFA), en remplacement du commandant Courreges de l’AMT.


Au niveau de la Marine, la camerounisation intervient le 11 juillet 1973 avec la nomination à sa tête du lieutenant de vaisseau Pierre Ndangang en remplacement du lieutenant de vaisseau Miossec de l’AMT.
L’unique direction des services du Ministère des Forces Armées, confiée au colonel Bodet a été camerounisée en 1969 et placée sous la responsabilité du colonel Jean Nganso Sunji.


S’agissant des magistrats militaires camerounais. Les personnels suivants de la Gendarmerie et des Armées furent choisis pour en constituer la première cuvée. Il s’agit de deux gendarmes et d’un sous-officier militaire servant dans l’armée française qui furent nommés lieutenants : Lucien Zogo, Lissouk Balock et Faustin Ndoumbe. Ils furent rejoints en 1962 par les sous-lieutenants Fouman Nti, Emile Manga, Paul Théodore Ndjock et Njankou Fankam, tous anciens commandants de compagnie ou d’escadron de gendarmerie depuis leur sortie de l’EMIA en mars 1961.


Après une formation rapide comme magistrats militaires en six mois à l’EMIA, ces officiers ont été nommés commissaires du gouvernement, juges d’instruction, substituts du commissaire du gouvernement ou adjoints au juge d’instruction auprès des trois premiers tribunaux militaires créés à Yaoundé, Douala et Dschang. Ces tribunaux ont pris en charge de nombreux dossiers en souffrance dans les cours criminelles spéciales à l’époque de la rébellion.


Les tribunaux militaires étaient alors présidés par des magistrats civils de droit commun désignés, assistés d’accesseurs militaires nommés parmi les officiers de gendarmerie et des armées.

 

2.2.2 La «camerounisation» au niveau territorial

 

22.2-1 Dans les formations de l’Armée de terre

Pour tenir tête à la rébellion, l’Armée de terre dût se « camerouniser » très rapidement. Avec l’arrivée de 300 recrues enrôlées en novembre 1959, l’embryon du 1er bataillon, composé de quatre compagnies fut créé, dont la 2ème commandée par le lieutenant Joseph Moussy et la 4ème commandée par le sous-lieutenant Ernest Mben Mboua.


Ce premier bataillon défila à Yaoundé et à Douala le 1er janvier 1960. Il fut ensuite déployé en Sanaga maritime et Nkam d’après l’articulation ci-aprés :

- La 1ère compagnie à Douala avec des postes à Dikous et à Ngonga ;
- La 2ème compagnie à Ngambé ;
- La 3ème compagnie à Yabassi avec un poste à Yingui ;
- La 4ème compagnie à Esseng à 15 kilomètres au nord de Ngambe ;

 

Quelques mois plus tard 320 jeunes recrues et 70 militaires en provenance de l’armée française formèrent l’essentiel du 2ème bataillon avec :

- La 5ème compagnie commandée par le lieutenant Bevo ;
- La 6ème compagnie commandée par le lieutenant Adolphe Si Nkoa ;
- La 7ème compagnie, commandée par le lieutenant Pierre Ondoa Essomba puis par le S/Lieutenant Pierre Samobo, fut contituée de la garde civique nationale implantée dans l’ouest;
- La 8ème compagnie commandée par le lieutenant Afana ;
- La 13ème compagnie à Bamenda, commandée par le lieutenant James Tataw, composée d’une partie des 386 anciens militaires en provenance des armées nigérianes et britanniques gonflèrent les rangs du 2ème bataillon en mars 1961.

 

Entre janvier 1960 et mars 1962 naquirent très rapidement des compagnies provenant de l’armée française :

- La compagnie d’état-major et des services (CEMS) basée à Yaoundé, sous les ordres du lieutenant Bouba Kaélé ;
- La 1ère compagnie commandée par le lieutenant Bikélé ;
- La 3ème compagnie, commandée par le lieutenant Manga Bani.

Les bataillons, dès leur création accueillirent en leur sein à partir de 1961, des officiers issus de l’EMIAC ou des académies étrangères comme commandant de compagnie ou chef de section, certaines sections restèrent cependant encadrées par des sous-officiers.

L’Escadron Blindé de l’Armée de Terre (EBAT) fut créé en octobre 1960 et commandé par le lieutenant Edouard Etonde Ekotto dès son arrivée de France. L’EBAT fut d’abord implanté à Dschang avant d’être déplacé à Nkongsamba dans le Mungo.

 

Le 1er avril 1961, le capitaine Pierre Semengue prit le commandement du 1er bataillon de l’armée de terre, en remplacement du chef de bataillon Gros de l’AMT.

En mars 1962, naquit la compagnie du génie, commandée par le lieutenant Jean René Youmba dès son arrivée de France.

 

Le 1er avril 1963, le chef de bataillon Pierre Semengue prit la tête du 2ème bataillon en remplacement du chef de bataillon Dumas qui assurait l’intérim du chef de bataillon Gales de l’AMT, affecté comme commandant du secteur militaire du littoral (SML), en remplacement du chef de bataillon Gros arrivé en fin de séjour.

 

Le 1er septembre 1963, le capitaine Jean Nganso Sunji remplaça le chef de bataillon Foulquier de l’AMT à la tête du 3ème bataillon de l’armée de terre. Deux ans auparavant, en fin 1961, un recrutement intensif avait permis la mise sur pied de ce 3ème bataillon avec :

- La 9ème compagnie commandée par le lieutenant Paul Bell ;
- La 10ème compagnie commandée par le lieutenant Abdoulaye Oumarou Garoua ;
- La 11ème compagnie commandée par le lieutenant Titus Ebogo ;
- La 12ème compagnie commandée par le lieutenant Sylvestre Mang ;

 

Le 3ème bataillon fut implanté dans le Mungo dans le dispositif suivant :

- La 9ème compagnie à Manengole ;
- La 10ème compagnie à Mbanga ;
- La 11ème compagnie à Tombel ;
- La 12ème compagnie à Melong ;

 

Les formations de l’Armée de terre se développèrent et se perfectionnèrent. Toutefois avec la création du 2ème front dans le sud-est du pays, la 14ème compagnie fut mise sur pied à Bonis près de Bertoua en fin 1965, aux ordres du lieutenant Camille Nkoa Atenga.

 

Les trois premiers bataillons furent assistés de deux unités d’appui. Malgré un équipement obsolète et un armement rustique (MAS 36, FM 24/29, PM sterling, PM MAT 49), ils combattirent efficacement et sans relâche la rébellion interne de 1960 à 1975.

 

L’affaiblissement de la rébellion notamment en Sanaga Maritime et dans le Mungo, l’ouverture du 2ème front dans le Sud et les guerres civiles au Tchad entraînèrent des changements dans l’implantation des formations de l’armée de terre. Ainsi :
- Le 1er bataillon rallia Ebolowa avec une compagnie à Djoum, après un transit à Mbanga et à Bafang au sous-secteur militaire temporaire de Bafang ;
- Le 2ème bataillon resta toujours dans l’ouest du pays ;
- Le 3ème bataillon rejoignit Maltam et Kousseri dès l’entame des guerres civiles tchadiennes ;
- Le 4ème bataillon créé en juillet 1969 fut basé au Cameroun occidental avec PC à Buea.

 

Il comprenait :

- Une compagnie implantée à Bamenda et commandée par le lieutenant Albert Ambassa ;

- Une compagnie implantée à Mamfe et commandée par le capitaine Camille Nkoa Atenga ;

- Une compagnie implantée à Man o War Bay et commandée par le capitaine Jean Pierre Youta. Le 4ème bataillon eut pour mission de couvrir le secteur du Cameroun occidental nouvellement créé qui englobait l’escadron blindé à Douala, la compagnie du génie à Douala, la batterie d’artillerie sol-sol à Nkongsamba, la batterie d’artillerie sol-air à Edéa, et le groupement parachutiste à Koutaba.

 

Il n’est pas inutile de préciser que lors de la « camerounisation » de l’armée de terre le 1er avril 1965, il existait un commandement de l’armée de terre à l’instar du commandement supérieur de la gendarmerie nationale, le commandement de la marine nationale et un peu plus tard le commandement de l’armée de l’air.

 

Sur le plan territorial, il existait deux secteurs militaires pour combattre la rébellion : le secteur militaire du littoral et le secteur militaire de l’ouest. Avec la création du 2ème front de la rébellion, un 3ème secteur militaire fut crée, couvrant le centre, le sud et l’est.

 

Les secteurs militaires furent organisés comme suit :

  • Le secteur militaire n°1 avec pour PC Yaoundé, sous les ordres du colonel Bouba Kaélé ;
  • Le secteur militaire n°2 avec pour PC Douala, sous les ordres du colonel Titus Malongue ;
  • Le secteur militaire n°3 avec pour PC Bafoussam, sous les ordres du lieutenant-colonel Joseph Moussy..

 

2.2.2-2 La « Camerounisation » dans les formations de la Gendarmerie

Le 1er janvier 1960 la Gendarmerie camerounaise comptait plus de 2000 éléments issus de la Garde camerounaise, provenant de l’ancienne Garde indigène. Les premiers officiers étaient au nombre de quatre (Benoît Maidoki affecté à la Présidence de la République, Ngomna Bouba à l’Escadron mobile de Douala, Lazare Soboth à la Légion de Douala et Pascal Ndzinga au Centre administratif de la Gendarmerie), complétés par 272 sous-officiers, 2680 gendarmes et élèves gendarmes. Ces gradés et gardes avaient qualité d’agents de la force publique et étaient toujours subordonnés aux officiers et sous-officiers français qui assuraient leur encadrement. Leur statut s’était amélioré, la possibilité étant donné aux meilleurs de devenir auxiliaires de la gendarmerie, gendarmes auxiliaires ou gardes auxiliaires de la gendarmerie d’outre-mer. Ce sont ces éléments qui vont constituer l’ossature de la Gendarmerie à l’indépendance en 1960.

 

Le 30 avril 1960, furent créées 04 légions de gendarmerie, 08 compagnies territoriales, 87 brigades, 14 escadrons de gendarmerie mobile, 50 pelotons mobiles.

 

Le 1er juillet 1960, 77 sous-officiers camerounais sortis de l’Ecole de gendarmerie prirent le commandement d’une partie des 87 brigades et 50 pelotons. Des officiers furent nommés aux postes de responsabilités ci-après : le lieutenant Ngomna Bouba, commandant d’escadron au Groupe d’escadron à Douala, le Lieutenant Benoît Ma?doki, au Cabinet militaire de la Présidence de la République, le lieutenant Pascal Ndzinga, commandant l’Escadron d’honneur et le lieutenant Lazare Soboth, commandant la Compagnie d’Eséka.

 

Le 13 mai 1961, 27 aspirants sortis de l’EMIAC prirent le commandement des pelotons et de certains escadrons mobiles.

 

Le 30 septembre 1961, intervint la nomination des trois premiers capitaines de gendarmerie : Benoît Maidoki, Ngomna Bouba et Pascal Ndzinga.

 

Le 8 février 1962, un officier de gendarmerie, le capitaine Lazare Soboth fut nommé à la tête d’une compagnie à Douala.

 

Les premiers commandants de légion camerounais furent nommés comme suit:

• lieutenant Jacques Feumi Jantou commandant la Légion de gendarmerie du Cameroun occidental en 1962 ;
• capitaine Alexandre Etoundi commandant la Légion de gendarmerie du littoral le 6 février 1964 ;
• capitaine Abdoulaye Oumarou Dembo, commandant la Légion de gendarmerie de Garoua (qui couvrait tout le grand nord) le 22 octobre 1965 ;
• capitaine Joseph Kalla commandant la Légion de gendarmerie de Yaoundé (qui couvrait le centre, l’est et le sud) le 12 novembre 1965 ;
• capitaine Hermann Akono commandant la Légion de gendarmerie de l’Ouest à Bafoussam le 19 février 1966 ;
• capitaine Louis Lambidjeck commandant la Légion de gendarmerie de l’Est à Bertoua (en cours de création) le 29 août 1969.

 

D’autres officiers camerounais occuperont des fonctions importantes dont :

• Le capitaine Claude Laurent Angouand nommé commandant de l’école de gendarmerie le 1er juin 1968 ;
• Le capitaine Pascal Ndzinga commandant du CATEG (centre administratif et technique de la gendarmerie) bien avant 1970 ;.

En fin d’année 1962 la « camerounisation » des postes au niveau des compagnies et escadrons de gendarmerie se poursuivit et s’acheva le 1er juillet 1965.

 

2.2.2-3 Les cas spécifiques de l’Armée de l’air et de la Marine

Dans l’Armée de l’air et la Marine, les cadres commencèrent à rentrer de formation en 1965. Dans ces corps spécialisés la « camerounisation » se fit lentement, d’autant plus qu’ils n’avaient pas de structuration élémentaire en tant que telle.


Toutefois, des spécialistes camerounais furent employés dans les équipages comme commandant de bord ou d’embarcation. Dans l’Armée de l’air, le premier poste de responsabilité confié à un camerounais, le lieutenant Yakana Guebama Paul, fut celui de commandant de la division opérationnelle en 1969. Le premier équipage fut lâché sur C 47 en 1971.


Lentement mais sûrement, l’Armée camerounaise parvint à prendre en charge la défense de ses frontières terrestres, aériennes et maritimes en usant de ressources matérielles et humaines en nette amélioration quantitative et qualitative.


La période allant du 11 novembre 1959 à 1976 fut marquée par la création officielle de l’Armée camerounaise et le développement du socle granitique sur lequel elle allait désormais reposer. L’accouchement, secoué par les spasmes d’une rébellion tenace mais finalement vaincue, donna lieu à une croissance authentique, caractérisée par ses crises d’adolescence vite maîtrisées. La tactique précéda la stratégie dans l’édification d’une armée véritablement nationale, riche de ses prémices sociologiques, capacitaires et académiques. La solidité de ses fondements, tout en ménageant une certaine flexibilité nécessaire aux mutations futures, eut le mérite de pérenniser certaines valeurs emblématiques, dont le sens du sacrifice, le respect de la légalité républicaine qui caractérisent le soldat camerounais et la définition d’une politique de défense adaptée à son temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES GRANDS DEFIS POST-REBELLION

L’avènement de l’Etat unitaire en 1972 et l’achèvement de la pacification du Cameroun en 1976, érigent, au double plan intérieur et extérieur, de nouveaux défis sur le chemin de la construction de l’armée nationale. Véritable leitmotiv du discours politique du Chef des Forces Armées , ces défis s’articulent autour de quatre piliers fondamentaux: la stabilité intérieure et l’unité nationale, la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, le développement économique et social de la Nation et le rayonnement international du pays.

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I – Stabilité intérieure et unité nationale

Les convulsions politiques antérieures ou postérieures à l’indépendance vont obliger l’Etat camerounais à développer et entretenir une véritable mystique unitaire. La consolidation de cette indépendance, dont les modalités d’acquisition sont remises en cause par une certaine frange politico-militaire du pays, va s’imposer comme un impératif catégorique. Ainsi, au cours de cette période, l’armée camerounaise, en ses diverses composantes, sera préoccupée par le loyalisme envers les institutions nationales, la protection des personnes et des biens, et la prise en compte de la diversité nationale.

 

1.1- Loyalisme envers les institutions de la République

 

Nous noterons avec emphase certains événements qui illustrent, en ce domaine, l’œuvre remarquable accomplie par les Forces Armées camerounaises.


Cette armée contribuera à la consolidation du mécanisme constitutionnel ayant conduit à l’accession à la tête de l’Etat, le 6 novembre 1982, de Son excellence Paul BIYA après la démission du Président Ahmadou AHIDJO. Ainsi protègera-t-elle, avec détermination et engagement, la légalité républicaine lors des évènements d’avril 1984, en faisant échec à la tentative de certains jeunes officiers de s’emparer du pouvoir politique. Les Forces Armées nationales, à cette occasion, ont accompli leur devoir sans interférer dans la vie politique de la Nation. Elles ont démontré à la face du monde, non seulement leur efficacité et leur cohésion mais également leur caractère républicain.
Lors de la période de la démocratisation des années 1990, où la contestation va emprunter des voies insurrectionnelles, le Président de la République a dû confier le rétablissement de l’ordre aux Commandements opérationnels créés à cet effet. Par leur efficacité, les Forces Armées camerounaises ont ainsi participé au maintien, en ces périodes très difficiles, non seulement de l’unité nationale mais aussi et surtout de la stabilité interne.

 

1.2-Protection des personnes et des biens

 

L’Armée camerounaise va s’employer avec énergie et dévouement à maintenir l’ordre public, rassurer la partie saine de la population, dissuader et, s’il y a lieu, réprimer les délinquants. Pour faire face efficacement à toutes les formes de criminalité, qu’elle soit résiduelle ou grande, ancienne ou nouvelle, des formations et unités additionnelles verront le jour pour compléter l’action de celles traditionnelles. C’est pourquoi certaines forces spéciales ont été créées et mises sur pied notamment :

- Le Groupement (originellement Escadron) Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GPIGN) spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité urbaine et rurale, le terrorisme et la piraterie ;
- Les Bataillons Légers d’intervention (BLI), créés en 1999 et transformés plus tard en Bataillons d’Intervention Rapides (BIR), spécialisés dans la lutte contre les coupeurs de routes et la piraterie maritime.


D’un autre côté, et pour lutter plus efficacement contre la criminalité urbaine, la Gendarmerie a conçu le Centre Opérationnel de la Gendarmerie (COG), organe spécial d’alerte et de gestion des détresses mis en place dans tous les chefs-lieux de régions pour répondre aux appels de détresse des populations sur des numéros gratuits (113), grâce aux patrouilles pré positionnées dans les divers points de chaque centre urbain.


La Gendarmerie nationale a aussi, en coopération avec la France, réalisé des structures d’appui au commandement pour des échanges verticaux et horizontaux de renseignements par Intranet installé dans les services centraux, les états-majors de régions et de légions ainsi que dans plusieurs états-majors de compagnies et brigades frontalières ou sensibles exposées aux incursions des bandits.


Dans le champ de la protection civile, le Corps National des Sapeurs Pompiers (CNSP), formation militaire interarmées spécifique, créé par décret n°86/286 du 05 avril 1986, est placé sous l’autorité du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et mis pour emploi auprès du Ministre chargé de l’Administration territoriale.


Dans le domaine judiciaire, l’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la Constitution du 2 juin 1972 avait donné la possibilité au Ministre des Forces Armées, à travers l’Ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et munitions. Toutefois le processus de démocratisation enclenché dans les années 1990, transfèrera aux juridictions de droit commun, les infractions sur l’usage des armes et munitions. Mais à cause de la recrudescence de la grande criminalité et du grand banditisme observée depuis 1997, le jugement des « crimes de sang » sera rétrocédé aux tribunaux militaires, conformément à l’ordonnance n°72/6, modifiée respectivement par les lois n°97/008 du 10 janvier 1997 et 98/007 du 14 avril 1998, en son article 5.


Au-delà des critiques et récriminations des diverses sensibilités politiques engagées dans la lutte pour la conquête du pouvoir depuis l’aube de l’indépendance et de la réunification, les juridictions militaires ont largement contribué à la restauration et à la défense de la paix sociale, à la sécurisation de la Nation camerounaise, à la protection des personnes et des biens, indispensables à la construction nationale.

 

1.3 - Prise ne compte de la diversité nationale

 

« Véritable ciment de l’unité nationale », les Forces Armées camerounaises vont s’ouvrir, quantitativement et qualitativement, à toutes les couches sociales. Outre la recherche continue, dans les recrutements, d’un équilibre entre les ressortissants des différentes régions du pays, l’on signalera tout particulièrement le recrutement, dès 1985, des diplômés de l’enseignement supérieur, avec l’incorporation de la promotion « Martin Paul SAMBA » de l’EMIA.


En effet, l’« armée représente un symbole vivant. Tous les Camerounais doivent se reconnaître en elle. Elle symbolise l’unité nationale et l’intégration, ignorant les différences ethniques, sociales ou culturelles. Tribalisme, népotisme ou sectarisme, sont à bannir de l’image de notre armée ».
Du coup, cette armée peut s’ « enorgueillir de compter autant d’hommes engagés, prêts à se battre pour leur patrie », pour la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de celle-ci.

 

II – Souveraineté nationale et intégrité territoriale

 

« Votre rôle primordial, en effet, est, en tout temps, d’assurer la défense de la patrie. Ce rôle implique la sauvegarde de notre intégrité territoriale et de notre souveraineté. C’est un rôle sacré, c’est la raison d’être de toute armée.» Il se dégage de ces propos, les missions de protection de l’intégrité territoriale qui reposent sur l’acquisition d’une logistique adaptée.

 

2.1.– Inviolabilité du territoire national

 

En rappelant fort opportunément que la promotion 1992-1994 de l’EMIA fut baptisée « Intégrité territoriale », force est d’évoquer, ici, le différend frontalier de Bakassi.

 

Le 23 décembre 1993, les Forces Nigérianes franchissent la frontière et s’emparent des points clés de la péninsule éponyme: Akwa ou Archibong, Bakassi point ou Kombo a Bedimo, Sandy point ou Jabane,

Diamont.


Face à cette agression manifeste, le Président de la République va saisir successivement son homologue du Nigéria, le mécanisme de Prévention des Conflits et de Gestion des Crises de l’OUA et même le Conseil de Sécurité de l’ONU.


C’est après avoir utilisé, sans résultat concret, toutes ces voies que le Cameroun sera contraint de saisir la Cour Internationale de Justice (CIJ) par ses requêtes introductives d’instances du 29 mars et du 06 juin 1994 ; il faut noter que le Nigéria et le Cameroun étaient tous deux justiciables devant cette cour en vertu de leur souscription antérieure à la clause facultative de juridiction obligatoire de la CIJ. La première requête porte sur la péninsule de Bakassi alors que la requête additionnelle du 06 juin étend le différend sur toute la frontière suite aux revendications nigérianes sur la localité de Darack dans le Lac Tchad.

Sur le plan militaire, la tentative nigériane d’étendre l’occupation de la péninsule échoue lors de l’attaque de la crique de Kombo a Janea.


Le Nigéria va mieux se préparer en février 1996 par une attaque massive ayant pour objet la prise de l’ensemble de la péninsule pour reporter la frontière un peu plus à l’est sur le Rio Del Rey. La résistance camerounaise, voire sa contre-attaque permettront de stabiliser le front. Toutefois le chef-lieu de la sous-préfecture d’Idabato sera pris ainsi que 120 militaires camerounais, dont un officier, qui seront faits prisonniers. La contre-attaque camerounaise permettra aux Forces Armées camerounaises de faire aussi 150 prisonniers nigérians dont quatre officiers. Un échange officiel des prisonniers aura lieu à l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen le 24 novembre 1998, sous l’égide du Comité international de la croix rouge, authentifiant l’existence d’un conflit armé réel entre les deux pays ; le Nigéria l’ayant toujours nié.


Le front est resté stable jusqu’à la décision de la CIJ du 10 octobre 2002 confirmant la camerounité de la péninsule de Bakassi, ainsi que les tracés de la frontière maritime jusqu’au point G tels que définis par les Déclarations de Yaoundé II et de Maroua. La dite décision marquait également la délimitation de cette frontière maritime par un point X déterminant la médiane entre les deux pays et une direction loxodromique définissant la frontière maritime entre les deux pays.


Auparavant, le 16 mai 1981, un accrochage avait eu lieu dans le Rio Del Rey entre une vedette camerounaise de surveillance des criques et une patrouille nigériane. A la suite de cet engagement, les Forces Nigérianes avaient perdu cinq (05) de leurs soldats. La tension était tellement vive qu’une confrontation militaire était redoutée. L’Armée Camerounaise avait déployé à cet effet, des forces importantes à Mamfe, Eyumedjock et Ekok. La guerre n’avait finalement pas eu lieu grâce aux efforts diplomatiques du Président de la République qui avait consenti à indemniser les familles des victimes et présenté ses regrets au gouvernement nigérian qui demandait plutôt des excuses ; excuses qui avaient été refusées, au motif que l’action s’était déroulée en plein territoire camerounais.

 

2.2 – Une implantation territoriale évolutive et dissuasive


Bras séculier de l’Etat, l’Armée camerounaise se doit, par sa présence effective sur l’ensemble du pays, de dissuader toute menace et de faire cesser sans délai toute atteinte à l’intégrité territoriale du Cameroun. Pour ce faire, l’implantation de ses structures va connaître une évolution dont le maître mot demeurera l’efficacité. A la faveur des importantes réorganisations intervenues en 1976, 1983 et 1992, cette implantation va considérablement évoluer et se densifier. La volonté permanente ici consiste à donner à l’institution militaire, sans esprit belliciste mais toujours dissuasif et décisif, la capacité d’action et de réaction nécessaire à la matérialisation et à l’exercice efficient de ses missions de protection et de défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale.

 

Encore fallait-il que cette armée disposât d’une logistique conséquente pour accompagner les structures créées et mises en place.

 

2.3 – L’effort logistique


Afin de concrétiser la volonté politique de faire de l’armée un outil de souveraineté nationale et de défense de l’intégrité territoriale, des moyens logistiques significatifs seront progressivement réalisés à son profit. Cet effort concerne à la fois le potentiel opérationnel, les infrastructures et les moyens de représentation et de souveraineté.

 

S’agissant par exemple de l’Armée de l’air, « le Cameroun acquiert entre 1976 et 1984, une bonne partie de son parc aérien militaire, allant du Buffalo au C 130, du Fouga à l’Alpha Jet et de l’Alouette III à la Gazelle » .

 

Pour sa part, et au cours de la même période, la marine nationale verra sa flotte se renforcer pour s’enrichir de moyens navals appréciables (Patrouilleur côtier l’Audacieux, Patrouilleur Lance-missiles Le Bakassi, Patrouilleurs rapides Swift Ships).


La crise économique qui sévit dès la fin des années 80 freinera cette volonté. Pire, face à la contrainte du resserrement budgétaire, la faiblesse ou l’irrégularité du maintien en condition aura pour conséquence inéluctable l’usure précoce de certains matériels.

 

Malgré tout, le développement économique et social restera l’un des chevaux de bataille de l’armée camerounaise.

 

III - Développement économique et social de la nation

 

« Le développement, vous le savez, demeure pour la Nation camerounaise l’une des préoccupations constantes et l’un des objectifs prioritaires de l’action gouvernementale. Il est par conséquent normal qu’en plus de leur mission traditionnelle de défense de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et du patrimoine national, le rôle des Forces armées s’inscrive également dans le cadre de ces préoccupations et de ces objectifs. »


A ce titre, l’armée camerounaise s’affirme comme un vivier d’emplois, un outil de développement et un instrument de lutte contre la crise économique.

 

3.1 L’Armée camerounaise : un vivier d’emplois


Nombre d’actifs camerounais, au-delà de leur engagement patriotique, trouvent dans l’armée, un gagne-pain, une occupation et une raison de vivre. Sans conteste, l’armée camerounaise est un gros employeur qui, de surcroît, et au-delà des risques bien mesurés du métier, assure à ses personnels et à leurs familles une existence professionnelle et hors cadres honnête et digne.

 

3.2 L’armée camerounaise : un outil de développement


L’effort d’accroissement du potentiel de l’armée camerounaise ne vise pas uniquement son aptitude opérationnelle, mais aussi à lui donner les moyens d’une meilleure implication dans le développement de la Nation. Aussi, les moyens et structures militaires seront-ils mis à contribution dans les domaines du transport, des travaux publics de l’éducation ou encore de la santé publique.


De même, les Forces Armées sont-elles préparées « à participer à l’entreprise de développement au cours de leur période d’activité, et, ultérieurement, à s’insérer dans la vie civile » . « Chaque militaire doit être conscient de son obligation d’être un citoyen actif, bâtisseur de la paix et partisan convaincu de l’intérêt général » .

 

3.3 L’Armée camerounaise: instrument de lutte contre la crise économique


Comme le martèlera le Chef des Forces Armées, « votre mission est à la fois de défendre la sécurité du territoire et de vous montrer solidaires de tous les citoyens dans leurs efforts pour lutter contre la crise qui nous défie ».

 

A cause de cette crise économique, L’Etat sera contraint de réduire drastiquement les dépenses publiques, y compris de défense, même si, dans la mesure de ses moyens, il « n’épargnera aucun effort pour doter l’armée des moyens nécessaires à l’accomplissement de ses tâches fondamentales ».
Si le « Cameroun ne peut donc avoir une armée digne de ce nom sans la participation consciente et engagée de tous ses membres à l’effort de développement national » , l’armée camerounaise, au demeurant, contribuera de fort belle manière au rayonnement international du pays.

 

IV – Rayonnement international du pays

 

Au plan international, le Cameroun est resté « fidèle à ses engagements, à ses options fondamentales qui sont :

- l’indépendance nationale ;
- la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, le respect de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale ;
- le non-alignement et la recherche de la paix entre les Nations ;
- la coopération avec tous les pays épris de paix. »

 

A ce titre, l’armée camerounaise participe aux organes de préservation de la paix au niveau sous-régional, aux exercices organisés dans le cadre du renforcement des capacités de maintien de la paix des armées africaines

 

4.1 – La participation aux organes de préservation de la paix au niveau sous-régional


Conscient du fait que l’Afrique Centrale, pourtant minée par divers conflits était en retard par rapport à l’Afrique de l’Ouest, le Président de la République du Cameroun va saisir les Nations Unies pour la mise en place d’un organisme approprié en Afrique Centrale. Les Nations Unies vont donner leur accord par la création du Comité Consultatif Permanent des Nations Unies pour les Questions de Sécurité en Afrique Centrale le 5 décembre 1991. Ce comité se réunit tous les six mois dans un des Etats membres que sont : l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la RCA, la RDC, le Rwanda, Sao Tomé et Principe, et le Tchad.


Il en résultera la création, le 25 février 1999 à Yaoundé, d’un organe de concertation politique et militaire de la CEEAC en matière de promotion, de maintien et de consolidation de la paix et de la sécurité en Afrique centrale, qui prend le nom de Conseil pour la paix et la sécurité en Afrique Centrale (COPAX).

 

4.2 - La participation aux activités organisées en faveur du renforcement des capacités de maintien de la paix


Pris individuellement ou en unité constituée, des militaires camerounais participent régulièrement à nombre de programmes, formations ou exercices destinés au renforcement des capacités de maintien de la paix des armées africaines. On citera les activités conduites par les programmes français RECAMP (Renforcement des capacités de maintien de la paix), américain ACRI (African Crisis Response Initiative), canadien CPMP (Centre Pearson pour le Maintien de la Paix) ou encore les formations offertes par le Koffi Annan Peacekeaping Center d’Accra, l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin BEYE de Bamako, etc.

 

4.3 – La participation aux opérations de maintien de la paix


Le Cameroun, membre des Nations unies, a participé aux opérations de maintien de la paix déjà en 1990 au Cambodge, en y envoyant une douzaine d’officiers observateurs et un contingent de 60 policiers.

 

La mission de ces Forces étant délimitée par l’alinéa 2 de la loi n°67/LF/9 du 12 juin 1967 qui précise que la défense pourvoit au respect des alliances, traités et accords internationaux. Il s’agit d’une prise en considération des missions internationales des forces armées qui s’étendent, par ailleurs, à celles de maintien, d’établissement et de rétablissement de la paix, telles que mentionnées dans le décret n°95/205 du 5 octobre 1995 portant création et organisation de l’unité nationale pour le maintien de la paix. Depuis la publication de ce décret instituant une unité compétente dans le maintien de la paix, de nombreux officiers et sous-officiers sont intervenus dans les zones de conflit.

 

- Au niveau sous-régional, 20 militaires et policiers sont intervenus au sud Kivu dans l’ex-Zaïre en 1995, le 8 février 1999, des personnels sont mis à la disposition de la MINURCA pour la formation de la police civile. Les Forces de Défense sont intervenues dans le sud Soudan au Darfour pour le compte de l’Union Africaine (UA). En Ethiopie, un officier a fait partie de la Force Africaine en Attente (FAA), et en Côte-d’Ivoire, un autre officier siège à l’Etat-major de l’ONUCI. En Afrique, l’on a pu recenser une vingtaine de missions au profit du maintien de la paix.

 

- Le Cameroun a toujours répondu aux sollicitudes de l’ONU et des organisations régionales et sous-régionales, dans un cadre légal.

 

Au final, l’on peut affirmer, sans vergogne, voire avec fierté, qu’au cours de la période post-rébellion, l’armée camerounaise a su relever les défis de la stabilité intérieure et de l’unité nationale, de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, du développement économique et social de la Nation, et du rayonnement international du pays. Comme toute institution vivante, confrontée aux dures réalités passées, présentes et futures, cette armée a continué à se forger avec pugnacité, honneur et fidélité, une personnalité exemplaire, riche, unique et dynamique. D’où la contrainte qui s’imposera inéluctablement à elle de fonder son action sur une politique de défense mieux élaborée, afin d’être intériorisée et conduite avec une cohérence et un professionnalisme considérables.

 

 

 

 

 

 

 

 

ELABORATION DE LA POLITIQUE DE DEFENSE DU CAMEROUN : la défense populaire

 

La République du Cameroun est un Etat en développement, doté d’un potentiel naturel varié et divers. Elle occupe une position particulière sur l’échiquier africain : « Point de concours des flux ethniques et culturels du continent, ce pays les a intégrés en un alliage original. Et c’est, en définitive, la pluralité qui fonde ici sa singularité : fascinante pluralité géographique, historique et humaine » . De sa diversité physique qui lui vaut la renommée d’ « Afrique en miniature », à son histoire qui lui a légué deux langues officielles – le français et l’anglais – et, surtout, par sa position au cœur de l’Afrique noire, le Cameroun représente un intérêt particulier.

 

Dans le cadre de la définition d’une politique de défense, plusieurs facteurs doivent être pris en considération. La connaissance de l’environnement du Cameroun passe par sa géographie ; son histoire, c’est-à-dire, l’héritage de l’influence des puissances étrangères dans l’évolution du pays ; les conséquences des flux migratoires ; les relations avec les pays limitrophes et ceux plus lointains ; l’action diplomatique du Cameroun dans le sens de son rayonnement international et, son action en faveur des mouvements militant pour la paix et la sécurité internationales.

 

Après avoir jugulé la forte rébellion qui menaçait le jeune Etat nouvellement indépendant, l’Armée camerounaise a, sous l’impulsion des autorités politiques et ce dès 1970, cru nécessaire de se poser et réfléchir sur son avenir. Institution régalienne de tout Etat souverain, elle s’est dotée d’un concept stratégique en interaction complexe avec les contraintes et réalités internes et externes.


I – Les facteurs déterminants de l’élaboration de la politique de défense du Cameroun

 

Les facteurs déterminants de l’élaboration de la politique de défense constituent des éléments réels et contingents tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Cameroun.

 

A- Contraintes et réalités à l’intérieur du Cameroun

 

La multiplicité de sa population, la diversité de son milieu naturel, la succession de divers types d’administration , la jeunesse du pays, etc., sont à la fois des atouts mais également une grande faiblesse, source de discorde. L’unité nationale apparaît dès lors comme le leitmotiv pour arriver à concilier ce « meelting pot », à créer une synergie autour d’un dessein commun et, à favoriser du même coup un développement meilleur et durable du pays. Face à cette quête d’unité et de développement national, les forces armées camerounaises essayent, tant bien que mal, de rester en dehors des clivages ethniques, régionaux ou politiques. Elles se présentent comme le « creuset » de la nation et, garantissent par là, la paix et la stabilité intérieure du Cameroun.

 

1- L’unité nationale

 

Le chemin vers l’indépendance, parsemé de frustrations et d’humiliations, de divergences d’opinions politiques, avait profondément lézardé l’édifice national. Les Camerounais ne semblaient plus être en communion avec eux-mêmes. Le mal était si profond qu’il naissait des particularismes régionaux, mieux, des détournements de l’allégeance citoyenne étatique favorables à l’irrédentisme, à la partition du pays. Face à cette menace qui pèse sur l’unité nationale, Ahmadou Ahidjo, s’adressant aux populations de Dschang, déclarait que « … Tant que vous ne vous considérez pas d’abord comme population Bamiléké de la région de l’Ouest, mais que vous vous considérez comme population de Foméla, de Banganté, de Bafang, de Bangwa, etc., le pays Bamiléké, les populations qui sont si travailleuses, qui sont saines d’esprit et de corps, n’arriveront pas à grand chose » . Déjà en 1959, alors chef du gouvernement camerounais, il déclare connaître «… Tout ce qui peut unir comme tout ce qui peut séparer les populations du Nord et du Sud, de l’Ouest et de l’Est… L’unité nationale pour mon gouvernement est un impératif sacré et pour y parvenir, il n’y a qu’un moyen : accroître le bien-être des populations en combattant la misère et la maladie, en assurant la paix, la sauvegarde des biens et des personnes » . C’est également dans cette logique que le gouvernement d’Ahidjo obtint de l’Assemblée Législative, en décembre 1959, le vote d’une « amnistie totale et inconditionnelle » pour les régions de la Sanaga-Maritime et du Nyong-et-Kellé dont plusieurs ressortissants poursuivis avaient trouvé refuge dans le Cameroun britannique. Dès février 1960, il fit abroger le décret du 13 juillet 1955, portant dissolution de l’Union des Populations du Cameroun (U.P.C.) et de ses organisations annexes.

 

Cette volonté d’unité nationale va se poursuivre jusqu’à la réunification des deux parties du Cameroun en 1972.

 

La quête de l’unité nationale passe également par la prise en compte de la diversité physique du Cameroun, par la création d’un esprit patriotique au sein de la population pluriethnique du pays et, par la prise en compte de son histoire coloniale.


Il faut relever que, l’importance de la présentation des données géographiques du pays tient essentiellement à la connaissance de ce que le Cameroun défend d’une part et, permet de justifier le choix de certains types de matériels militaires en fonction des zones géographiques (Sahel, savane et forêt).


2 – La paix intérieure

 

La paix intérieure est la deuxième motivation de la politique intérieure du Cameroun. Elle est du reste le corollaire de la préoccupation de l’unité nationale développée ci-dessus. La paix intérieure peut être menacée pour des motifs politiques (processus de démocratisation au Cameroun dès 1990), socioculturels ou socioéconomiques. Elle peut également être menacée par son caractère de jeune pays en développement, à l’économie encore faible et fortement dépendante des institutions extérieures. La grande variété de sa population à la conscience nationale encore embryonnaire peut aussi s’avérer une source d’instabilité. Comme nous l’avons noté auparavant, on dénombre plus de 250 ethnies et autant de langues au Cameroun, des traditions et modes de vie très différents des unes des autres. Cette pluralité ethnique se réclame de trois grands groupes religieux différents. En outre, le pays a connu trois types de colonisations : les deux dernières ont façonné des types d’hommes différents et légué au pays deux traditions et deux langues officielles. Il s’agit donc de fondre tout cet ensemble disparate en une nation viable et prospère.

 

Le Cameroun, qui a connu des troubles lors de son accession à l’indépendance, des troubles essentiellement politiques et idéologiques, dus aux divergences de points de vue des forces politiques réclamant la souveraineté, va désormais faire face à un autre type de problèmes. Il s’agit de l’explosion démographique et des effectifs scolaires d’une part, de la mobilité accrue de cette population en quête du bien-être se traduisant par l’exode rural d’autre part.


Sous l’effet de la paupérisation croissante des populations villageoises, les campagnes se vident pour gonfler les villes à la quête d’un emploi salvateur. L’exode rural est passé de 2,2 % environ en 1960 à plus de 10 % au début des années 2000. Le secteur public déficitaire et déjà pléthorique et le secteur privé encore embryonnaire ne peuvent absorber que 2 % environ par an de ces jeunes diplômés ou non-diplômés. Il reste chaque année plusieurs milliers de jeunes dans les villes sans emploi. Cette situation ne manque pas de poser d’autres problèmes tout aussi importants :

- L’exode rural prive les campagnes d’une main-d’œuvre jeune, possédant toutes ses capacités physiques et intellectuelles, indispensables au développement et à la modernisation de l’agriculture en vue d’un meilleur rendement.
- L’exode rural draine vers des villes non préparées pour les accueillir un flux ininterrompu de jeunes avec tous les dangers que cela comporte pour le maintien de l’ordre, le grand banditisme, les trafics multiples et particulièrement de drogue, la dépravation morale, etc..
- L’exode rural permet la constitution dans les centres urbains, d’une classe de « sans travail » instruits et diplômés, facilement accessibles aux idées et idéologies diverses. C’est ainsi que, avec l’ouverture démocratique, les populations ont de plus en plus accès aux médias de divers ordres – nationaux et internationaux - (journaux, radio, télévision, Internet, etc.) pour s’exprimer librement et prendre part à la gestion de la cité en posant leurs problèmes. Mais cette quête continue de liberté s’est accompagnée de multiples dérapages : radicalisation du dialogue, refus du débat contradictoire, rejet de toute solution consensuelle, assassinat politique, etc.. La création des partis politiques a pris une ampleur telle que l’on dénombre aujourd’hui plus de 120 partis politiques au Cameroun. La création de ceux-ci est souvent le fait d’un groupe ethnique visant à conquérir le pouvoir ou le fait, d’un groupe de jeunes désœuvrés, dont l’objectif est de rendre instable le climat politique national.
- Le regroupement de jeunes désœuvrés dans les villes favorise également un détournement de l’allégeance étatique . A ce titre, limiter l’exode rural aux proportions acceptables et développer les collectivités locales sont des priorités et, peuvent contribuer au maintien de la paix intérieure du pays.

 

3 – Le développement équilibré des régions

 

Lorsque le Cameroun accède à l’indépendance en 1960, sa population, pour la plupart, se sent libérée du joug colonial et retrouvre sa dignité bafouée. L’indépendance marque la rupture de l’entité camerounaise avec la méta-structure coloniale française et britannique, consacrant ainsi la naissance d’un Etat autonome et souverain.

 

Les colonies ayant été d’une importance capitale – essentiellement en ce qui concerne les sources d’approvisionnement de matières premières, les débouchés pour les produits manufacturés, etc. – pour les différentes métropoles, il était difficile que ces dernières acceptent de perdre tous ces avantages. Dès lors, sur la scène internationale, l’indépendance pleine et entière, même quand les autres nations étrangères la reconnaissent, ne signifie pas indépendance réelle. Conscient de cette réalité froide du monde international, Ahmadou Ahidjo mettra en garde ses confrères en affirmant que « l’indépendance que nous avons obtenue n’est qu’une indépendance nominale politique, l’indépendance réelle, c’est l’indépendance économique » .

 

La vraie indépendance ne se limite pas à la simple substitution du colonisateur. Le développement économique du pays reste donc la phase la plus ardue. L’accession à la souveraineté nationale interpelle les Camerounais à plus de travail pour le bonheur et le bien-être de tous. Elle est un « moyen mis à notre disposition pour bâtir un grand pays prospère. Il nous appartient simplement de faire en sorte qu’elle soit profitable, non pas à quelques Camerounais mais, à tous les enfants du Cameroun (…) et, pour atteindre ce grand objectif, il nous faut travailler encore une fois de plus, travailler toujours davantage dans l’union et la paix (…), la tâche est immense, la voie est longue et semée d’embûches » .

 

La notion d’indépendance pour un pays, sur le plan politique, signifie le développement, la sécrétion d’une politique qui lui appartienne en propre, qui ne lui est pas imposée de l’extérieur.

Pour rester maître de sa politique de développement , le Cameroun bénéficie d’une nature généreuse qui lui octroie des atouts non négligeables. Cet avantage lui permet d’être le « grenier de la sous-région ».


B- Contraintes et réalités à l’extérieur du cameroun

 

Après avoir présenté les déterminants lourds de la politique de défense du Cameroun à l’intérieur du pays, il nous est apparu judicieux, compte tenu de l’interdépendance croissante entre les Etats, de passer également en revue les contraintes et réalités à l’extérieur de l’ « enveloppe nationale ». Celle-ci passe par un examen de la sous-région d’une part et, par l’analyse du style national camerounais d’autre part.

 

1 – Géopolitique de la sous région

 

Le Cameroun partage 3 418 kilomètres de frontières terrestres avec le Nigeria à l’Ouest, le Tchad et la Centrafrique à l’Est, le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale au Sud ; et de 504 kilomètres de frontières maritimes avec le Nigeria et la Guinée équatoriale au Sud-Ouest. La situation interne de ces différents pays est caractérisée par l’instabilité.

 

En effet, le chambardement de la géopolitique mondiale, subséquent à l’effacement du schéma traditionnel d’explication des conflits, a ouvert de vastes espaces à l’expression de la conflictualité en Afrique d’une manière générale et en Afrique centrale plus singulièrement. L’activation de ces espaces, gelés par la compétition Est-Ouest, ne tient pas à l’explication univoque, par la culture, qu’en donnent certains auteurs. Ces derniers sont surpris par la complexité des nouveaux types de conflits, la difficulté à les prévenir et à les gérer, et leurs conséquences dont la plus néfaste est la militarisation de la société.


2 – Le Style national camerounais

 

Le style national ou style diplomatique renvoie à ce que l’on appelle l’ « éthos », c’est-à-dire, l’ensemble des caractères propre à un groupe (Etat par exemple) et fait l’originalité de ce groupe sur la scène internationale. Mais ce style est, selon les cas comme le note Raymond Aron, « proche ou du calcul rationnel, ou des tendances psychosociales, ou du système culturel » du pays. Dès lors, le style diplomatique camerounais est caractérisé par l’indépendance nationale compte tenu du contexte de son accession à la souveraineté internationale ; au non recours à la force qui, seul, peut permettre un développement durable du pays ; et à l’unité africaine. Ainsi, ces trois facteurs constituent les axes forts de la politique étrangère du Cameroun. Ils constituent le socle de l’action diplomatique du Cameroun et sont invariables depuis 1960. Ces principes sont marqués par la discrétion – qui n’est pas frilosité – et l’ouverture – qui n’est pas hégémonie.

 

Dans la conclusion de son ouvrage-programme « Pour le libéralisme communautaire », le Président Paul Biya fixe trente objectifs pour le Cameroun. Deux se rapportent spécifiquement aux relations extérieures :

  • 28) : Jaloux de son indépendance et de sa souveraineté, le Cameroun ne pourra que renforcer l’indépendance nationale en exigeant, chaque fois que cela est nécessaire, le respect de sa souveraineté, dans le cadre global d’une politique de non-ingérence dans les affaires des autres Etats, et de la coexistence pacifique.
  • 29) : Conscient de ce que une Afrique désunie ne saurait espérer quoi que ce soit dans l’ordre mondial, nous pensons que le Cameroun doit déployer toute l’énergie dont il est capable pour contribuer au renforcement de l’unité africaine au niveau continental et sous-régional.».

 

La prise en compte des contraintes et réalités, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, a donc permis aux autorités politiques et militaires du Cameroun de définir une politique de défense adaptée à sa situation de jeune Etat encore fragile.


Définition de la politique de défense du Cameroun


La politique de défense d’un Etat peut se traduire en Afrique comme étant l’expression de sa volonté d’être souverain, de s’affirmer, d’agir et de réagir, de vivre et survivre. Elle définit les objectifs et la ligne de conduite des gouvernants en toutes circonstances. Ainsi, dans le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de la France, il est noté que « L’objectif premier – Des principes de la politique de défense – est d’assurer l’indépendance du pays et la défense des intérêts vitaux de la nation (…). A cette fin, il convient de disposer de capacités autonomes, qui nous permettent à tout moment de nous joindre à nos alliés, et de préparer activement une capacité future (…)».

 

Dans un environnement international caractérisé par l’incertitude et la multiplicité des menaces, dans une situation de crise économique mondiale aggravant les tensions internes et externes, le Cameroun doit disposer d’une politique de défense lui permettant d’assurer sa sécurité, de conserver son indépendance dans la liberté et de respecter ses engagements internationaux.

 

Le Cameroun semble avoir opté, à ce titre, pour un type de comportement (style national) face aux agressions conventionnelles. Ce comportement repose sur un concept qui prend en compte des réactions circonstancielles aux diverses menaces tant intérieures qu’extérieures. Les options fondamentales du pays, une lecture géopolitique de son environnement avec les vulnérabilités subséquentes, permettent de saisir la dynamique de la pensée stratégique des dirigeants du Cameroun.

 

Le concept de défense du Cameroun résulte donc de l’analyse comparée de ces divers paramètres. C’est l’expression de l’évolution politique sous-régionale et mondiale. Ainsi, parce que aujourd’hui la guerre est totale, c’est-à-dire, militaire, humaine, économique, culturelle, etc. ; parce qu’il apparaît nécessaire de sensibiliser et de motiver l’ensemble de la nation qui, en formant un bloc, doit constituer un bastion de résistance, à cause d’une incidence financière lourde, les autorités politiques camerounaises ont opté pour le concept dit de « Défense populaire ». La politique de défense est donc avant tout nationale dans ce sens qu’elle prend appui sur les contraintes et les réalités propres au Cameroun et refuse, en principe, tout mimétisme aveugle avec l’étranger. La défense populaire est un concept à buts et principes globalisants qui fait appel à toutes les forces vives de la nation.


A – Une politique de defense basee sur la « defense populaire »

 

La politique de défense du Cameroun peut être appréhendée à travers la définition de son concept stratégique et la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises renforcée par des textes juridiques.


1 – Définition du concept stratégique


La définition du concept de « Défense populaire » renvoie à l’énonciation d’un principe et se traduit par un choix stratégique spécifique.


a – Le principe

 

Le principe est celui de la « république en armes », dont toutes les forces vives, ressources et énergies sont engagées dans la défense. En reprenant Jean Jaurès dans Armée Nouvelle (1910), le peuple organisé constitue la nation armée, c’est-à-dire, une véritable armée populaire face au péril national. La nation armée signifie nécessairement la nation juste, elle assure sa défense et, en même temps, œuvre pour la paix et le désarmement. Cependant, l’esprit corporatif de l’armée conduit au militarisme ; l’armée permanente est une armée de caste et de caserne, une société « à part ». Il faut donc rapprocher la nation et l’armée, arracher cette dernière à la réaction, ne pas en faire un instrument de maintien de l’ordre ni d’expédition. La démocratie doit transformer l’armée en réalisant l’amalgame des troupes de ligne et des milices urbaines. Le régime républicain implique également que les questions militaires ne soient pas « séquestrées », et que l’opinion soit mieux informée.

 

Sans verser dans le « tout militaire », il apparaît que la défense populaire vue du Cameroun est l’expression de la « capacité de la nation à mobiliser toutes les énergies susceptibles d’assurer la sécurité du pays et la sauvegarde de nos conquêtes dans la voie du progrès ». Elle est la combinaison des efforts et des actions menées concurremment par les forces régulières et la population, armée ou non. C’est également la participation de tout un peuple à l’effort de défense en vue de s’opposer par tous les moyens à l’invasion du sanctuaire national.

 

Plus prosaïquement et de manière schématique, la défense populaire est la réaction du paysan, de l’ingénieur, de l’instituteur, du commerçant, du marabout ou du pasteur qui, sans trop maugréer, donne sa vie ou celle de ses enfants pour défendre son champ, son laboratoire, son école, son négoce, son minaret ou son clocher. C’est la réaction du citoyen qui, en y mettant toute son ardeur, est prêt à se faire tuer pour défendre, contre un agresseur ou un envahisseur, sa patrie en danger.


b – Le choix stratégique

 

La défense populaire, pour être en accord avec l’idée démocratique, doit être défensive et dissuasive. Une politique de paix impose d’avoir un appareil défensif si efficace que toute velléité agressive sous toutes ses formes soit découragée. Ahmadou Ahidjo précise à ce propos que « la défense populaire peut être d’un grand secours, en agissant au-delà de nos frontières avant tout déclenchement, si l’adversaire a la latitude de trouver en face de lui une volonté sans faille, ardente et décidée à ne pas céder, une défense populaire capable de lui imposer de telles épreuves qu’elle l’obligerait à constater qu’aucun succès immédiat ne justifie de sa part la réalisation de sa menace » . Suscitées par la haine de l’envahisseur, les forces morales confèrent à la défensive sa force décisive. L’armée ici joue un rôle d’avant-garde, encadrant les masses populaires contre l’ennemi et, l’expérience atteste aujourd’hui, suivant les enseignements du passé, qu’on ne vient jamais à bout d’une nation debout. Dans ce sens, Mao Zédong déclare : « Quelle est la muraille vraiment indestructible ? Ce sont les masses, les millions et les millions d’hommes, qui, de tout leur cœur, de toutes leurs pensées, soutiennent la révolution ».

 

Puissance militaire incontestable, la défense populaire est un concept composé de deux éléments : le pays et les troupes. Le pays constituant la puissance absolue, l’armée la puissance relative. Dans ce concept, dont le premier besoin réside dans l’amour de la patrie, la puissance militaire de l’Etat ne réside pas dans la seule armée ni dans le pays pris isolément, mais dans la réunion des deux.


2 – Les bases politiques et juridiques


Le concept de défense populaire est l’émanation de la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises. Elle fait également l’objet de textes juridiques.


a – Le discours politique


Les premiers pas du jeune Etat indépendant se sont faits de manière chaotique et plus particulièrement pendant la première moitié des années 1960. La lutte contre la guérilla empêchait toute réflexion stratégique de défense globale du pays. Il fallait prioritairement axer son effort sur la construction de l’unité nationale et la préservation de la paix civile intérieure.

 

Une fois la rébellion réduite, les forces ayant regagné les casernes, les autorités politiques ont pu désormais réfléchir à la défense globale du pays. Il est nécessaire de noter que la guerre du Biafra a également favorisé le développement de cette pensée stratégique dans la mesure où, pour la première fois, l’intégrité du territoire national était en danger ; les troupes du colonel Ojukwu, chef de la sécession biafraise, mèneront des incursions au Cameroun à la recherche d’une base arrière.

 

Bien que énoncé de façon différente depuis l’indépendance du pays, le concept camerounais de défense va être véritablement défini lors de l’important discours prononcé le 15 août 1970 devant les élèves officiers de la promotion du 10ème anniversaire de l’indépendance par le président Ahmadou Ahidjo. Il déclare, en effet, que : « Notre défense doit être nationale, c’est-à-dire l’affaire de tous, l’affaire du peuple tout entier. Les menaces auxquelles nous pouvons être amenés à faire face exigent des moyens que seule la défense populaire peut fournir. Les armées ne suffisent pas pour sauver une nation, tandis qu’une nation défendue par le peuple est invincible ». Cette conception traduit bien un choix, même si elle n’est pas originale en soi puisque d’autres, parmi lesquels les idéologues et les stratèges chinois, l’avaient déjà énoncée auparavant : le choix est celui d’une défense de l’Etat assurée par l’ensemble des citoyens, à quelque niveau qu’ils se trouvent. Il s’agit de « créer, pour l’envahisseur, un éventuel guêpier, inévitable, inexorable, le mettant ici et là en état d’infériorité à exploiter par nos forces armées, relativement critique par le nombre, mais de la meilleure qualité pour l’attaque, mobiles, agressives et déterminées » . Une telle manœuvre aurait l’avantage d’empêcher toute conquête territoriale décisive ou permettre un gage territorial sans égale valeur avec les dommages subis par l’ennemi.

 

Sadou Daoudou, alors Ministre des Forces Armées, déclarait : « Le Cameroun entend maintenir des relations de paix avec toutes les nations du monde, et de bon voisinage avec les pays qui l’entourent… Mais comme… il ne suffit pas de vouloir la paix pour l’obtenir, il est du devoir de tout Etat de se doter des forces armées bien équipées et bien entraînées… Toutefois, en raison de ses faibles ressources, le Cameroun ne disposera pas avant longtemps des forces capables d’être dissuasives par leurs effectifs et leurs équipements. Ses forces régulières ne pourront jamais, et ne devront jamais, d’ailleurs, dépasser un seuil au-delà duquel leur poids sur les ressources du pays constituerait une gêne ou un frein à son développement. C’est pourquoi sa défense ne doit pas être l’apanage des seuls militaires, mais l’affaire de tous… Elle doit être populaire… Il est nécessaire que tous les citoyens, hommes et femmes, comprennent que la défense du pays est leur affaire et qu’ils doivent y participer activement » .
Cette vision stratégique est observée de manière continue par le successeur d’Ahidjo, le président Paul Biya. Celui-ci déclare, en effet, que la défense populaire est « la symbiose entre les forces armées et la nation, (…) et représente la résistance morale et civique de la nation ». Par ailleurs, lors de la célébration du 40ème anniversaire des forces armées camerounaises, les 29, 30 et 31 mars 2000, le président Paul Biya déclare que « En effet, notre armée, véritable ciment de notre unité nationale, a toujours été, est et demeure le rempart de nos institutions et de notre souveraineté » . Propos qui consacrent le caractère populaire de la défense camerounaise et qui place l’armée comme entité fédératrice de la République.


b – Les textes juridiques


Une fois la politique de défense formalisée et en tenant compte des enjeux internes et externes, il fallait qu’elle soit matérialisée dans des textes qui servent de canevas, de guide à toute action.


Les textes juridiques ci-dessous viennent donc asseoir la politique déclaratoire des autorités politiques camerounaises.

- Il est stipulé dans le préambule de la constitution du 18 janvier 1996 in fine que « Tous les citoyens contribuent à la défense de la patrie ». Cette disposition cadre parfaitement avec le principe de la défense populaire qui est celui de la nation en armes.
- Les articles 3, 5, 17 et 19 de l’ordonnance n° 59/57 du 11 novembre 1959 portant création des forces armées camerounaises et organisation générale de défense, révèlent le caractère populaire de la défense nationale. Nous avons ainsi les notions de « mobilisation générale », de « réquisition des personnes », de « service national », etc.
- De même, la loi n° 67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense, dans ses articles 2, 5, 12, consacre le caractère national et populaire de la défense de la patrie.
- L’article 10 de la loi n° 73/12 du 7 décembre 1973 portant organisation générale de protection civile, dispose que : « Les populations peuvent être astreintes par réquisition à des travaux de protection civile ». Disposition qui rappelle le principe de la défense populaire.
- Le préambule (partie II – Défense) du décret n° 75/700 du 6 novembre 1975 portant règlement de discipline générale dans les forces armées dispose que « La nation toute entière participe à l’effort de défense en vue de : - dissuader tout agresseur éventuel, - s’opposer par tous les moyens, soit à l’invasion du territoire national, soit aux manœuvres subversives menées de l’intérieur ou de l’extérieur ».
- La loi n° 78/22 du 29 décembre 1978 portant création d’un corps d’officiers de réserve des forces armées. L’article 4 dispose que « Lors de leur présence sous les drapeaux, les officiers de réserve assurent avec les officiers d’active le commandement, l’encadrement ou le fonctionnement des unités et formations des forces armées et des services rattachés ».

 

A ces principaux textes consacrant le caractère populaire de la défense nationale, peuvent également être signalés, ceux relatifs à l’application effective des premiers visant ainsi à rendre le concept de défense populaire plus opératoire.


B – Buts et principes du concept


La défense populaire, ainsi définie, apparaît comme un concept fédérateur de toutes les forces vives de la nation. Elle est la pierre angulaire de l’unité nationale. A ce titre, elle doit être globale, permanente et intégrée.

 

- Globale, parce que les ressources de la nation peuvent être comptabilisées pour une victoire finale. Pour le Président Paul Biya, la guerre fait appel à une « corrélation de forces ». Ainsi, « les paysans, les travailleurs, les jeunes constituent un réservoir immense et de vertus combattantes, la contribution effective de ces forces vives de la nation à la défense nationale sera fonction du niveau de la conscience qu’elles pourront acquérir grâce à une politique d’éducation, de formation idéologique et d’encadrement ». Aucune institution ne devra rester étrangère aux préoccupations de la défense. A une menace globale doit correspondre une défense globale.
- Permanente, car la menace est multiforme, permanente et pouvant conduire en quelques instants son paroxysme avec la déclaration de guerre, l’organisation de la défense se doit d’être également non discontinue. Cette préparation ou organisation doit être constamment placée sous le signe de la veille, c’est-à-dire qu’elle ne doit présenter aucun facteur de discontinuité entre la situation de paix et la situation de guerre. La séparation entre le temps de paix et le temps de guerre doit difficilement être décelable.
- Intégrée, cat le principe d’intégration implique ici une répartition des rôles, des responsabilités finalement complémentaires. Aucune ne se veut indépendante et ne se distingue des autres par un filet étanche. La déconcentration (avec les régions militaires interarmées) appelle à la liberté d’action (une autorité responsable à chaque échelon du territoire) pour une meilleure efficacité, dans le cadre de la défense de la patrie. Elle repose sur une organisation où s’imbriquent en permanence les moyens d’une défense civile et économique aux côtés de ceux de la défense militaire. L’instruction présidentielle n° 16/CAB/PRU du 1er septembre 1972 sur la conduite des efforts de défense décrit clairement le rôle de chaque département ministériel et secteur de la vie sociale dans le cadre de la défense populaire. On note également ce souci de responsabilisation des différents secteurs de la nation dans la loi n° 67/LF/9 du 12 juin 1967 portant organisation générale de la défense.

 

La situation du Cameroun au centre de l’Afrique fait de ce pays un carrefour ; la diversité de sa population, de son milieu naturel et de son bilinguisme ont forgé une politique étrangère camerounaise toute marquée de dialogue, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. A l’intérieur pour bâtir l’unité nationale et promouvoir un développement durable de sa population. A l’extérieur pour entretenir une coopération tous azimuts qui permette au Cameroun d’entretenir des échanges fructueux dans les domaines économiques, sociaux, militaire, culturels, etc. Cependant, le Cameroun entend préserver son identité et son libre arbitre, ce qui se traduit par l’adoption d’une ligne de conduite d’indépendance sur la scène internationale. Il s’est doté d’une politique de défense cadrant avec les exigences de la morale, de la démocratie : la défense populaire. Néanmoins, la crédibilité de ce concept stratégique exige que le modèle affiché de manœuvre dissuasive – les forces armées et non armées existantes et leurs emplois – prévient tout candidat agresseur que le dissuadeur possède les moyens de concrétiser la discontinuité des espaces stratégiques entre celui des enjeux limités et celui de l’enjeu vital, de marquer, le moment venu, les seuils critiques d’agressivité et de risques. Le territoire doit rester inviolable, puisqu’il renferme un bien commun, matériel et spirituel, sacré. Cette politique de défense s’applique sur toute l’étendue du territoire par des structures clairement définies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MONTEE EN PUISSANCE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE (1976-1999)

 

Dès 1976, le besoin de redonner du sang neuf à l’Armée camerounaise incite les autorités politiques à poser les grandes lignes directrices de ce que l’on a appelé la deuxième réforme des Forces Armées camerounaises, après celle de 1965 et avant celle de 2001. Du point de vue de l’analyse socio-historique et stratégique, la réforme de la période 1976-1999 est fondamentale pour trois raisons : d’une part, elle est la plus longue, s’étendant sur une période temporelle de 25 ans environs, elle couvre des événements politiques majeurs qui ont influencé la politique de défense et enfin, elle engage de profondes mutations qui vont complètement transformer le visage de l’Armée camerounaise et préparer sa transformation en 2001. Cette analyse permet donc réflexivement de distinguer trois principales séquences dans le mouvement global de montée en puissance de l’Armée camerounaise. De 1976 à 1982, on assiste à ce qu’on peut appeler la phase de la continuité ou de la poursuite de la mise en place des structures institutionnelles et opérationnelles de l’Armée camerounaise. Cette phase sera interrompue en 1983, un an après l’accession à la magistrature suprême, de son Excellence Monsieur le président Paul Biya, le 06 novembre 1982. Président de la République et Chef constitutionnel des Forces Armées, le nouveau président va imposer sa vision stratégique des problèmes de sécurité à travers des textes novateurs qui modifient profondément l’organisation et le fonctionnement de l’administration centrale militaire et des commandements territoriaux. L’année 1983 constitue la phase de la rupture. Enfin, de 1984 à 1999, l’on assiste à ce qu’on peut appeler la phase de la consolidation des institutions militaires pour une meilleure efficacité opérationnelle.

 

I- La phase de la continuité (1976-1982)

 

En 1976, la pacification du pays étant pratiquement terminée, il s’agit pour les autorités politiques de reconvertir l’Armée camerounaise à ses missions traditionnelles et normales de défense globale du territoire national non plus seulement contre un ennemi intérieur mais aussi contre toutes les menaces extérieures au sens du réalisme politique et militaire. Cette politique de «normalisation» des missions de l’Armée camerounaise va entraîner une profonde restructuration du Ministère des Forces Armées et du commandement. Elle est caractérisée par une expansion des structures administratives et opérationnelles du fait de l’extension des missions des Forces Armées camerounaises et par la mise en avant d’une certaine rationalité stratégique.

 

A - Extension des missions des forces armées camerounaises et expansion des structures administratives et opérationnelles

 

La nouvelle orientation des Forces Armées camerounaises vers la mission traditionnelle de défense de l’intégrité territoriale va amener le chef de l’Etat, chef des Forces Armées à créer de nouvelles structures administratives et opérationnelles. Cette prolifération institutionnelle est justifiée par l’extension des missions des forces armées camerounaises lesquelles, en dehors de leurs missions traditionnelles de défense se voient également confier des missions de développement socio-économique afin de suppléer l’absence ou l’insuffisance d’acteurs civils dans ce domaine . Parlant justement de l’interventionnisme administratif des Etats africains postcoloniaux dans le domaine économique, M. G. Conac affirme que : «La dépendance de l’Etat…lui impose de faire de son administration une force animatrice et organisatrice du développement ». C’est ainsi que sur le plan institutionnel, le décret n°76/280 du 6 juillet 1976 portant réorganisation du ministère des Forces armées et du Commandement crée les commandements de la Gendarmerie nationale, des forces spécialisées et des secteurs militaires terrestres. Le Ministère des Forces Armées réorganisé comprend deux structures : le Centre de coordination interarmées (CCI) et des services extérieurs.

- Le Centre de coordination interarmées (CCI) est une structure centrale de coordination administrative, dirigé par un Inspecteur des Armées chargé de la coordination, qui a pour rôle de mener des études de défense militaire, d’élaborer des programmes d’instruction et de mise en condition des forces d’active à l’exception de la Gendarmerie et de contrôler l’exécution de ces programmes ;
- Les services extérieurs comprennent les commandements de la Gendarmerie nationale, de l’Armée de terre, de l’Armée de l’Air et de la Marine nationale. Ces commandements seront organisés ultérieurement par le décret n°76/281 du 6 juillet 1976 qui crée et organise la Délégation générale à la Gendarmerie nationale, tandis que le 6 juillet 1979, huit autres décrets créent et organisent les commandements de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et de la Marine nationale.

 

En ce qui concerne l’Armée de terre, elle se divise désormais en six commandements distincts à savoir, le Commandement des forces terrestres, le Quartier général, le Commandement des Ecoles et Centres d’instruction, le Commandement des Forces d’intervention, le Commandement du Génie militaire et le Commandement des Transmissions et du chiffre. Ces nouvelles structures viennent se substituer à celles créées sous l’empire du décret n°73/313 du 21 juin 1973 portant réorganisation de l’Armée de terre . L’Armée de l’air voit aussi la création du Commandement des Forces aériennes camerounaises qui remplace le Commandement de l’Armée de l’air avec une division des moyens opérationnels, une division des moyens techniques, une division des moyens généraux et administratifs et des bases aériennes. Enfin, dans la Marine nationale, le Commandement des forces navales vient se substituer au Commandement de la Marine nationale avec une division emploi, une division machine et une division administration, des bases et des unités de fusiliers marins. Par la suite, les décrets n°76/283, 284, 285 et 286 portant respectivement création et organisation des Forces aériennes, navales, terrestres et d’intervention viendront renforcer ces structures avec la mise en place de nouvelles unités de combat. On note également par le décret n°76/190 du 7 juillet 1976, la création de quatre commandements territoriaux dénommés secteurs militaires terrestres, organismes décentralisés chargés de l’exécution de missions permanentes ou temporaires. Les réformes engagées en 1976 vont se poursuivre dans la décennie 80 avec les personnels des Forces Armées. Le décret n°76/460 du 12 octobre 1976 portant organisation du régime des pensions alimentaires fondées sur la durée des services et des pensions d’invalidité règle après leur décès, les problèmes liés à la dévolution successorale des ayants-cause. Toujours sur le plan statutaire, la loi n°80/12 du 14 juillet 1980 portant statut général des militaires et les décrets n°80/255 et 256 portant respectivement statut particulier du corps des Officiers d’active des Forces Armées et statut particulier du corps des sous-officiers d’active des Forces Armées viennent donner une certaine identité et un code d’honneur aux personnels militaires ; tandis que la parution du décret n°80/257 du 15 juillet 1980 portant règlement général sur les régimes de rémunération applicables aux personnels militaires des Forces Armées permet d’améliorer substantiellement le quotidien de ces derniers ; ce texte vient s’ajouter aux autres textes à caractère social et sera complété par la loi n°80/13 du 14 juillet 1980 qui s’attache à régler le problème épineux de la reconversion à la vie civile des anciens militaires et gardes civiques.

 

B - La mise en avant d’une certaine rationalité stratégique

 

L’examen des textes précédemment cités laisse transparaitre la recherche d’une certaine rationalité stratégique en vue d’une plus grande efficacité et cohérence dans l’action des nombreux acteurs impliqués dans la chaine du commandement militaire. Par rationalité stratégique, il faut entendre « l’adaptation de l’outil militaire aux conditions de l’environnement international et à ses implications pour la sécurité du pays, telles qu’elles sont interprétées par les décideurs » . Cette adaptation comporte d’une part, «une dimension opérationnelle» qui renvoie aux moyens militaires mis en œuvre pour accomplir les missions de défense, et d’autre part, « une dimension politico-militaire qui relève de l’inscription de l’outil militaire dans les orientations générales de la politique étrangère et de défense». A ce sens, la création des nouvelles structures de commandement ne peut seulement être analysée et expliquée comme le résultat des interactions entre le système militaire et son environnement, ou comme des réponses mécaniques (outputs) que l’Armée apporte aux demandes de développement socio-économique (inputs) du pays, si l’on se réfère à l’analyse systémique. En effet, la différenciation des structures militaires administratives et opérationnelles est aussi impulsée par le jeu des acteurs, en particulier le président de la République, dans sa volonté de modernisation de l’outil militaire dès 1976. La panoplie des textes examinés supra justifie l’hypothèse que ce processus de modernisation n’est pas le fait du «hasard» mais de la « nécessité » et s’inscrit dans une politique publique comme démarche cohérente d’acteurs publics en vue d’atteindre des résultats significatifs dans le secteur de la défense et de la sécurité. Cependant, les processus de différenciations institutionnelles résultent également des diversifications techniques qui voient l’émiettement des « structures-mères » en autant de structures comme les Commandements des Armées de terre, de l’air et de la Marine qui deviennent les Commandements des Forces terrestres, aériennes et navales, le Commandement des Transmissions et du chiffre, le Commandement du Génie militaire, etc. A l’intérieur de ces divers commandements, la création d’organismes spécialisés (divisions emploi, moyens généraux, machine, etc.) apportent un plus à cette diversification rendue nécessaire par l’évolution de l’outil militaire. Ainsi, la création des structures de coordination administrative et opérationnelle a obéi à une rationalité stratégique sans laquelle la prolifération institutionnelle aurait pu se révéler contre-productive. Au niveau central par exemple, la création du Centre de Coordination Interarmées (CCI) est d’assurer la coordination de l’activité opérationnelle (organisation, équipement, entraînement, budget) des forces actives, comme le fera plus tard l’Etat-major des Armées qui le remplacera huit ans plus tard. Au niveau opérationnel, les services extérieurs regroupés en grands commandements fonctionnels comprennent, outre la Délégation générale de la Gendarmerie nationale, huit commandements spécialisés avec des missions opérationnelles spécifiques. On distingue ainsi :

- le Commandement des Forces terrestres (défense classique du territoire);
- le Commandement des Forces d’intervention (opérations spéciales);
- le Commandement du Génie militaire (travaux) ;
- le Commandement des Transmissions et du chiffre (communications);
- le Commandement des Forces aériennes (défense classique du territoire);
- le Commandement des Forces navales (défense classique du territoire);
- le Quartier Général (protection et défense de la capitale).

 

A cette nomenclature opérationnelle, on peut ajouter les commandements territoriaux que sont les secteurs militaires terrestres, en charge des missions temporaires ou permanentes prescrites par les lois, décrets et règlements. La dynamique du processus de différenciation structurelle n’est pas cependant linéaire et connait des phases de « construction-déconstruction » qui traduisent la tectonique des relations concurrentielles et/ou complémentaires entre acteurs de la défense. En effet, cette interaction met en exergue les conflits de compétences et d’intérêts du fait que la différenciation institutionnelle entraîne la dilution des responsabilités administratives et opérationnelles et donc, la multiplication sur le terrain d’acteurs d’origine identique ou différente et aux ressources variées. Cette démarche relationnelle et configurationnelle qui examine « l’acteur et le système » permet de penser le processus de réorganisation du ministère des Forces armées et du Commandement comme «un produit du temps, des événements et des stratégies des acteurs politiques».
- Engagée en 1976, la reconstruction des Forces Armées camerounaises postcoloniales connaitra son point d’orgue en 1983 avec la réforme en profondeur du Ministère des Forces Armées et du Commandement militaire territorial.

 

II- La phase de la rupture (1983)

 

1983 constitue une « saillance situationnelle » dans le mouvement de refondation des Forces armées camerounaises examinée corrélativement avec le contexte politique de l’époque . En effet, l’accession le 6 novembre 1982 à la Présidence de la République du président Paul Biya, conformément aux dispositions pertinentes de l’article 7 de la Constitution du 9 juin 1979 constitue une fenêtre d’opportunité politique qui va permettre au nouveau président d’ouvrir une page nouvelle de l’histoire politique et constitutionnelle du Cameroun, mais aussi de l’histoire des Forces Armées. Soutenu par une forte côte de popularité et contrôlant l’ensemble des leviers du pouvoir (voir le remaniement ministériel du 18 juin 1983 et les deux importantes révisions constitutionnelles de juillet et novembre 1983), le président de la République a toute latitude pour entreprendre en novembre 1983 ce qu’on pourrait appeler une «Révolution dans les Affaires Militaires camerounaises». En effet, au courant de cette année 1983, alors qu’il n’est en poste que depuis 5 mois, les différents textes signés par le Chef de l’Etat, alors Chef suprême des Forces Armées, inaugurent le processus de modernisation des Forces Armées camerounaises. Les textes majeurs de cette modernisation sont sans conteste les décrets n°83/540-541-542 du 5 novembre 1983 et le décret n°83/569 du 12 novembre 1983 qui vont influencer pendant près de 20 ans toute l’organisation institutionnelle et opérationnelle des Forces Armées. Texte massif tant par le nombre de pages (35 au total) que par son contenu (5 titres inégalement répartis avec 100 articles au total), le décret 83/540 est aussi un « texte-massue » qui porte le premier coup fatal aux errements de construction d’un organigramme cohérent et moderne du Ministère des Forces Armées. A la suite, les décrets 83/541 et 542 réorganisent le commandement militaire territorial et les Formations militaires de Combat annoncés dans le décret 83/540 tandis que le décret n°83/569 porte réorganisation de la Gendarmerie nationale. Ces quatre textes vont permettre à l’Armée camerounaise d’opérer un saut qualitatif tant du point de vue institutionnel qu’opérationnel.

 

A - Analyse du décret 83/540

 

Le décret 83/540 porte organisation du Ministère des Forces Armées et du Commandement. Par rapport aux textes antérieurs notamment le décret n°76/280 du 06 juillet 1976 portant réorganisation du ministère des Forces Armées, l’organisation du ministère des Forces Armées et du Commandement y apparait plus moderne et en phase avec l’évolution des missions de l’Armée camerounaise. On y distingue en particulier les innovations suivantes :

 

1) Une organisation institutionnelle et opérationnelle cohérente

 

a) Du point de vue institutionnel

Le Ministère des Forces Armées est constitué d’une administration centrale, un Comité de coordination et des Services extérieurs .

- L’administration centrale : La structure de l’administration centrale met en relief quatre types d’instances de collaboration lesquelles peuvent se répartir en instance de collaboration personnelle, en instance de contrôle, en instance administrative de gestion et enfin, en instances de préparation et de maintien en condition des Forces.
- L’instance de collaboration personnelle : le Secrétariat particulier du Ministre. Son organisation et son fonctionnement sont fixés par des textes particuliers (Article 5, Chapitre I)
- L’instance de Contrôle : l’Inspection générale des Armées (article 7et 8, Chapitre III) En exécution des instructions du Ministre des Forces Armées, et de manière permanente, systématique ou inopinée (article 7, al.6), l’Inspecteur général des Armées est chargé, en liaison avec l’état-major des Armées, du contrôle et des inspections dans les domaines administratif, financier, règlementaire et technique (al.2). Il assure par ailleurs toute mission d’investigation et d’inspection prescrite par le Ministre, dans n’importe quel domaine propre aux Forces Armées, tant dans la gestion, le fonctionnement, l’instruction que dans l’emploi des Forces.
- L’instance administrative de gestion : le Secrétariat Général Principal collaborateur du Ministre, le Secrétaire Général est chargé de coordonner les activités des différents services du ministère et des attachés de Défense (article 10, al.1et 4).
- Les instances de préparation et de maintien en condition des Forces. Les attributions du Délégué général à la Gendarmerie ne sont pas énumérées dans le décret 83/540 du fait du caractère spécifique de la Gendarmerie. Sous l’autorité du Ministre des Forces Armées, le Chef d’état-major des Armées (CEMA) est chargé des études de défense, de la mise sur pied des Forces d’active et de réserve à l’exception de la Gendarmerie nationale, des études relatives à l’équipement des Forces, de la formation des personnels, du maintien en condition des unités, de la discipline des personnels et de la préparation de la mise en œuvre des Forces. Le CEMA participe à l’élaboration du budget des Forces Armées, assure la direction du renseignement militaire et est le conseiller du Ministre dans le domaine de la politique des personnels. Les trois Chefs d’Etats-majors des Armées de terre, de l’air, de la Marine, sont responsables de la mise sur pied, de la préparation, de l’instruction et du maintien en condition des Forces terrestres, aériennes et navales. Enfin, les Commandants territoriaux sont chargés de la mise en œuvre opérationnelle de la politique de défense dans le cadre de circonscriptions territoriales de commandement bien définies.
- Le Comité de Coordination Interarmées :Le Comité de Coordination Interarmées comprend de plein droit, le Délégué général à la Gendarmerie nationale, le Secrétaire général, le Chef d’état-major des Armées, l’Inspecteur général des Armées, le Chef d’état-major particulier du président de la République et sur convocation du ministre, les chefs d’états-majors des Armées de terre, de l’air, de la Marine et des directeurs de l’administration centrale.
- Les Services extérieurs : Enfin, les Services extérieurs du ministère des Forces Armées sont composés des Services extérieurs de la Délégation Générale à la Gendarmerie nationale, les Régions militaires et les Secteurs militaires, les juridictions militaires, les Formations hospitalières militaires et les Services et Etablissements sociaux.

 

b) Du point de vue opérationnel

Les Forces Armées sont constituées par les Forces terrestres de l’Armée de Terre, les Forces aériennes de l’Armée de l’Air, les Forces navales de la Marine et enfin, les Forces de la Gendarmerie.

- Les Forces terrestres :Les Forces terrestres de l’Armée de terre comprennent trois Régiments Interarmes (RIA) composés chacun organiquement d’un Bataillon de Commandement, d’Appui et de Soutien (BCAS), d’un ou deux Bataillons d’infanterie (BI) et éventuellement, d’un Bataillon Blindés de Reconnaissance (BBR), affecté, adapté ou détaché en renfort et des Unités de Réserve générale détachées en renfort. Les Unités de Réserve sont constituées par le Bataillon des Troupes Aéroportées (BTAP), le Régiment du Quartier Général (RQG), le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS) et le Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA).
- Les Forces aériennes : Les Forces aériennes comprennent d’une part trois bases aériennes implantées à Douala, Yaoundé et Garoua, d’autre part, des formations opérationnelles composées de quatre escadrilles dont une Escadrille d’Appui et de Chasse (EACH), une Escadrille de Transport et d’Assaut (ESTA), une Escadrille de Liaison et d’Observation (ESLO) et enfin, une Escadrille d’Hélicoptère Antichars (ESHA) et d’un Etat-major.
- Les Forces navales : Enfin, les Forces navales sont constituées d’une part, de bases navales dont une base principale, celle de Douala, quatre bases secondaires (Man O War Bay, Kribi, Lobe, Campo) et d’annexes opérationnelles et d’autre part, de formations opérationnelles comme la Flottille de Surveillance et de Combat, le Groupement des Fusiliers marins Commandos et d’un Etat-major.

 

Toutes les structures institutionnelles et opérationnelles ci-dessus énumérées sont sous l’autorité du ministre des Forces Armées.

 

2) Des modalités spécifiques de coordination intraministérielle

 

Le décret 83/540 permet de distinguer trois paliers de coordination intraministérielle : une coordination « au sommet », une coordination «au milieu» et une coordination «à la base ».

 

a) La coordination «au sommet»

 

La coordination « au sommet » est assurée par le Ministre des Forces Armées, qui a sous son autorité directe (article 3),

- Le Délégué général à la Gendarmerie nationale ;
- L’Inspecteur général des Armées ;
- Le Chef d’état-major des Armées ;
- Les trois Chefs d’Etats-majors des Armées de Terre, de l’Air et de la Marine ;
- Les Commandants territoriaux.

 

b) La coordination « au milieu »

A titre consultatif, le Ministre des Forces Armées est assisté d’un Comité de Coordination Interarmées (CCIOIA) dont il assure la présidence (article 90). Cette structure médiane est un cadre d’échange stratégique entre les autorités du « sommet» et celles de la « base ». En assemblée plénière, le CCOIA comprend de droit toutes les autorités relevant de l’autorité directe du Ministre (moins les trois Chefs des Etats-majors de terre, de l’air et de la Marine et les Commandants territoriaux) et plus le Secrétaire général et le Chef d’état-major particulier du président de la République ; sur convocation du Ministre, les trois Chefs des Etats-majors de terre, de l’air et de la Marine, les directeurs de l’administration centrale et le Secrétaire général. En mode restreint et en temps de paix, le Comité de Coordination Interarmées comprend de droit outre le Ministre ou le Secrétaire général, le Chef d’état-major des Armées, les Chefs des états-majors des Armées de Terre, de l’Air et de la Marine et, sur convocation du MINFA, les directeurs de l’administration centrale plus toute autre autorité en raison de sa compétence.

 

c) La coordination « à la base »

 

A la base, c’est le Secrétaire général du Ministère des Forces Armées qui, bien que hiérarchiquement situé après, le Délégué général à la Gendarmerie nationale et l’Inspecteur général des Armées, joue un rôle essentiel dans la coordination administrative intraministérielle. En effet et sous la haute autorité du Ministre des Forces Armées, le Secrétaire général « suit l’instruction des affaires du département, assure l’exécution des dispositions prises par le ministre, définit la codification des procédures internes du département et assure l’organisation matérielle des services et coordonne les activités des attachés militaires ». Outre les Conseillers techniques et le Secrétariat militaire, le Secrétaire général coordonne aussi l’activité de certaines directions centrales comme la Direction des Affaires administratives et Réglementaires, la Direction du Budget et des Equipements, la Direction des Personnels civils et militaires, la Direction de la Santé militaire, la Direction de la Justice militaire et la Division de la Sécurité militaire .

 

3) L’instauration d’une collégialité arbitrée au niveau opérationnel en temps de paix

 

A côté de l’Etat-major des Armées créé le 22 aout 1983 , existent désormais trois états-majors propres à chacune des Armées de terre, de l’air et de la Marine, responsables sous la coordination de l’Etat-major des Armées, de l’organisation, de l’équipement et de l’entrainement de leurs forces spécifiques. L’Etat-major des Armées succède au Centre de Coordination Interarmées et vient coordonner l’action des différents commandements créés en 1976. Dans ce sens, un Comité militaire des chefs d’états-majors (Terre, Air, Mer) est créé autour du Chef d’Etat-major des Armées (CEMA) pour débattre et échanger sur les problèmes stratégiques concernant les Forces Armées . Cette collégialité arbitrée met en relief le rôle important du Chef d’Etat-major des Armées dans la préparation opérationnelle des Forces de Défense. Ainsi, l’arbitrage du CEMA est sollicité dans l’organisation, l’équipement, l’entrainement et le maintien en condition des Forces Armées (Terre, Air, Mer).

 

4) L’instauration d’une subordination limitée au niveau opérationnel en temps de crise

En cas de crise, le chef d’état-major des Armées peut être nommé, par décret présidentiel, Chef d’Etat-major Général des Armées (CEMGA) et les trois Chefs d’Etats-majors deviennent ses adjoints opérationnels . Cette subordination peut être qualifiée de limitée parce que hors le temps de crise, les Chefs d’Etats-majors des trois Armées (Terre, Air, Mer) sont placés sous « l’autorité directe du Ministre des Forces Armées » .

 

5) La mise en place d’une structure de formation des personnels militaires

Dans le domaine de la formation de base des personnels militaires, est créé le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction (COMECI) qui est chargé de la formation militaire des élèves sous-officiers, du perfectionnement des officiers, de l’enseignement militaire supérieur et des cours par correspondance, de la formation militaire, du perfectionnement des Soldats, gradés et sous-officiers, du recyclage des formations et unités .

 

6) La création de services logistiques spécifiques

 

Le soutien des Forces Armées est confié à cinq structures spécialisées chacune dans un domaine précis (Finances, Matériels, Transmissions, Génie, Santé). Ainsi, la Direction de l’Intendance s’occupe des finances, et les matériels sont de la compétence de la Direction des Matériels. La Direction des Transmissions se voit quant à elle confier la gestion des transmissions militaires tandis que celle du Génie s’occupe des travaux d’infrastructure. Enfin, la Direction de la Santé opérationnelle est chargée du bien-être physique et psychologique des personnels militaires, particulièrement en manœuvre. D’autres textes viendront asseoir la nouvelle organisation des Forces Armées, surtout au plan opérationnel. Il s’agit en particulier des décrets n°83/541-542 du 5 novembre 1983 portant respectivement organisation du Commandement militaire territorial et des Commandements opérationnels Interarmes et Interarmées et portant création de formations militaires de Combat.

 

B - La présentation des décrets 83/541 et 542

 

Les décrets n°83/541 et 542 portent en avant la réorganisation du commandement militaire territorial et des commandements opérationnels Interarmes et Interarmées et l’utilisation des Formations de Combat déjà amorcées dans le décret n°83/540. Cette réorganisation du commandement militaire et des formations militaires de combat peut être interprétée comme la suite politique du découpage administratif territorial d’août 1983 , dans un contexte de « conjonctures critiques ».

 

Les aménagements contenus dans le décret n°83/541

Le décret n°83/541 apporte de nouveaux aménagements dans le découpage territorial issu de 1976 , le déploiement des forces, des unités de soutien et l’organisation du commandement militaire. On y relève en particulier les aménagements ci-dessous :

 

- Le resserrement du quadrillage territorial
La configuration militaire territoriale laisse apparaitre trois régions militaires qui englobent plusieurs secteurs militaires (article 1er). Les régions militaires sont définies comme des « régions de commandement et de défense des Forces armées dans l’exécution de leurs missions permanentes et temporaires » qui englobent « les espaces aériens, maritimes et terrestres » (article 3). Ainsi, la 1ère Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé, couvre les Provinces du Centre, du Sud, de l’Est et comprend les 1er, 2ème et 3ème secteurs militaires (Yaoundé, Ebolowa, Bertoua) ; La 2ème Région militaire dont le poste de commandement est basé à Douala a pour limites de commandement les provinces du Littoral, du Sud-ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest et comprend les 4ème et 5ème secteurs militaires fixés respectivement à Douala et Bafoussam. Enfin, la 3ème Région militaire fixée à Maroua, couvre les provinces de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord et comprend les 6ème et 7ème secteurs militaires (Ngaoundéré et Maroua). Cette reconfiguration territoriale traduit le souci politique et stratégique d’un maillage territorial plus à même de permettre une efficacité opérationnelle des Forces dans les cas de prévention et de gestion des insécurités internes et externes.

 

- La mise en place d’une configuration opérationnelle souple
A ce maillage territorial correspond une configuration opérationnelle souple avec des Forces, organisées en unités opérationnelles regroupées en Groupements tactiques et opérationnels et qui peuvent être déployées en mode interarmes ou en mode interarmées selon les circonstances.

 

- En configuration interarmes, on distingue
Trois Groupements tactiques terrestres interarmes organiques, les 1er, 2ème et 3ème Régiments interarmes (RIA) créés respectivement dans les trois régions militaires. Chaque RIA comprend un Bataillon de Commandement, de Soutien et d’Appui (BCSA) et deux à trois Bataillon d’Infanterie ou Blindé. A côté de ces trois Groupements tactiques terrestres s’ajoutent les Forces aériennes regroupées sur les trois bases aériennes (Yaoundé, Douala, Garoua) et réparties en quatre unités opérationnelles dont une Escadrille de Liaison et d’Observation, une Escadrille de Chasse et d’Appui, une Escadrille de Transport et d’Assaut, une Escadrille d’hélicoptères Antichars. Enfin, les Forces navales complètent ce dispositif opérationnel avec deux Groupements opérationnels, la Flottille de Surveillance et de Combat et le Groupement de Fusiliers marins commandos, regroupées sur les bases de Douala, Man O War Bay, Kribi, Lobe et Campo.

 

- En configuration interarmées
En fonction des circonstances, tout ou partie d’unités aériennes ou navales peuvent être mises à la disposition du chef interarmes pour une action ou un ensemble d’action déterminées (article 8).

 

- Un soutien des Forces adapté
L’équipement des Forces en matériels spécifiques est du ressort du Chef d’état-major des Armées et des chefs d’états-majors de chaque Armée. Cependant, il existe des directions et des unités spécialisées qui dans un domaine précis apportent aux Forces, un soutien logistique adapté. Ainsi, la Direction de l’Intendance est chargée du soutien de l’homme (finances, HCCA…), la Direction du Matériel des équipements spécifiques (armement, munitions, moyens roulants…), la Direction de la Santé du bien-être physique et mental, la Direction des Transmissions des liaisons opérationnelles et la Direction du Génie des travaux de génie civil. Chaque direction dispose d’un bataillon éponyme.

 

- Une souplesse dans l’exercice du commandement
L’autre innovation contenue dans ce texte est la recherche de l’unité du commandement militaire pour une grande efficacité opérationnelle. Ce qui conduit à une fusion des commandements territoriaux et opérationnels sous l’autorité du commandant de région (article 11). Ce dernier, sous l’autorité du Ministre des Forces Armées et par délégation du Ministre, sous l’autorité du chef d’état-major des Armées, est chargé du commandement, de l’administration, de l’instruction, de l’entrainement, du maintien en condition et de la discipline générale des unités militaires qui lui sont affectées ou adaptées, du recrutement, de la formation, de la mobilisation des réserves et du maintien de l’ordre. En temps de crise et lorsqu’il est nommé chef d’état-major général (CEMG) par le président de la République, il se voit chargé de la mise en œuvre des mesures de défense civile et populaire prescrite par le Gouvernement en liaison avec les autorités administratives et de l’emploi de toutes les Forces (affectées, adaptées, stationnées) pour la conduite des opérations (articles 14 et 19 du 83/541).

 

- La réaffirmation du rôle du Chef de l’Etat comme commandant opérationnel dans l’engagement des Forces
Le décret 83/542 porte création des formations de combat précédemment annoncées dans le décret 83/540. Il s’agit du Régiment du Quartier Général (RQG), des 1er, 2ème et 3ème Régiments Interarmes, le Régiment du Génie, le Bataillon des Troupes Aéroportées (BTAP), le Bataillon Blindé de Reconnaissance (BBR), les 11ème ,24ème ,32ème et 43ème Bataillons d’Infanterie, le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol (BASS), le Bataillon d’Artillerie Sol-Air (BASA), le Bataillon des Transmissions (BATRANS). Certaines de ces formations de combat constituent des Unités de Réserve Générale (URG) à l’instar du Régiment du Quartier Général, le Bataillon des Troupes Aéroportées, le Bataillon Blindé de Reconnaissance, le Bataillon d’Artillerie Sol-Air et le Bataillon d’Artillerie Sol-Sol. Les URG ne peuvent être mises en œuvre que sur ordre ou autorisation du président de la République (art.4, al1), même si elles relèvent sur le plan de la discipline et du soutien du commandant de région territorialement compétent (art.4, al.2). De manière générale, les Commandants de Régiments interarmes, le Commandant du Régiment du Quartier général, le Commandant des troupes Aéroportées sont en liaison directe avec le « Centre Opérations » de l’Etat-major particulier du président de la République, auquel ils sont tenus de rendre compte de tout mouvement d’unités constituées (art.77). Il s’agit ici de la réaffirmation du rôle prééminent du Chef de l’Etat dans l’engagement des Forces au combat, les URG étant au Cameroun ce que l’arme nucléaire est en France ou aux Etats-Unis par exemple, c’est-à-dire, un outil de frappe décisive. Dans la même mouvance d’organisation de la Gendarmerie nationale et des unités opérationnelles, des textes particuliers viendront asseoir l’architecture institutionnelle de la Gendarmerie et l’organisation interne des bases aériennes et navales de l’Armée de l’air et de la Marine. Par la profondeur des textes présidentiels de cette époque, le « moment 1983 » constitue rétrospectivement un contexte de « rupture instauratrice » en ce sens que tout en se différenciant des errements de la « phase de continuité », il prépare la réforme à venir, celle de 2001 dont il balise le terrain. Cependant, avant cette « Grande Réforme », d’autres textes viendront consolider le processus de réorganisation graduelle des Forces Armées.>

 

C - La présentation du décret n°83/569
L’organisation de la Gendarmerie nationale amorcée en 1976 par le décret organique n°76/281 du 6 juillet 1976 connait avec le décret n°83/569, un véritable saut qualitatif dans la modernité. Force à caractère militaire et civil placée sous l’autorité du Ministre chargé des Forces Armées et mise à la disposition du Ministre chargé de la Justice et du Ministre chargé de l’Administration territoriale pour l’exécution des missions de polices administrative et judiciaire, la Gendarmerie nationale a pour mission générale d’assurer le bon ordre public, de veiller au bon fonctionnement des institutions de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national et plus particulièrement dans les zones rurales et sur les voies de communication. L’architecture institutionnelle et opérationnelle de la Gendarmerie telle que présentée par le décret organique permet de distinguer deux niveaux de responsabilité, à savoir le niveau institutionnel constitué par l’administration centrale (1) et le niveau opérationnel constitué par les commandements territoriaux et les commandements et formations spécialisées (2).

 

1- Le niveau institutionnel

Le niveau institutionnel comprend l’administration centrale avec deux instances de coordination (la Délégation générale à la Gendarmerie nationale et la Direction Centrale de la Coordination) et deux directions, véritables « mastodontes » spécialisées, la Direction Centrale de la Coordination (DCC) et la Direction de l’Administration et de la Logistique (DCAL).

 

1.1 Les instances de coordination

La coordination administrative est assurée par la Délégation générale à la Gendarmerie nationale, structure de coordination administrative « au sommet », et par la Direction centrale de la coordination, instance de coordination « à la base ».

 

- La Délégation générale à la Gendarmerie nationale.
Sous l’autorité du Ministre chargé des Forces Armées, le Délégué général à la Gendarmerie nationale (DGGN) est chargé de la conception des règles et de l’élaboration des directives nécessaires à l’accomplissement des missions de la Gendarmerie nationale et de l’administration de l’arme, du recrutement , de la formation et de l’équipement des personnels, du contrôle de l’activité des unités, l’exécution des plans d’équipement et infrastructure et de la préparation du budget. Le DGGN a sous son autorité, un Secrétariat particulier (SP), l’Inspection générale (IG), les Conseillers techniques (CT), la Direction Centrale de la Coordination (DCC) et la Direction de l’Administration et de la Logistique (DAL).

 

- La Direction Centrale de la Coordination.
Placée sous l’autorité d’un Directeur central de la coordination, la Direction Centrale de la Coordination est chargée de la coordination des activités des directions, services et du Groupement technique de la Gendarmerie nationale. L’importance de cette direction est liée aux structures qui la composent, dont le Service général, le Service des Transmissions, la Direction des Personnels, la Direction de l’Emploi et des Structures et le Groupement technique de la Gendarmerie nationale.

 

1.2 Des directions spécialisées

La fonctionnalité des missions de la Gendarmerie dépend de deux directions importantes, la Direction centrale de la coordination (DCC) et la Direction de l’administration et de la logistique (DAL). La première direction est en prise directe avec le volet opérationnel des missions de la Gendarmerie, tandis que la seconde est en charge des questions administratives et financières.

- En dehors de la réception et de la ventilation du courrier de la Délégation, la DCC est chargée de l’organisation et de l’exploitation des transmissions, de la gestion des personnels d’active et de réserve de la Gendarmerie, de la définition de la doctrine d’emploi de la Gendarmerie, de la mise en œuvre des unités, du renseignement et des recherches judiciaires ainsi que de l’équipement de l’arme.
- La Direction de l’Administration et de la Logistique est quant à elle chargée de la préparation, de l’exécution du budget de fonctionnement, de la gestion administrative des personnels et du domaine mobilier ainsi que de l’administration et de l’acquisition de certains matériels de la Gendarmerie. Elle s’occupe ainsi des problèmes liés à la solde, aux déplacements et aux pensions des personnels ainsi que du volet Habillement-Couchage-Campement-Ameublement (HCCA).

 

2- Le niveau opérationnel :

Les Commandements territoriaux et les Commandements et Formations spécialisées Les commandements territoriaux de la Gendarmerie ou Légions de Gendarmerie sont implantés dans chaque province. Ils constituent des cadres d’exercice de la mise en œuvre des mesures décidées au niveau institutionnel. On observe donc un quadrillage territorial par la création :

- de compagnies de Gendarmerie territoriale et de Gendarmerie spécialisée constituées de brigades territoriales ou spécialisées ;
- des escadrons de Gendarmerie mobile éventuellement regroupés en groupes d’escadrons de gendarmerie mobile implantés dans la province.

Les Commandements et Formations spécialisées comprennent le Commandement des Ecoles et Centres d’Instruction, le Commandement de la Garde républicaine et le Commandements des Formations spécialisées. Le COMECIG est chargé de la formation générale, technique et professionnelle des personnels (officiers, sous-officiers, gendarmes et spécialistes), du perfectionnement et de leur recyclage à travers certaines structures comme l’Ecole d’application des officiers de la Gendarmerie nationale, l’Ecole des sous-officiers et les centres d’instruction qui assurent le perfectionnement des unités constituées et la formation élémentaire des gendarmes et des spécialistes. Partie intégrante de la Gendarmerie nationale, la Garde républicaine est placée pour emploi auprès du président de la République. Enfin, la création des formations spécialisées est l’objet de textes particuliers.

 

III- La phase de consolidation (1984-1999)

 

La réorganisation du ministère des Forces Armées et du Commandement commencée en 1983 va se poursuivre au courant de la période 1984-1999, presqu’à l’aube de la grande réforme de 2001. Dans cette phase, il s’agit de parachever les innovations structurelles et opérationnelles déjà engagées, en créant de nouvelles structures ou en dissolvant celles qui apparaissent inadaptées. Les décrets présidentiels de cette période concernent, entre autres :

 

- Le renforcement de la sécurité présidentielle
Après la tentative du coup d’Etat du 06 avril 1984 dont la paternité a été attribuée à quelques « éléments égarés » de cette unité, le chef des Forces Armées par défiance, décide de la création d’une autre structure, la Garde présidentielle (GP), plus moderne, républicaine et interarmées contrairement à la Garde républicaine (GR) dont les éléments étaient issus en majorité de la Gendarmerie nationale. La mort lente de la GR se fera en deux étapes : en premier lieu, le décret n°84/113 du 11 avril 1984 porte dissolution du commandement de la GR ; agonisante, la GR sera définitivement enterrée un an après par le décret n°85/738 du 21 mai 1985 portant création et organisation de la Garde présidentielle. Placée sous l’autorité directe du président de la République, la GP a pour missions, selon l’article 3 du décret organique, de :
- la garde, la protection du palais de la présidence de la République et des résidences présidentielles ;
- la participation à la protection du chef de l’Etat, des membres de sa famille et de ses hôtes ;
- la participation aux escortes et honneurs au chef de l’Etat et aux hôtes de marque ;
- la participation aux cérémonies officielles.

La GP peut également être appelée à effectuer toute autre mission que lui confie le chef de l’Etat.

 

- La réorganisation de la formation générale et technique des personnels
En ce qui concerne la formation des personnels, l’on notera la parution des décrets n°86/057 du 14 janvier 1986 et n°94/183 du 29 septembre 1994 portant respectivement création du Centre de Formation Technique des Armées (CFTA) et fixation des conditions de recrutement et d’admission dans les écoles militaires de formation des officiers. Le CFTA se voit chargé par l’article 4, de la formation, du recyclage et du perfectionnement des conducteurs de véhicules, des techniciens et spécialistes des matériels et autres engins de travaux ou de combat terrestre, et des études et recherches liées à ses missions de formation, de recyclage et de perfectionnement. Pour l’admission à la formation des officiers, cinq filières permettent désormais d’opérer un recrutement de choix parmi les jeunes camerounais des deux sexes et les personnels non-officiers désireux de servir dans le corps des officiers et présentant un profil scolaire général/technique ou des potentialités physiques et militaires intéressants à la date du recrutement.

 

- La confirmation doctrinale de l’option de défense populaire
Poursuivant la recherche d’une implémentation de la doctrine de la défense populaire, le président de la République, par décret n°86/114 du 4 février 1986 change la dénomination du Ministère des Forces Armées (MINFA) qui devient Ministère de la Défense (MINDEF). Ce changement sémantique n’a pas une simple valeur décorative ; il vise à traduire la réalité moderne de la protection d’un Etat. En effet, énoncée dans les années 70 par le président Ahmadou Ahidjo, le concept de défense populaire a été diluée ou réduite pour des raisons socio-politiques évidentes (la lutte contre l’insurrection) à la seule défense armée. Or, l’évolution des menaces en particulier non militaires (grande criminalité, terrorisme, etc.) laissait clairement transparaitre que l’action des Forces Armées si elle est décisive, ne peut être exclusive pour parer à la variété des menaces dont pouvait faire face l’Etat camerounais. Aussi, la redécouverte par le corps social tout entier que la défense du triangle national est une affaire globale qui concerne chaque citoyen est aussi une nécessité pédagogique et stratégique voulue par le chef de l’Etat à travers la transformation du MINFA en MINDEF.

 

- La prise en compte des menaces non militaires dans la politique de défense
Généralement, jusqu’à une certaine époque, étaient considérées comme menaces, les seules menaces militaires opposant entre elles des forces armées de nature équivalente ou celles-ci à des groupes ou à des individus armés. Cette conception étriquée de la menace s’est trouvée dépassée avec l’irruption des menaces non militaires, comme par exemple les menaces environnementales (feux de brousse, éboulements, tremblements de terre, etc.) du fait de l’action de l’homme ou de la nature. La création du Corps national des Sapeurs-Pompiers par décret n°86/286 du 9 avril 1986 constitue une réponse du chef de l’Etat à cette évolution des menaces . Corps militaire mais aux missions sociales et humanitaires, le CNSP se voit confier prioritairement, la lutte contre les incendies et les séquelles de toute autre calamité, les secours aux personnes et biens en péril et la participation aux études et aux actions préventives intéressant son domaine de compétence. Au niveau central, le CNSP est placé sous l’autorité d’un commandant, chargé en liaison avec les autres administrations et organismes (ministère de l’Administration territoriale en particulier), de la conduite des actions spécifiques de ce corps, de la conception générale de l’action et de la permanence des services. Le CNSP comprend comme structures, des organes d’études et de planification, le Centre national d’instruction des Sapeurs-Pompiers et des unités territoriales. Au niveau territorial, les unités territoriales des Sapeurs-Pompiers comprennent des Groupements provinciaux qui ont compétence sur plusieurs régions administratives, des compagnies départementales et des sections de Sapeurs-pompiers.

 

- La prolifération des structures du commandement militaire territorial
Dans la continuité du mouvement de consolidation des structures des Forces Armées, l’on notera la parution des décrets n°92/156 du 17 juillet 1992 et n°93/156 du 09 juin 1993 portant respectivement réorganisation du commandement militaire territorial et organisation interne de la région militaire. Ces textes redessinent le paysage du commandement militaire territorial avec la création de nouvelles régions militaires, aériennes et maritimes. Celles-ci constituent des circonscriptions de commandement, d’administration, de soutien et de défense des Forces Armées dans l’exécution de leurs missions permanentes et temporaires (articles 5 du décret de 92). La nouvelle configuration du commandement militaire territorial permet d’observer : * Un redéploiement du commandement militaire terrestre qui voit les régions militaires terrestres passer de 03 à 08, avec les ressorts territoriaux suivants :

- La 1ère Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé couvre la province du Centre et la Capitale ;
- La 2ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Douala couvre les provinces du Littoral et du Sud-Ouest ;
- La 3ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Maroua couvre la province de l’Extrême-Nord ;
- La 4ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Garoua couvre la province du Nord ;
- La 5ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Ngaoundéré couvre la province de l’Adamaoua ;
- La 6ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Bamenda couvre les provinces du Nord-Ouest et de l’Ouest ;
- La 7ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Ebolowa couvre la province du Sud ;
- La 8ème Région militaire dont le poste de commandement est fixé à Bertoua couvre la province de l’Est ;

 

La création de Régions Aériennes et de Régions Maritimes Alors que sous l’empire du décret 83/541, les régions militaires englobaient vaguement des « espaces aériens, maritimes et terrestres » (art.3), le décret de 92 délimite ces espaces aériens et maritimes et les transforme en régions aériennes et maritimes. Ainsi, dans le nouveau découpage territorial, les régions aériennes, au nombre de 02, ont les ressorts territoriaux suivants :
- La 1ère Région aérienne dont le poste de commandement est fixé à Yaoundé, couvre les provinces du Centre, du Sud, de l’Est, du Littoral, du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest ;
- La 2ème Région aérienne dont le poste de commandement est fixé à Garoua, couvre les provinces de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord.

 

Les Régions maritimes au nombre de 2 comprennent quant à elles les ressorts territoriaux suivants :
- La 1ère Région maritime dont le poste de commandement est fixé à Douala, couvre la façade maritime de la frontière avec le Nigéria à l’embouchure du fleuve Nyong ;
- La 2ème Région maritime dont le poste de commandement est fixé à Kribi, couvre la façade maritime entre l’embouchure du fleuve Nyong et la frontière avec la Guinée équatoriale.

 

Sur le plan structurel, chaque Région comprend un Etat-major, des unités et formations (organiques, affectées ou adaptées) de combat, de soutien et d’instruction de l’Armée correspondante ainsi que certains organismes, établissements, ateliers, magasins, dépôts et infrastructures militaires ministériels communs ou spécialisés (art.6 du décret de 92). Le décret de 1993 en son article 2 va ajouter à la composition interne de la région, le secrétariat du Commandant de Région, le Bureau des relations publiques, le Bureau de garnison, les Services logistiques de la région et le Bataillon de commandement, de soutien et d’appui. Tandis que seront désormais gérées par délégation du ministre, les organismes, établissements, ateliers, dépôts, stocks, magasins et autres infrastructures ministérielles communs ou spécialisés implantés dans la Région militaire. L’une des innovations marquantes du décret de 1993 est la réorganisation par son arrêté d’application n°480 du 8 septembre 1994, des Bataillons de commandement, de soutien et d’appui (BCSA) qui comprennent désormais plusieurs compagnies opérationnelles (commandement et transmissions, soutien, honneur et sécurité, éclairage, protection), des batteries d’artillerie Sol-Air (art.5), des bureaux spécifiques chargés des missions du renseignement militaire, de l’instruction et de l’entrainement des personnels (Bureau emploi) ainsi que de l’organisation des effectifs, de la chancellerie et du soutien logistique (Bureau administratif et logistique). Le décret de 1993 voit par contre la disparition des bataillons d’infanterie ou blindés internes à la Région. Enfin, du point de vue du soutien sanitaire, le décret n°93/212 du 4 août 1993 organise les hôpitaux militaires et les centres médicaux militaires. On notera que cette prolifération des structures opérationnelles du commandement militaire territorial survient pendant les « années chaudes » générées par l’avènement de la démocratie au Cameroun. L’enjeu de la mise en place de cette nouvelle configuration opérationnelle et territoriale est d’assurer d’une part, la cohérence de l’action des autorités civiles et militaires en matière de maintien de l’ordre dans les circonscriptions civiles et militaires de commandement qui ont souvent d’ailleurs les mêmes limites et d’autre part, la « présence quantitative » de l’Etat, c’est-à-dire, son ubiquité dans tout l’espace territorial camerounais à travers le remodelage de la cartographie administrative et militaire et la ventilation de l’autorité de l’Etat, incarnée par les commandants de région, de secteurs militaires et les Forces. Le nouveau découpage du commandement militaire territorial sera complété par le décret n°93/213 du 04 aout 1993 portant nouvelles appellations des formations et unités des Forces Armées. Ainsi par exemple, les Bataillons d’Infanterie (BI), les Bataillons d’Artillerie (BA), et les Bataillons Blindés (BB) deviendront des Bataillons Interarmées (BIA) et changeront aussi de numérotation pour certains : le 31°BA deviendra le 41°BIA, le 31°BB (51°BIA), le 22°BI (61°BIA), le 11°BI (71°BIA) et enfin, le 12°BI deviendra le 81°BIA. Les décrets n°93/094 du 04 septembre 1993 et n°99/015 du 1er février 1999 portant respectivement mise sur pied du premier Bataillon des Fusiliers Marins Commandos (1er BAFUMACO) et création du Groupement Polyvalent d’Intervention de la Gendarmerie nationale (GPIGN) complètent la mise en place des structures opérationnelles des Forces de Défense à cette époque. Tandis que le 1er BAFUMACO a pour mission, la lutte contre les menaces maritimes, la piraterie, les trafics maritimes, etc., le GPIGN est chargé du maintien et du rétablissement de l’ordre public, de la lutte contre le grand banditisme et la lutte antiterroriste, avec compétence sur toute l’étendue du territoire national.

- La prise en compte des questions liées à la réinsertion des militaires et à leur implication dans le développement du pays

La libération des militaires atteints par la limite d’âge mais en état de poursuivre une activité pose l’épineuse problématique de la réinsertion à la vie civile de ces personnels dont la plupart n’a acquis aucune autre spécialité en dehors du maniement des armes. La prégnance sociale de ce problème aux conséquences psychologiques évidentes (inoccupation, perte d’identité et de repères sociaux, etc.) a certainement amené le chef des Forces Armées à prendre le décret n°92/205 du 05 octobre 1992 portant création et organisation de la Division des Productions Militaires et de la Réinsertion (DPMR). Au-delà de cet aspect purement social, la DPMR pouvait constituer un outil de Recherche-Développement dans l’Armée à travers le savoir-faire technique de ses personnels tout en contribuant plus efficacement à la lutte pour le développement économique du pays. Rattachée au Secrétariat général, la DPMR est chargée de promouvoir les productions militaires et de préparer la réinsertion des militaires dans la vie civile.

 

Le processus de constitution de l’Armée camerounaise aux plans institutionnels et opérationnels est à situer dans une dynamique historique qui permet de cerner comment la structuration de cet appareillage de « violence légitime » est soumise à des transformations par la logique des événements et conjonctures de la période allant de 1976 à 1999. En effet, la compréhension de la dynamique génétique et stratégique de construction des Forces armées camerounaises entre 1976 et 1999 exigeait que les logiques à l’œuvre dans ce processus fassent l’objet d’une contextualisation sociale permettant de saisir les conditions de l’engagement des acteurs, au premier rang desquels le Chef des Forces armées et des groupes sociaux et professionnels intéressés dans leur relation avec les contraintes de défense dans un environnement postcolonial en pleine mutation. Cette perspective relationnelle permet de montrer que le processus de construction des Forces Armées camerounaises s’inscrit dans la « longue durée » , comme une construction politique coloniale de monopolisation de la puissance qui a émergé de façon contingente pour s’affirmer à travers un enchaînement reproductif dans lequel la période 1976-1999 constitue certes un « moment » important, mais pas conclusif.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA GRANDE REFORME DE 2001

Lors du discours prononcé le 30 mars 2000 à Ngaoundéré, à l’occasion de la célébration du quarantième anniversaire de l’armée camerounaise, le Président de la République, Son Excellence Paul BIYA, a lancé la rénovation de cette institution en ces termes : « dans le cadre de la modernisation du cadre juridique de nos forces armées, j’ai instruit le Ministre d’Etat délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, de convoquer le Comité de Coordination Interarmées en vue d’actualiser les différents textes législatifs et réglementaires actuellement en vigueur».

 

Un an plus tard, c’est-à-dire, le 19 mai 2001 (la veille de la célébration du 29ème anniversaire de l’unification), dans un message à la nation camerounaise, il confirme sa volonté de moderniser les forces armées camerounaises.

 

Aussi, si la publication, le 25 juillet 2001, de 21 textes portant refondation de l’armée camerounaise constitue par sa densité et son envergure une surprise pour la quasi-totalité des camerounais, y compris les militaires, elle a, toutefois, été précédée quelque temps auparavant, par ces annonces fortes destinées à préparer les esprits de la population camerounaise en général, et des militaires en particulier.

 

Concrètement, ces textes traduisent l’engagement du Chef de l’Etat à disposer d’un outil de défense rénové, sur lequel la nation camerounaise peut valablement compter. Cette préoccupation se justifie par le fait que le Cameroun évolue dans un environnement caractérisé par de nombreuses crises et des risques récurrents, aux conséquences potentiellement dangereuses pour le monde. Partageant des frontières terrestres avec plusieurs pays, le Cameroun constitue une des voies d’accès à l’océan Atlantique pour le Tchad, la République Centrafricaine et dans une certaine mesure, pour le Congo-Brazzaville. Il apparaît donc que son intégrité territoriale et ses espaces aérien et maritime constituent autant d’objectifs fondamentaux à défendre, pour garantir la libre circulation des personnes et des biens, aussi bien à l’intérieur du Cameroun que dans l’ensemble de la sous-région.

 

Ces textes jettent les bases d’une armée professionnelle, rajeunie, structurée pour une plus grande fluidité dans l’entraînement et l’emploi des forces, ainsi que de la cohérence dans les actions de défense. Bref, il s’agit de renforcer la capacité des Forces de Défense camerounaises en vue de préserver les intérêts vitaux du pays en assurant, en tout temps, en toutes circonstances et contre toutes formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du triangle national. Cette rénovation de l’outil de défense est graduellement mise en œuvre afin de garantir son effectivité.

 

I-Innovations fonctionnelle et structurelles majeures


A- Adaptation du commandement aux exigences sécuritaires contemporaines


1- Redimensionnement de l’administration centrale du Ministère de la Défense.

2-Renforcement des Etats-majors centraux.

 

Les Etats-majors centraux, organismes d’études et de planification, sont quatre : l’Etat-major des armées qui assure la coordination des activités des Etats-majors de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et de la Marine pour l’organisation, l’équipement et l’entraînement des forces.


a)- Au niveau de l’Etat-major des Armées.


En matière protocolaire, la réforme consacre la prééminence du Chef d’Etat-major des Armées et du Secrétaire général (le premier ayant préséance sur le second) sur les Chefs d’Etat-major des différentes armées.

 

Le Chef d’Etat-major des Armées (CEMA) s’occupe de l’emploi des forces, tandis que les Chefs d’Etat-major de chaque armée s’attellent à leur préparation. Par ailleurs, l’existence d’un commandement opérationnel et d’un commandement organique est clairement définie. Au niveau de l’état-major des armées, les innovations portent sur la création des postes de Major général, de Conseiller juridique, de Conseiller diplomatique et de Conseiller Gendarmerie. Ces conseillers apportent leur expertise chacun dans son domaine de compétence, dans l’étude des travaux que leur confie le CEMA. Le Commandement des opérations militaires (coordination des unités spéciales des trois armées), le Service historique des armées (traditions militaires) et l’Ecole de la logistique naissent également. Aussi, apparaissent trois postes de Sous-chefs : Plans, Opérations, et Etudes générales et relations internationales. Au niveau des Divisions de l’état-major des armées, la Division de la logistique opérationnelle voit le jour et doit conduire l’ensemble du soutien d’une opération. Certaines structures changent de dénomination ; en même temps que la Direction du commissariat interarmées remplace la Direction de l’intendance, les attributions de la Direction du génie militaire s’accroissent avec l’intégration d’un volet réservé à la réinsertion, consacrant ainsi la dénomination Direction du génie militaire et des organismes interarmées de formation professionnelle.

 

La réforme a également pris en compte l’importance, sans cesse croissante, des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans la conduite des opérations militaires, en transformant l’ancienne direction des transmissions de l’état-major des armées en Division des transmissions, de l’électronique et de l’informatique.


b)- Au niveau de l’Etat-major de chaque armée (Terre, Air, Mer).


La nouveauté consiste ici en la création d’un poste de Major général, de trois postes de Sous-chef (ressources humaines, opérations, logistique), d’une inspection technique, d’une antenne de communication, d’une antenne de la sécurité militaire, d’un Conseiller aux actions civilo-militaires et d’un Service historique. Le suivi médical des équipages de l’Armée de l’air et de la Marine se traduit par la création respective d’un centre médical des expertises aéronautiques et d’un centre médical et des expertises de la Marine. Ces Etats-majors s’enrichissent, également, d’un Bureau des transmissions, de l’électronique et de l’informatique.


3- Clarification des rôles dans l’administration centrale de la gendarmerie nationale.


Au sein de l’administration centrale de la gendarmerie nationale, la cohérence opérationnelle est renforcée par la distinction claire entre le soutien et l’emploi. Cela se concrétise par l’existence de 2 (deux) pôles : la Direction centrale de l’administration et de la logistique pour le soutien des forces, et la Direction centrale de la coordination pour l’emploi des forces.


4- Redéploiement du commandement militaire territorial.

 

L’architecture du commandement militaire territorial est reconfigurée avec comme changement nouveau, la création des régions militaires interarmées qui relèvent de l’autorité du Ministre en charge de la Défense. La région militaire interarmées se définit comme une circonscription d’administration, de commandement et de soutien des forces stationnées, adaptées ou affectées et implantées sur sa sphère de compétence. Elle s’enrichit d’un caractère interarmées (expérience nouvelle pour le commandement militaire territorial) qui consiste à regrouper les composantes de toutes les forces (Terre, Air, Mer). Elle est, en outre, placée sous l’autorité d’un commandant de région militaire interarmées, qui dispose d’un état-major et est assisté de 4 (quatre) adjoints : un adjoint chargé des forces terrestres, un adjoint chargé des forces aériennes, un adjoint chargé des forces navales et un adjoint chargé des opérations. Ces adjoints sont responsables, sous la coordination du commandant, de l’application des mesures édictées par leurs états-majors respectifs. Sur le plan opérationnel, chaque région militaire interarmées dispose de brigades d’infanterie motorisées à deux ou trois bataillons, d’un bataillon d’intervention rapide, d’une base aérienne et le cas échéant, d’une base navale.

 

En ce qui concerne la région de gendarmerie, elle est en charge du commandement, de l’administration, de la coordination et du soutien des formations de la gendarmerie nationale dans l’exécution de leurs missions.

 

Cette réforme divise le territoire national en trois régions militaires interarmées et en trois régions de gendarmerie qui ont les mêmes ressorts territoriaux.


5- Restructuration de la santé militaire.

 

Dans le souci de déconcentrer le dispositif de la santé militaire, des régions de santé militaire, des secteurs de santé militaire et des centres médicaux militaires de secteur sont mis sur pied. Ils épousent les contours du redéploiement du commandement militaire territorial.
Le maintien dans le pays d’un climat de sécurité propice à la libre circulation des biens et des personnes, passe par une synergie des forces de défense en vue d’optimiser l’action militaire.


6- Réorganisation du corps national des Sapeurs pompiers.

 

La réforme restructure le corps national des sapeurs pompiers en lui conférant une articulation comprenant une administration centrale sous le modèle proche d’un état-major, des groupements des sapeurs pompiers, des compagnies de sapeurs pompiers, etc. La formation des sapeurs pompiers est également prise en considération avec l’opérationnalisation d’un centre d’instruction.


B- Recherche de l’efficacité globale des forces.

 

L’efficacité globale des forces repose d’une part sur un dispositif d’anticipation, et d’autre part, sur le renforcement des capacités d’intervention.


1- Souci du contrôle et du renseignement.


L’apparition de menaces nouvelles rend nécessaire le quadrillage rigoureux du territoire camerounais aussi bien dans l’hinterland qu’aux frontières. L’enjeu est la maîtrise de l’information comprise comme outil de connaissance, de direction et de commandement, d’influence et d’action. Concrètement, il s’agit d’acquérir et de gérer les informations sur les espaces physiques, humains et structurels afin d’avoir la connaissance la plus précise possible de la situation. Il est aussi impératif de comprendre au mieux la situation et d’en prévoir l’évolution afin de permettre l’anticipation stratégique. Par conséquent, il est important de mettre en place des mesures de prévention permettant de détecter les prémisses d’une crise dont l’évolution pourrait déstabiliser le pays.

 

Le dispositif déployé pour mieux quadriller le territoire national se présente ainsi qu’il suit : - la 1ère Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Yaoundé, couvre les Régions du Centre, du Sud et de l’Est. A cette entité, correspondent la 1ère Région de gendarmerie et la 1ère Région de santé militaire ; - la 2ème Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Douala, couvre les Régions du littoral, du Nord-ouest, de l’Ouest et du Sud-ouest. A cette entité correspondent la 2ème Région de gendarmerie et la 2ème Région de santé militaire ; - la 3ème Région militaire interarmées dont le poste de commandement est implanté à Garoua, couvre les Régions de l’Adamaoua, de l’Extrême-nord et du Nord. A cette entité, correspond la 3ème Région de gendarmerie et la 3ème Région de santé militaire. Le commandant de la région de santé militaire relève du Directeur de la santé militaire et est placé pour emploi auprès du commandant de la région militaire interarmées dont il est le conseiller en matière de santé.

 

La région militaire interarmées est divisée en secteurs militaires terrestres. Au total, il en existe 10 à raison d’un par Région. Quant à la région de gendarmerie, elle est composée de 10 légions de gendarmerie qui coordonnent chacune les activités des compagnies de gendarmerie, qui à leur tour, coordonnent celles des brigades.

 

A chacune des régions militaires interarmées, correspondent des formations du Corps national de sapeurs-pompiers.

 

La recherche du renseignement a également été renforcée par la restructuration de la Division de la sécurité militaire, qui dispose désormais d’antennes dans toutes les régions du pays et dans les états-majors de chaque armée. La capacité de réaction suit l’obtention du renseignement.


2- Capacité de réaction rapide en cas de crise.


Pour faire face à des menaces spécifiques, des organismes d’intervention rapide sont implantés dans un premier temps à l’Armée de terre et à la Gendarmerie, puis étendus à l’Armée de l’air et à la Marine nationale.


a)- A la Gendarmerie.


Des Centres Opérationnels de la Gendarmerie (COG) ont été créés dans les légions de gendarmerie ; ils concourent à combattre les violences urbaines et le banditisme.


b)- A l’Armée de terre.


5 (cinq) brigades d’intervention voient le jour ; en raison du fait que la compétence territoriale est indépendante du découpage territorial, l’exercice du commandement est facile et la capacité de réaction rapide est du même coup renforcée. Chaque brigade d’infanterie motorisée comprend un bataillon d’appui, un bataillon de commandement et de soutien et deux bataillons d’infanterie motorisée.
La Brigade du Quartier Général (BQG), qui est chargée de la protection de la capitale, comprend un état-major, le bataillon de commandement et de soutien et le bataillon de protection. Dans cette grande formation, le volume des unités de soutien de l’administration centrale est revu à la baisse, dans le but de procéder à un nécessaire rééquilibrage entre les organismes centraux et les forces d’une part, et de satisfaire à la volonté d’accroître le taux d’encadrement des unités implantées dans la capitale, d’autre part.


L’on peut relever la création d’une brigade d’intervention rapide, soumise aux ordres du Chef d’Etat-major des Armées, qui est composée des troupes d’infanterie aéroportée (Bataillon des Troupes Aéroportées-BTAP), de l’arme blindée et cavalerie (Bataillon Blindé de Reconnaissance-BBR) et des troupes amphibies (Bataillon Spécial Amphibie-BSA).


c) - A l’Armée de l’air.


La naissance du bataillon des fusiliers commandos de l’air répond à la nécessité de disposer d’un instrument de lutte, efficace contre les menaces nouvelles propres à la circulation aérienne telles que le terrorisme.


d)- A la Marine nationale.


Pour répondre aux actions de type commando menées sur le plan d’eau au moment du conflit frontalier dans la péninsule de Bakassi, une unité de palmeurs de combat est lancée en 1996 ; elle deviendra en 2002, la Compagnie des Palmeurs de Combat (COPALCO).
La réforme va aussi insister sur la modernisation des équipements militaires.


3- Modernisation des équipements.

 

Avant la réforme, la situation des Forces Armées camerounaises se caractérisait par l’existence des troupes motivées, disposant cependant d’un équipement vétuste. L’essentiel des crédits budgétaires est consacré à la réhabilitation de ces équipements, en vue de maintenir une capacité opérationnelle crédible.

 

La modernisation de 2001 concerne le renforcement des capacités des forces, et s’inscrit dans la stratégie des moyens retenue par le pays. La mise en œuvre de cette option se heurte, toutefois, aux entraves telles que les coûts progressifs et exorbitants des équipements à haute valeur technologique. Cette surenchère s’applique aussi bien à l’achat qu’à l’utilisation. Dans ces conditions, pour déterminer le type d’équipement qui permet aux Forces de Défense camerounaises de répondre aux défis sécuritaires contemporains, les autorités politiques et militaires pourraient continuer à examiner les besoins de chaque Armée et de la Gendarmerie, en fonction de leurs missions, et en tenant compte des enjeux actuels tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Cela consisterait à assurer une « cohérence capacitaire globale » . En conséquence, avec la modernisation des équipements, les décideurs politiques pourraient disposer d’une certaine liberté d’action, pendant que les forces pourraient gagner en crédibilité et efficacité. En réformant les armées et la gendarmerie, le chef des forces armées a voulu aussi disposer de forces opérationnelles sur le plan des ressources humaines.


C- Recherche de l’optimisation des ressources humaines.


La restructuration a instauré une politique des ressources humaines dynamique, en vue d’adapter le système d’hommes aux besoins d’une armée professionnelle et aux aspirations des militaires.


1- Option pour une armée professionnelle.

Le modèle d’armée retenu est une armée de type professionnel, d’un effectif de 35.000 hommes. L’option claire et nette du Président de la République pour une armée de ce type rend impérative la mutation qui consiste à passer progressivement « du soldat au professionnel, de l’état militaire vers une profession singulière » . Il s’agit de tourner la page de la fonctionnarisation du métier militaire pour ouvrir celle de l’action militaire optimisée dans laquelle la qualité du personnel (son savoir-faire et son savoir-être) prime sur le nombre de militaires présents sous le drapeau. La professionnalisation rime avec le type de militaire à enrôler. En effet, les qualités physiques, morales voire intellectuelles du soldat professionnel doivent prendre le pas sur d’autres considérations. Il est attendu du soldat professionnel, l’efficacité dans l’exécution de la mission qui lui est confiée par son chef hiérarchique.

 

Le fait que le concept camerounais de défense soit une défense populaire peut sembler en contradiction avec le processus de professionnalisation des Forces de défense au Cameroun. En effet, certains pourraient pencher pour une armée de masse, faisant appel au peuple. Pourtant, force est de reconnaître que les enjeux socio-politiques qui président à la réforme de l’armée relèveraient d’une autre logique. L’on pourrait donc soutenir que la réforme du 25 juillet 2001, a lancé le processus de professionnalisation de l’armée au Cameroun. Dans cette entreprise, la confrontation avec le poids du passé récent ou lointain est inévitable.

 

S’agissant du personnel officier, les aménagements de son statut ont pris en considération la spécialisation. C’est ainsi que dans l’Armée de terre, les officiers font carrière dans l’une des armes suivantes : l’infanterie, l’arme blindée et cavalerie, l’artillerie, le génie, les transmissions, le train et le matériel. Dans l’Armée de l’air, les officiers appartiennent à trois corps : le corps du personnel navigant (PN), le corps du personnel non navigant spécialiste (PNNS), le corps du personnel non navigant du service général (PNNSG). Dans la Marine, le corps des officiers spécialisés de la Marine est composé d’une spécialité opérationnelle dont les membres participent à la conduite des navires et aux opérations, ainsi que d’une spécialité technique pour ceux qui sont chargés de la mise en œuvre, de l’entretien et de la réparation du matériel. Les services, quant à eux, sont interarmées et comprennent la santé militaire, la justice militaire, le commissariat et le corps technique et administratif. Les officiers des services de santé des armées comprennent : les médecins, les pharmaciens, les chirurgiens dentistes, les vétérinaires, les ingénieurs biomédicaux, les officiers infirmiers, techniciens des hôpitaux et les officiers d’administration de la santé. Les officiers de la justice militaire, sont composés des magistrats militaires et des greffiers militaires. En ce qui concerne les officiers du commissariat, on distingue les commissaires et les intendants militaires. Le corps technique et administratif des services communs regroupe les officiers d’administration et assimilés, les officiers d’encadrement pénitentiaire, les officiers dans une spécialité issus des armes et les officiers issus du rang qualifiés.

 

Enfin toutes les armées, au regard de leur nature et de leurs missions, ne sont pas concernées de la même manière par la professionnalisation. En effet, les armées techniques comme l’armée de l’air et la marine pratiquent déjà la professionnalisation, alors que l’armée de terre et la gendarmerie ont souvent comporté de gros effectifs, sans rapport réel avec cette professionnalisation. Par conséquent, cette option aura plus ou moins un impact différent sur chacune des Armées et la Gendarmerie.

 

Une armée professionnelle est tributaire de la qualité de la ressource humaine qui l’anime ; en conséquence, un accent est mis sur les modes de rajeunissement des effectifs et du dégagement du personnel en fin de carrière.


2- Rajeunissement des effectifs

L’option pour un modèle d’armée à 35.000 hommes rend centrale la question de la gestion rationnelle des ressources humaines. Dans la réforme de 2001, apparaît la volonté de son initiateur d’assurer une bonne gestion du dégagement des personnels. Et pour une armée professionnelle, le recrutement est l’enjeu le plus important à maîtriser.


Le rajeunissement des effectifs dans le modèle d’armée retenu, consiste en la suppression du service au-delà de la limite d’âge du grade, et une accélération de la fréquence des recrutements de jeunes camerounais des deux sexes dans les Forces de Défense. En effet, la suppression des prolongations de service accordées aux officiers accroît le dégagement des cadres et par ricochet, créé un déficit qui doit être comblé par un ou plusieurs recrutements ; lesquels recrutements sont destinés à satisfaire les besoins en ressources humaines de l’institution. La qualité du recrutement dépend de la pertinence du mode de sélection retenu. Dans le cadre de la professionnalisation, il s’agit de sélectionner les meilleurs pour les missions de défense de la souveraineté et de l’intégrité du territoire.


Les limites d’âge de grades ont été cristallisées et il a été mis fin au service au-delà de la limite d’âge du grade. L’aménagement apporté consiste à harmoniser les limites d’âge de grade des officiers : - 58 ans pour le Colonel ou le Capitaine de vaisseau, - 57 ans pour le Lieutenant-colonel ou le Capitaine de frégate, - 56 ans pour le Chef d’escadron, le Chef de bataillon, le Commandant ou le Capitaine de corvette, - 55 ans pour le Capitaine et le Lieutenant de vaisseau, - 54 ans pour le Lieutenant, le Sous-lieutenant, les Enseignes de vaisseau de 1ère et 2ème classes. Par rapport aux limites d’âge de grade en vigueur jusqu’à la publication des textes de la réforme, un bonus s’est introduit, dans la mesure où chaque grade a vu sa limite d’âge majorée de 3 années. Toutefois, il convient de noter qu’avant cette réforme, les officiers avaient la possibilité de bénéficier de prolongations au titre du service au-delà de la limite d’âge qui pouvaient s’étaler sur une période maximum de 6 ans. Or, cette opportunité, au demeurant facultative, était devenue la règle puisque la quasi-totalité des officiers en bénéficiaient. D’où l’accueil mitigé que l’on a pu relever chez certains officiers concernés par les nouvelles dispositions réglementaires. Des mesures transitoires avaient été prises pour les officiers servant déjà au-delà de la limite d’âge du grade à la date du 25 juillet 2001. A titre exceptionnel, les officiers généraux peuvent être maintenus en activité de service au-delà de la limite d’âge de leur grade.


La fidélisation du personnel pourrait s’effectuer par la prise en considération des soucis de reconversion et de réinsertion des militaires.


3-Souci de reconversion et de réinsertion.

La durée de service des militaires engagés dans une armée professionnelle est relativement courte, en comparaison avec celle des militaires appartenant à une armée de métier. La spécificité du métier des armes rend nécessaire, la construction des passerelles entre ce métier et celui lié aux autres administrations, publiques ou privées, afin de créer des conditions favorables à une réinsertion dans le milieu civil, à la fin de la carrière. Cette synergie peut donner lieu à des procédés tels que l’organisation des stages de reconversion pour les militaires en fin de carrière, ou la certification civile des qualifications militaires, effectuée de concert avec les ministères chargés des questions d’éducation (enseignement de base, enseignement secondaire, enseignement supérieur). La création des organismes interarmées de formation professionnelle repose sur la logique pour l’armée d’apparaître comme un bon employeur, soucieux de l’avenir des hommes qui regagnent la vie civile.


L’analyse des grandes lignes de la réforme cède la place à l’examen du chemin parcouru pour sa mise en œuvre.


II-Mise en œuvre de la réforme

Le suivi des mesures prises par le Président de la République, en vue de construire une armée professionnelle et moderne, a été confié à une structure spécifique qui travaille suivant un rythme qui tient compte des obstacles d’origines structurelle et humaine.


A- Mise sur pied d’une structure de suivi spécifique.

La création du comité de pilotage pour la mise en place des textes réorganisant et modernisant les Forces de Défense vise à prévenir et à surmonter les obstacles qui pourraient entraver l’enracinement de cette réforme. La mission de ce comité est de faire des recommandations pour l’application effective et progressive des mesures édictées par la nouvelle réglementation, puis de mener ou faire mener des études relatives à la mise en place des structures créées. Ce comité est présidé par le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, et son secrétariat est assuré par le Directeur des affaires administratives et réglementaires du Ministère de la Défense. Les travaux de ce comité se sont déroulés à plusieurs reprises dans les locaux de la Présidence de la République et la signature de plusieurs textes subséquents atteste du travail accompli.


B- Le rythme de la réforme

Le rythme de la réforme de 2001 est placé sous le double signe de l’étalement dans le temps et de la progressivité. Il s’agit concrètement d’éviter toute précipitation. L’échelonnement sur une période donnée est une des conditions de réussite de ce changement fondamental. En effet, il a fallu immédiatement pourvoir les postes créés dans l’administration centrale du Ministère de la Défense et dans le commandement militaire territorial. Les responsables du Ministère de la Défense se sont donnés 4 à 5 ans pour atteindre la totalité des effectifs annoncés. Ils se sont fixés, en outre, 3 ans pour achever la phase de mise en place des structures.


Le recrutement et les effectifs sont évalués en fonction des besoins des structures créés. Dans cette optique, les états-majors devront élaborer des tableaux des effectifs et des dotations (TED) pour quantifier les besoins en ressources humaines, spécifiquement pour les formations de combat et de soutien.
La modernisation de l’armée pose aussi la question de l’équipement des forces. Ce volet est conditionné par les ressources budgétaires de l’Etat. Aussi, pour respecter les efforts du contribuable, le comité de pilotage de cette réforme s’est imposé des délais raisonnables pour équiper les différentes formations de combat et de soutien. L’équipement des forces devra donc s’effectuer dans la durée, compte tenu des disponibilités financières de l’Etat et du coût des matériels de sécurité et de défense.


C- Réalisations du comité de pilotage.

Quelque temps après l’entrée en vigueur de ces importants textes portant sur les Forces de Défense, le comité de pilotage de leur mise en œuvre a commencé à siéger et à produire de nombreux projets de textes, au regard des lacunes et des insuffisances relevées dans la phase d’implantation de certains organismes. Certains de ces projets ont été validés par le Président de la République et sont actuellement en vigueur. Les domaines d’activités concernés sont les suivants :

- Opérations : Six (6) mois après la réforme, les Forces de l’Armée de l’air et les Forces de la Marine nationale dont l’existence avait été mentionnée dans les textes de 2001, ont à leur tour été structurées. Les Forces de l’Armée de l’air sont articulées de la manière suivante : d’une part, les Forces aériennes (escadrons et escadrilles), les Forces terrestres de protection et de combat (bataillons des fusiliers de l’air, bataillon des fusiliers commandos de l’air). En outre, existent des éléments de soutien et de formation (bases aériennes, organismes spécialisés, écoles et centres d’instruction). Les Forces de la Marine nationale, quant à elles, sont articulées en Forces de surface (flottilles, divisions de bâtiments et d’embarcations), Forces de fusiliers marins et Palmeurs de combat (bataillon de fusiliers marins, compagnie des palmeurs de combat), et éléments de soutien et de formation (bases navales, organismes spécialisés). En 2004, l’organisation interne des formations de combat de l’armée de terre est précisée. Elles sont structurées ainsi qu’il suit : Brigade du Quartier Général (bataillon de commandement et de soutien et bataillon de protection), Brigade d’Intervention Rapide (bataillon spécial amphibie, bataillon blindé de reconnaissance, bataillon de troupes aéroportées), Brigade d’Infanterie Motorisée (bataillon d’appui, bataillon d’infanterie motorisée), Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), Bataillon de Commandement et de Soutien (BCS), Régiments de soutien et d’appui (Régiment du Génie militaire-REGEN, Régiment d’Artillerie Sol-Sol, -RASS, Régiment d’Artillerie Sol-Air-RASA).
- Recrutement : les conditions d’admission à l’école de formation de base des officiers ont été revisitées pour corriger certaines insuffisances constatées dans la mise en œuvre du décret n°2001/187 y relatif.
- Formation : des conventions ont été signées pour un appui à la formation des militaires camerounais. Dans le domaine aéronautique, un décret du 23 mars 2004, porte organisation et fonctionnement du Pôle Aéronautique National à Vocation Régionale (PANVR) implanté à Garoua. Cet organisme a pour mission, dans le cadre du partenariat avec la France, de sélectionner, former et perfectionner les personnels navigants originaires du Cameroun et des pays tiers. Dans le domaine de la sécurité, un intérêt particulier a été mis sur la formation relative aux « opérations militaires autres que la guerre », avec la création de l’Ecole internationale des forces de sécurité.
- Valorisation du corps des officiers : la valeur des officiers dépend de la qualité de leur formation initiale et de la formation continue qu’ils sont amenés à suivre. Dans le cas d’espèce, divers textes ont été signés portant non seulement sur la formation initiale et le perfectionnement, mais aussi sur l’enseignement militaire supérieur. Il s’agit notamment du décret n°2004/180 du 1er juillet 2004 portant réorganisation de l’Ecole militaires interarmées, du décret n°2005/011 du 13 janvier 2005 portant création et organisation de l’enseignement militaire supérieur et du décret n°2005/015 du 13 janvier portant création et organisation du centre de l’enseignement militaire supérieur.
- Carrière : un décret vient instituer une période de réserve mobilisable d’une durée de 3 ans, pour les personnels officiers admis à faire valoir leurs droits à la retraite en fonction des limites d’âge de grades prévues en 2001. Au cours de cette période, les personnels concernés gardent certains avantages dont ils bénéficiaient pendant qu’ils étaient en activité.
- Maintenance des matériels : le souci de rentabiliser les importants investissements consentis par l’Etat pour acquérir les matériels majeurs induit la mise en place d’une structure entièrement dédiée à la maintenance de haut niveau : la Direction centrale du suivi de la maintenance des matériels majeurs.

 

L’organisme ainsi créé devrait être en mesure, entre autres, d’élaborer les programmes de formation, de suivre l’exécution des conventions de maintenance en cours d’exécution, de participer aux études de faisabilité. Les volets concernés vont de l’aéronautique à l’automobile, en passant par l’armement gros calibre, les bâtiments de la marine, etc. En ce qui concerne la maintenance automobile, le 13 janvier 2005, est signé le décret portant création, organisation et fonctionnement de l’Etablissement Centralisé de Réparation et de Reconstruction Automobile (ECRA). Cet organisme a pour mission de réhabiliter l’important parc de véhicules de liaison, de reconnaissance et d’appui (VLRA) des forces de défense camerounaises de manière à améliorer la disponibilité technique opérationnelle (DTO) à moindre coût.

 

Le 25 octobre 2006, est créée la Réserve logistique des armées et de la gendarmerie chargée de la gestion et de la maintenance des moyens et stocks d’intervention. Cette structure, placée auprès du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, assure la gestion des ateliers opérationnels de production suivants : cartoucherie de Garoua, atelier central de confection de Yaoundé, atelier central bois et fer de Yaoundé, atelier central chaud et froid de Yaoundé et atelier central maître bottier de Yaoundé.


D- Les attentes

A l’heure actuelle, toutes les structures prévues dans les décrets du 25 juillet 2001 n’ont pas encore été activées. L’activation de la quasi-totalité des bataillons d’appui est attendue, car seul le 11ème bataillon d’appui implanté à Yaoundé est opérationnel. Il en est de même pour les organismes interarmées de formation professionnelle. Dans le domaine de la santé, seuls deux hôpitaux de région sur trois fonctionnent ; celui de Garoua monte en puissance graduellement. Le centre médical des expertises de la marine et celui des expertises aéronautiques ne sont pas fonctionnels.

En tout état de cause, la réforme traduit la volonté du Président de la République de donner au Cameroun une armée professionnelle et moderne, dont l’objectif principal est de disposer de formations expérimentées et suffisamment entraînées, prêtes à intervenir dans un délai court, pour remplir des missions variées. Les forces de défense doivent, alors, être aptes à tirer le meilleur parti d’une cohérence organisationnelle certaine. Il s’agit, pour elles, de permettre à l’institution militaire non seulement de remplir ses missions régaliennes, mais aussi d’améliorer sa capacité opérationnelle et d’apporter sa contribution à la sécurité collective dans la sous-région et partout dans le monde, à travers une participation active aux opérations de maintien de la paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ARMEE CAMEROUNAISE : un outil au service du développement de la nation

 

La participation au développement économique et social de la nation, constitue l’une des missions principales des Forces de Défense camerounaises. En garantissant la paix, la sécurité et la stabilité qui sont des conditions indispensables à tout développement, les Forces de Défense participent déjà au progrès du Cameroun. Comme le dit si bien le Chef des Forces Armées, « le développement de notre pays ne peut être conduit avec succès que dans un climat de paix »

De façon plus concrète, les Forces de Défense se sont engagées sur plusieurs fronts de développement. Certaines de ses composantes plus visibles à l’image du Génie militaire, de la Santé militaire, du Corps National des Sapeurs pompiers, sont des acteurs directs du développement.

 

A- Le Génie Militaire : une arme de Développement

Le Génie militaire fait partie des armes dites « savantes ». Il fut à l’origine de nombreuses créations qui connaîtront des applications civiles (aérostation, télégraphie, chemin de fer, bétons spéciaux…). La civilisation romaine peut être considérée comme l’une des premières à utiliser le génie dans le cadre du combat ; les soldats du génie furent alors appelés « architecti ». Ces sapeurs ou pionniers furent principalement utilisés dans la réalisation des fortifications et la guerre de Siege.
Au cours de l’Histoire, le génie militaire encore appelé « combat engineer » ou « military engineer » s’est donné l’image d’une arme intelligente et redoutable. La création de véritables unités du génie date au 15 décembre 1793 lorsque Napoléon Bonaparte décide de séparer les compagnies de mineurs de l’artillerie ; il créé alors 12 bataillons de sapeurs.

 

Depuis la deuxième guerre mondiale et tous les conflits qui ont suivi, le Génie militaire a joué un rôle important en se positionnant d’une part comme étant l’arme du terrain et d’autre part comme étant un service capable de mettre en œuvre des infrastructures. Ce dernier volet du génie démontre la capacité de la mise en œuvre d’une force militaire au service des actions civiles ou du développement.


1. Le Génie Militaire au Cameroun : Une histoire riche

Au Cameroun, le Génie militaire est une composante majeure de l’Armée de terre. Il est à la fois une arme (car elle participe activement au combat) et un service à travers la réalisation des infrastructures. L’histoire du génie militaire est riche et peut s’illustrer à travers l’évocation de quelques dates importantes :

• 1er Janvier 1960 : le Cameroun accède à l’indépendance ; pour faire face à la rébellion armée qui perturbe l’économie nationale, un détachement du Génie militaire français est mis en place et reçoit une mission d’aide à la mobilité (rétablissement d’itinéraires, franchissement de coupures), afin de faciliter l’action des forces de maintien de l’ordre. Ce détachement du Génie français sera l’embryon de la future structure du Génie militaire camerounais.
• 1er août 1962 : Création de la Compagnie du Génie Militaire camerounais, commandée par un officier français ;
• 1963 : La compagnie du Génie militaire qui était jusqu’alors utilisée dans son volet arme, reçoit une extension de sa mission avec l’intégration du volet service ;
• 1er novembre 1964 : Un officier camerounais prend le commandement de la Compagnie du Génie militaire ;
• 1er novembre 1966 : Création du Bataillon du Génie (BATGEN) ;
• 1er juillet 1973 : Le BATGEN est transformé en commandement du Génie militaire et rattaché à l’Armée de terre ;
• 6 juillet 1976 : Création du Commandement spécialisé du génie militaire, relevant spécialement du Ministre chargé des Forces Armées ;
• 5 novembre 1983 : Par le décret N° 83/540, le Commandement du génie militaire est réorganisé et structuré en un Etat-major, 3 groupements (Le Groupement de commandement et de soutien, le Groupement des travaux d’infrastructures, le Groupement d’instruction et de combat) et 2 Services (le Service des études techniques, le service administratif et financier).
• 25 juillet 2001 : Par le décret N° 2001/178 les organismes interarmées de formation professionnelle sont rattachés à la DIRGEN (Direction du Génie Militaire) qui devient DIRGEN-OIFP (Direction du Génie Militaire et des Organismes Interarmées de Formation Professionnelle) ; celle-ci, en plus d’être conseillère du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et du Chef d’Etat-major des Armées sur l’emploi du génie, a également un rôle de conception et de contrôle des travaux ; alors que le Régiment Génie (REGEN) devient le bras d’exécution de la DIRGEN-OIFP.

 

2. Le Génie Militaire : Des missions bien remplies

 

Depuis la mise en place de ses structures au sein de l’Armée camerounaise au début des années soixante, le Génie militaire a contribué activement aussi bien dans son aspect purement militaire - le Génie combat - que sous sa forme Service, à la réalisation des infrastructures. Il aura ainsi, en plus des missions militaires générales qui lui sont confiées, réalisé plus de 600 projets d’infrastructures et appuyé les autres armes dans le cadre du combat (comme cela a été le cas durant le conflit frontalier de Bakassi).


Au Cameroun, le Génie militaire est plus connu comme un instrument au service du développement. Cette arme aura ainsi démontré au fil des ans que les Forces de Défense pouvaient également mettre leur savoir-faire au service du développement en mettant en œuvre des projets d’infrastructures de qualité à un coût relativement bas. C’est ainsi que le génie va réaliser le parcours Vita avec des coûts significativement réduits.


Il est également à noter que le Génie militaire a été un pionnier dans plusieurs domaines de mise en œuvre de certains types d’infrastructure au Cameroun ; Les premières routes en enrobés denses ont été construites par le Génie militaire qui a également introduit au Cameroun pour la première fois la construction d’échangeurs (Nkolbisson, Zamengoué), l’emploi des glissières métalliques, l’emploi du mélange sol-ciment pour la stabilisation de la couche de base des routes.

 

3. Contribution du Génie durant les années d’indépendance et de la Réunification

 

Les années d’indépendance ont été caractérisées par de nombreuses actions menées par la rébellion qui, en sabotant les voies de communication, mettait en péril la jeune économie du pays encore en construction. Pour faire face à ces actions et faciliter la mobilité des forces du maintien de l’ordre, le haut commandement mit en place un embryon du Génie qui apporta un important appui aux troupes.
Dans le même ordre d’idées, la construction des routes stratégiques Sangmelima-Djoum et Mintom-Lele-Mbalam par le Génie Militaire a également permis de faciliter l’accès des troupes à cette partie du territoire national où sévissait une farouche guérilla. Cette mobilité a permis d’arriver à bout de la rébellion et de ramener la paix.


Ainsi en jouant un rôle important dans la pacification durant la période de l’indépendance à 1965, les actions du Génie ont eu une incidence sur les plans économique et social, notamment avec le retour à la confiance des populations.

 

4. Les Actions Civilo-Militaires du Génie en vue de la consolidation de la paix à Bakassi

 

A l’issue du conflit frontalier à Bakassi d’une part et dans le cadre du transfert d’autorité de toutes les parties occupées dans cette péninsule au Cameroun le 14 Août 2009 d’autre part, le gouvernement camerounais, accompagné de l’ONU et des pays amis, a mis en place des mesures permettant la construction de la paix dans cette zone. C’est ainsi qu’une politique de développement des infrastructures économiques, éducatives, sociales, culturelles et sécuritaires a été pensée afin de ramener la confiance auprès des populations, d’éviter tout recours à la violence et de faciliter la gestion du conflit de manière durable. Ces actions se sont concentrées dans des actions généralement appelées « ACM » (Action Civilo-Militaire) et sont connues en anglais sous l’acronyme de « CIMIC » ( Civil Military Cooperation).
Au vu de cette nouvelle mission, le Génie militaire a pu réaliser plusieurs travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures socio-éducatives dans la péninsule de Bakassi nouvellement rétrocédée.


La construction de la route stratégique Mundemba-Isangele-Akwa est une autre preuve s’il en était encore besoin de le démontrer, de la manifestation des actions d’intérêt public à mettre à l’actif des Forces de Défense. Cette route qui désenclave la péninsule de Bakassi permet aujourd’hui de renforcer le sentiment d’unité nationale. Les populations de Mussongessele, Isangele, Akwa peuvent désormais acheminer leurs récolte vers Kumba et Douala. Par ailleurs, les matériaux permettant de réaliser les grands travaux de construction lancés par l’Etat dans la péninsule de Bakassi cheminent par la même voie.


Quelques projets réalisés par le Génie Militaire à Bakassi entre 2007 et 2011
Le Génie militaire a réhabilité plusieurs infrastructures à Bakassi, et a construit plusieurs infrastructures dans diverses localités (Akwa, Mbenmong, Wanyo, Issobo, Barrack’s, Idabato2, Kombo A Munja I, Ii Et Iii…).

 

Ces actions civilo-militaires, toujours en cours, ont porté essentiellement sur :

• La réhabilitation ou la construction des centres de santé et des logements d’astreintes ;
• La réhabilitation ou la construction des infrastructures scolaires (écoles et collège);
• La réhabilitation ou la construction des adductions d’eau potable; • L’équipement des infrastructures sus citées ;
• La construction de la route Mundemba-Isangele-Akwa (75km)


Les ACM ont ainsi permis à ce jour au gouvernement de la République du Cameroun de réduire considérablement, les besoins en infrastructures sociales de base dans la péninsule de Bakassi, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et du ravitaillement en eau potable.

 

5. Formation des Sapeurs du Génie

 
Les militaires du Génie que l’on appelle également « sapeurs » ou « combat Engineer », sont (au vu des nombreuses missions qui leur sont assignées) appelés non seulement à travailler dans des environnements difficiles, mais à donner le maximum d’eux-mêmes sur le plan physique et intellectuel afin d’accomplir leur mission. De même, en raison des chantiers et autres missions qui ont lieu dans les quatre coins du pays, les militaires du génie passent la plus grande partie de leur service sous les drapeaux hors de leur base principale ;

Pour mener à bien ses missions dont l’importance n’est plus à signaler, le Génie militaire a toujours eu besoin en tout temps d’un personnel discipliné et compétent. Ces personnels, en ce qui concerne les non-officiers, sont recrutés à la base parmi les jeunes camerounaises et camerounais titulaires des diplômes techniques ou possédant des expériences dans les domaines utiles au Génie militaire. Le commandement a ainsi mis en place un plan de recrutement des jeunes candidats titulaires pour la plupart des CAP, BEPC, Bac Techniques, qui permettraient d’accroitre la capacité opérationnelle de cette structure.


Il convient de relever qu’avant la naissance de la première compagnie du Génie en 1962, trois officiers camerounais ont été envoyés à l’Ecole d’application du Génie français à Angers, pendant que 20 soldats choisis dans les bataillons d’infanteries, ont suivi une formation génie au sein du 6ème Régiment interarmées d’outre-mer basé à Bouar.

 

Les personnels officiers affectés au Génie militaire sont issus pour l’essentiel de l’EMIA ou des écoles militaires des pays amis. Ils sont en majorité titulaires des diplômes de génie civil. Leurs connaissances sont améliorées à travers les stages dans les domaines tant du génie civil que celui du génie de combat.
La formation continue des sapeurs non-officiers est assurée principalement par le Centre d’instruction du Génie basé à Douala. Ces personnels reçoivent des formations variées dans tous les domaines qui concernent le Génie militaire, de la FES au BS2. Des accords existent entre le Ministère de la Défense et certaines écoles (Ecole Nationale Supérieure Polytechnique, Ecole Nationale Supérieure des Travaux publics) permettant l’accès dans ces structures des personnels militaires par voie de concours.

 

6. Les perspectives
 
Le Génie Militaire a depuis sa création apporté une énorme contribution au développement du Cameroun. Il devrait continuer à agir comme un acteur de développement ce qui exige une autre vision compte tenu des nouveaux défis qui interpellent le Cameroun. A cet effet, le Génie militaire devrait se doter de capacités humaines et matérielles lui permettant de continuer à exécuter ses missions avec professionnalisme. Les nouveaux défis d’un Cameroun résolument axé vers les grandes réalisations, exigerait la contribution de tous les acteurs. Dans cette perspective, un rééquipement et un redéploiement du génie s’avèrent nécessaires afin de donner à cette structure une assise qui lui permettrait de mieux intervenir à la demande tout en évitant une élongation de la chaîne logistique. C’est dans ce sens sûrement que le commandement a récemment prescrit une étude en vue de la réorganisation de cette structure.

 

B. Les autres acteurs du développement

 

1. La Santé militaire : la recherche médicale et les services et structures de santé au bénéfice de la population

 

La Santé militaire au Cameroun est un organe spécialisé des Forces de Défense qui, tout en appliquant la politique nationale de la santé, s’adapte au contexte des armées. En dehors des missions traditionnelles de santé à apporter en temps de paix, les interventions médicales dans les catastrophes de tous ordres sont une mission essentielle de la Santé militaire. La zone rouge des catastrophes ou encore l’épicentre du sinistre, qui est une délimitation conventionnelle est la zone de prédilection de la santé militaire.


Tous les centres de Santé militaire (les infirmeries et hôpitaux), accueillent sans discrimination, civils et militaires, cela sans aucune restriction pour toutes sortes d’affections ou d’accidents. La Santé militaire en plus de ses missions traditionnelles, s’est spécialisée dans le domaine de la recherche, notamment, la lutte contre les grandes pandémies (VIH/SIDA, paludisme), les maladies émergentes et ré émergentes.


A cet effet, Le Centre de Recherche sur la Santé des Armées (CRESAR) créé le 20 juin 2002, outre l’évaluation sur certaines maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle et les troubles diététiques, concentre le maximum de ses efforts sur la recherche fondamentale du VIH, et du virus Simiens. Le CRESAR qui vise à remonter l’origine du SIDA, a mis sur pied un centre de veille épidémiologique, axé sur l’évolution et l’apparition d’un VIH3 ou VIH4. Des recherches vaccinales y sont en cours. L’OMS a reconnu le CRESAR du Cameroun comme centre de référence chargé de la surveillance et de la résistance du VIH aux Anti-rétroviraux (ARV) dans la sous-région CEMAC.

 

2. Les Sapeurs pompiers, soldats de la protection civile

 

La mise en œuvre de la protection civile au Cameroun a été confiée à un corps interarmées. Il s’agit du Corps National des Sapeurs Pompiers (CNSP). Les unités de ce corps sont sous réquisition permanente des autorités civiles pour les secours à apporter aux populations en cas de catastrophes naturelles, technologiques ou criminelles.


Le Corps national des Sapeurs pompiers (CNSP), créé par décret N°86/286 du 05 avril 1986, est une formation militaire interarmées spécifique de protection civile; il est placé sous l’autorité du Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense et mis pour emploi auprès du Ministre chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

Conformément à l’article 2 du décret du 25 juillet 2001, ce corps remplit les missions suivantes :

- En temps de paix, il assure la lutte contre les calamités et leurs séquelles, le secours aux personnes et biens en péril, la participation à la gestion des catastrophes, aux études et aux actions préventives intéressant son domaine de compétence ; - En temps de crise, il concourt aux missions de défense aux ordres du Chef d’Etat-major des Armées.

Le CNSP est articulé autour d’un Etat-major qui comprend deux divisions et sept services, des unités opérationnelles que sont les Groupements d’incendie avec PC dans les Régions Militaires Interarmées, les Compagnies d’incendie, les Centres de secours principaux et secondaires, le Centre national d’instruction et les Centres médicaux adaptés.

Les populations intègrent de plus en plus l’appel gratuit aux pompiers dans leurs actes réflexes lors de catastrophes en utilisant le n°18 (téléphone fixe) et le 118 (téléphone portable) .

Le Corps national des Sapeurs pompiers est intervenu plusieurs fois dans les cas d’incendie, de noyade, et d’électrocution. Les personnels d’intervention ont mis leur vie en danger à plusieurs reprises pour sauver des personnes en péril. Des statistiques démontrent que les sapeurs-pompiers sont sollicités au moins 4000 fois par an.

Ce corps, véritable cheville ouvrière de la protection civile, a l’ambition de quadriller le territoire national, pour mieux assurer les interventions de proximité, ainsi que veiller au respect de la règlementation en matière de sécurité et de développement urbain .

 

La Catastrophe du Lac Nyos
Les années 1984 et 1986 ont été marquées par des catastrophes naturelles, créées par des éruptions limnologiques, dont celle du Lac Momoun en 1984 dans le Noun qui a fait 37 victimes, et surtout celle du Lac Nyos le 21 Août 1986 qui a fait plus de 1700 victimes.

 

Suite à ces événements malheureux, les Forces de Défense Camerounaises ont fait preuve de professionnalisme. En effet, au lendemain de ces catastrophes, elles sont entrées en zone critique pour secourir les blessés, compter et identifier les victimes, construire les abris de fortune en vue d’héberger les blessés et rescapés. Ce sont encore elles qui ont reçu les journalistes et les experts et qui ont géré toute la logistique de l’opération notamment la distribution des rations de combat, le transport sur le terrain, le stockage de l’aide humanitaire internationale. Suite à ces actions louables, nos Forces de Défense ont été félicitées aussi bien par le Chef de l’Etat que par la communauté internationale.

 

3. L’Armée de l’air et la Marine Nationale dans les missions Civiles

 

Les Forces Armées interviennent par leurs moyens terrestres, aériens et navals partout où besoin se fait sentir à la demande des autorités et des tiers. Sans se substituer aux compagnies civiles, l’Armée de l’air a desservi pendant longtemps des lignes régulières. Ces lignes permettaient d’assurer les différents mouvements des militaires et de leurs familles, et d’autres bénéficiaires au moment où le tissu des transports était très peu développé. On distinguait 4 lignes régulières (LR) ; La LR 01 qui reliait Douala – Yaoundé – Koutaba – Ngaoundéré – Garoua – Maroua – Yagoua – Ndjamena, la LR 02 qui faisait Douala – Yaoundé - Garoua et retour, la LR 03 encore appelée la triangulaire qui reliait Douala – Yaoundé- Koutaba – Douala, et enfin la LR 04 qui joignait Douala – Tiko – Douala, prolongée plus tard vers le Ndian.
La disparition de ces lignes n’a pas empêché l’Armée de l’air à continuer d’assurer ses trafics vers les diverses destinations, au profit des liaisons techniques ou à la demande. Elle a continué de transporter les passagers sur la dorsale septentrionale, et à certaines occasions sur d’autres destinations intérieures et internationales, notamment sur l’Europe. Elle a été souvent la seule alternative aérienne possible, à la fermeture de la Camair et à la suite aux déraillements de train récurrents sur la ligne du Nord. Actuellement, elle assure surtout les transports de matériels ou d’équipements.

Le matériel électoral a souvent été mis en place par les véhicules et aéronefs militaires (notamment dans des zones pratiquement inaccessibles par voies routières) et par les bâtiments de la marine. Il en est de même de la récupération des urnes après le vote dans certaines zones enclavées (arrondissement d’Akwaya, arrondissement de Mouanko, zone de Bakassi, etc.). Ce transport a souvent été la seule alternative utilisable.

 

De même, à la suite du match de football à Libreville opposant l’équipe camerounaise Union de Douala à l’équipe gabonaise FC 105 de Libreville en 1980, il y a eu des heurts regrettables, entre les ressortissants des deux pays ( à la suite desquels les camerounais sont devenus « persona non grata » au Gabon). Le gouvernement camerounais a alors décidé l’évacuation des camerounais pourchassés et molestés au Gabon. L’Armée de l’air camerounaise a ainsi procédé à l’évacuation des citoyens camerounais (par un pont aérien d’une semaine) grâce à ses avions de transport. 20.000 camerounais ont été ainsi évacués du Gabon vers Douala et Yaoundé. A cette époque seule les grandes puissances étaient capables de réaliser un tel exploit

 

L’Armée de l’air camerounaise a réédité l’exploit en avril 1996 lors des troubles survenus à Bangui. Ces évacuations hors de la RCA ont concerné non seulement les personnels de l’Ambassade du Cameroun à Bangui, les étudiants camerounais, mais aussi les ressortissants de l’Ambassade des Etats-Unis.
Dans cette perspective, et dans le cadre de la sécurité civile, les moyens volants de l’Armée de l’air et plus particulièrement les hélicoptères, ont servi aux évacuations sanitaires lors des accidents de la route, de la voie ferrée et des catastrophes aéronautiques en dehors des zones aéroportuaires. Ces moyens ont également été mis à contribution pour l’évacuation sanitaire de grands malades nécessitant un transfert immédiat et vital vers des centres hospitaliers de référence.

 

La Marine quant à elle, s’est également énormément investie dans des conditions particulièrement dangereuses, dans les évacuations en mer lors de naufrages, et dans la recherche des corps noyés.

 

4. La Justice militaire et la consolidation de la paix sociale

 

La jeune Armée qui voit le jour le 11 novembre 1959 a dû faire face à la rébellion armée. Pour mieux gérer l’entreprise de pacification, l’état d’urgence est décrété dans les zones d’incertitudes. Les tribunaux militaires sont créés quelques semaines plus tard, le 31 décembre 1959 par l’ordonnance N°59-91 relative à l’organisation, à la compétence et au fonctionnement des juridictions militaires. Elles avaient pour mission première de juger les infractions purement militaires. Elles se verront aussi attribuer le traitement des délits et crimes commis dans les zones soumises à l’Etat d’urgence.
A cette période, les tribunaux militaires étaient présidés par des magistrats civils désignés, assistés par des assesseurs militaires nommés parmi les officiers de Gendarmerie et des Armées.

 

La Justice militaire va continuer à s’adapter à l’évolution de la société. Les divergences des systèmes juridiques anglophone (Common law) et francophone (Code Napoléon) seront aplanies dès la Réunification, grâce à l’ordonnance N°61/OF du 4 octobre 1961, modifiée et complétée par les lois du 25 octobre 1963 et du 12 juin 1967. Ces lois renforcent le pouvoir exceptionnel des juridictions militaires et permettent désormais aux magistrats civils de siéger aux côtés de leurs homologues militaires.

 

L’avènement de l’Etat unitaire du Cameroun et l’adoption de la constitution de juin 1972 donne la possibilité au Ministre des Forces Armées, à travers l’ordonnance n°72/20 du 19 octobre 1972, de faire juger entre autres infractions, celles relatives au port d’armes et munitions. Toutefois le processus de démocratisation enclenché dans les années 1990, transfèrera aux juridictions de droit commun, les infractions relatives à l’usage des armes et munitions. Mais en raison de la recrudescence de la grande criminalité et du grand banditisme observée depuis 1997, le jugement des « crimes de sang » reviendra aux tribunaux militaires, conformément à l’ordonnance n°72/6, modifiée respectivement par les lois n°97/008 du 10 janvier 1997 et 98/007 du 14 avril 1998, en son article 5.

 

Au-delà des critiques et récriminations des diverses sensibilités politiques engagées dans la lutte pour la conquête du pouvoir depuis l’aube de l’indépendance et de la réunification, les juridictions militaires ont largement contribué à la restauration et à la défense de la paix sociale, à la sécurisation de la nation camerounaise, à la protection des personnes et des biens, indispensables à la construction nationale.

 

5. La Gendarmerie nationale : favoriser une gendarmerie de proximité

 

La Gendarmerie nationale fait partie intégrante des Forces de Défense ; elle est engagée dans les missions civiles, de protection des personnes et des biens, d’exécution des lois et règlements de la République, de polices administrative, judiciaire et militaire et de sécurité publique. Toujours prête à répondre aux appels de détresse et à porter secours, elle a contribué à la pacification des zones troubles durant les années de la rébellion, à l’unification de notre pays en mai 1972 et au maintien de la paix et de la stabilité que le Cameroun connaît aujourd’hui.

 

A l’avant-garde de la lutte pour la protection des personnes et des biens, condition indispensable du développement économique, la Gendarmerie nationale, au vu des nouvelles menaces, a restructuré son organisation ainsi que ses techniques de sécurisation. Ces actions visent à la rapprocher des populations, d’être à leur écoute, et d’être prête à leur porter secours ; c’est le nouveau concept, de « la Gendarmerie de proximité ».

 

6. Les Forces de Défense, au service de l’éducation nationale, du sport, de la culture et des arts

 

Le Ministère de la Défense dispose également de structures éducatives qui font partie des structures annexes des unités de défense et qui sont mises à la disposition des Ministères en charge de l’éducation. Dans ces structures éducatives, tous les élèves sans discrimination sont admis dans ces structures et les personnels des Forces de Défense employés à l’enseignement sont nombreux. Cet appui à l’éducation, associé aux actions sociales mises en place par les nombreux services sociaux du Ministère de la Défense, sont coordonnés au sein de ce département ministériel, par la Direction des Affaires Administrative et Réglementaires.

 

Dans le domaine du sport, il y a lieu de relever que les « Lions Indomptables » ont été encadrés sur les plans physique et psychologique par les Forces Armées jusqu’à la Coupe du Monde de 1990 en Italie. Il faut également signaler que l’équipe nationale Militaire de Football a été vice-championne du monde, que les équipes de volley-ball et de hand-ball sont championnes d’Afrique militaire depuis les jeux militaires de Nairobi. L’équipe de Volley-ball a terminé 3ème mondial aux Jeux Militaires Mondiaux de Catania (Italie) en 2000. Les équipes FAP de Hand-ball et de Volley-ball sont régulièrement présentes aux phases finales des coupes africaines. Les FAP en général participent dans une part importante au mouvement olympique national et sont affiliées dans plusieurs disciplines au niveau de l’élite en volley-ball, handball, judo, athlétisme, basket-ball, taekwondo, boxe, etc. Sur le plan des ressources humaines, les militaires ont joué un grand rôle dans le sport national et international (Colonel Moukory Mbappe, feu Colonel Ernest Djomdji, Lt-colonel Badjeck Didier). Le Colonel Ahmad Kalkaba Malboum fait honneur au Cameroun et préside actuellement aux destinées du Conseil International du Sport militaire (CISM) et de la Confédération Africaine d’Athlétisme (CAA).

 

En ce qui concerne l’impact sur le plan musical, l’orchestre « The Golden Sound » de la Garde Présidentielle a créé le groupe « ZANGALEWA » dont l’une de ses chansons, a été reprise par la célèbre chanteuse colombienne de renommée internationale Shakira, et sélectionnée comme chanson officielle de la dernière coupe du monde de football en Afrique du Sud. De même, la musique principale des Armées a occupé la deuxième place mondiale lors d’une compétition organisée récemment en France. Son orchestre les « Bérets Verts », multiplie également des exploits.

 

Dans le domaine des arts, les monuments et stèles réalisés dans l’ensemble du triangle national par le Génie militaire, visent à perpétuer le souvenir des soldats morts sur le champ d’honneur. Les monuments de l’EMIA, du Parcours Vita de Douala, de Mundemba, entre autres, sont une preuve de la vitalité des arts dans les structures de défense.

 

Sur le plan culturel, les Forces de Défense, à travers sa structure en charge de la communication animent depuis 1961, la plus ancienne émission radio du Cameroun, « Honneur et Fidélité ». Celle-ci est diffusée tous les samedis sur les antennes du poste national.

 

En projetant sa puissance militaire dans le combat du développement économique, social et culturel du Cameroun, les Forces de Défense continuent de démontrer de la plus belle des manières, la symbiose exemplaire avec la Nation, gage d’un Cameroun prospère et émergent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEFIS ET PERSPECTIVE DE L’ARMEE CAMEROUNAISE

 

L’Armée camerounaise s’inscrit aujourd’hui, avec toutes ses composantes, dans la mouvance des réformes de 2001, née de la volonté du Chef de l’Etat, Chef des Forces Armées de disposer d’une armée républicaine, jeune, moderne et professionnelle. Cet outil de l’intégration nationale se doit d’être efficace, afin de faire face aux nouvelles menaces, et de s’inscrire avec fierté au rang des armées modernes. La réforme devrait permettre à notre armée d’accompagner le Cameroun vers l’objectif d’un pays émergent, horizon 2035.


I - Les défis de l’Armée camerounaise

L’Armée camerounaise fait face à des défis contemporains. Ceux-ci sont de deux catégories : les défis liés à ses missions régaliennes internes, et ceux qui concernent sa participation aux activités internationales au sein des différents organismes.


A- Les principaux défis liés aux missions régaliennes internes de l’Armée camerounaise

Le premier des défis est la mise en œuvre effective de la réforme de 2001. La principale révolution des nouveaux textes en termes de réorganisation vise principalement un nouveau déploiement militaire sur le territoire national qui se divise désormais en régions de défense. La région est un commandement interarmées apte à effectuer toutes les missions susceptibles d’être exécutées dans son espace de compétence. Pour ce faire, il est nécessaire de doter les formations en personnels et équipements nécessaires, et d’accroître les capacités opérationnelles, objectif qui repose sur trois piliers : le rajeunissement du personnel, la professionnalisation, et, enfin la modernisation de l’outil de défense.

 

1.1– Le rajeunissement.

Le rajeunissement des effectifs de l’Armée camerounaise suppose la création de toutes les unités constituantes, et le respect effectif des TED . A ces fins, il est capital d’effectuer des recrutements permettant le respect des TED dans toutes les unités et formations de la Gendarmerie et des Armées. Ces recrutements devraient être suivis de la formation des personnels, voire des spécialistes. C’est ainsi que les textes actuels ont prévu des centres d’instruction adaptés aux spécialités : Centres d’instruction de Djoum, Ngaoundal, Ngaoundéré, pour la formation des recrues et spécialistes de l’Armée de terre. Pour ce qui concerne la Gendarmerie, l’on peut relever, entre autres, le centre d’instruction, l’école des sous officiers, celle des officiers et le centre de perfectionnement en technique de maintien de l’ordre.
Quant à l’Armée de l’air et la Marine, il existe des centres d’instruction spécifiques pour la formation des personnels localisés dans les bases aériennes et les bases navales, ainsi que le PANVR . Le Corps national des Sapeurs pompiers dispose également de centres d’instruction pour la formation de ses spécialistes.

 

Compte tenu du fait qu’à l’horizon 2035, l’on devrait avoir une armée professionnelle de 35000 hommes, il est nécessaire de trouver l’adéquation entre les recrutements, les départs à la retraite des personnels et les décès.

 

Les armées de haute technologie telles que l’Armée de l’air, la Marine et dans une moindre mesure le Corps national des Sapeurs pompiers et les Transmissions sont soumises à une évolution rapide de la science. La formation de leurs personnels se fait assez souvent dans le cadre de la coopération avec les pays amis, qui offrent des places réduites (France, Maroc, Grèce, Allemagne, Chine etc.). Cette contrainte est pénalisante, fragilisant de ce fait l’opérationnalité de ces armées. Elle a aussi le défaut de créer une forte dépendance vis-à- vis de l’étranger. Le renforcement de nos capacités pédagogiques s’impose tout comme la réalité de transferts de technologies.

 

De manière beaucoup plus pratique, des solutions camerounaises pourraient être trouvées sur le plan de la formation qui dépend encore fortement de l’étranger. Par exemple, l’Armée de l’air pourrait solliciter davantage le PANVR de Garoua qui a acquis une expérience suffisante au cours de ces dix dernières années et qui pourrait désormais s’orienter vers un type de formation plus ambitieuse (pilotes hélicoptères et avions, mécaniciens, contrôleurs aériens). Un partenariat pourrait être ainsi envisagé au niveau sous-régional ou régional qui situerait le PANVR vers une véritable école de l’air. Cette perspective peut s’analyser comme un impératif, au regard des moyens que le Cameroun continue d’investir en matière de formation des pilotes et mécaniciens.


La même dynamique pourrait aussi être valable pour le CPTMO d’Awae et tous les autres centres chargés de la formation de spécialistes dont il est important d’envisager dès à présent l’éventualité d’un programme d’autonomie pédagogique.


L’exigence d’une maîtrise des flux des personnels se repose sur les profils de carrière qui définissent les différentes conditions de gestion de ces personnels afin de lever les ambigüités et minimiser les critères subjectifs qui sont préjudiciables d’une politique de ressources humaines moderne.


2 – Modernisation de l’Armée camerounaise

La modernisation de l’Armée camerounaise vise à lui donner une impulsion nouvelle. La mise en place et la formation du personnel doit s’accompagner d’un équipement en matériels adéquats. Chaque armée devrait donc étudier, en fonction de ses missions, le matériel lui permettant de remplir ses missions avec efficacité. La modernisation des équipements de l’armée devrait être globale ; elle devrait intégrer les SIC , en passant par les matériels majeurs de chaque armée et la gendarmerie, sans oublier les infrastructures.

 

La mise à profit de la DSMMM dont le rôle est de concevoir, et mettre en œuvre une politique de suivi et de maintenance des matériels, permet la gestion optimum de ces matériels dans les trois armées et la gendarmerie.


3- Une armée professionnelle

L’entraînement reste la garantie d’une armée opérationnelle. Chaque entité devrait être spécialisée dans une vocation précise, comme le prévoient les textes de 2001. Cette structuration des armées faite de formations dotées de missions spécifiques est déjà une réalité dans certains corps ; c’est ainsi que les Forces de l’Armée de l’air sont composées d’escadrons aériens, eux-mêmes divisés en escadrilles spécialisées (escadrilles de reconnaissance, escadrilles de chasse, escadrilles de liaison et d’observation, escadrilles de transport). Les Forces de surface disposent également d’unités spécialisées.


Dans l’Armée de terre les BIA qui sont devenus les BIM , rappellent cette spécialisation. Les appuis sont spécialisés avec le RASA à Edéa et le RASS à Nkongsamba. Le pays est découpé en Régions Militaires Interarmées comprenant des brigades spécialisées ; c’est ainsi que sont créés dans le décret n° 2001/ 183, les Brigades du Quartier Général (BQG), la Brigade d’intervention rapide, les brigades d’infanterie motorisée, et les régiments d’appui ci-dessus mentionnés.

Cette restructuration couvre également certains domaines des Forces de Défense, y compris la Santé militaire.


La professionnalisation devrait pousser à plus d’autonomie dans la gestion des corps techniques. C’est ainsi que la santé et la justice militaires, par exemple, pourraient prétendre à devenir des corps à part entière.


4- Une Armée faisant face aux nouvelles menaces

La proximité du Cameroun avec des grands foyers de tension et la porosité des frontières posent le problème récurrent du grand banditisme transfrontalier. La façade maritime, quant à elle, est de plus en plus confrontée au piratage en mer, et aux attaques des agglomérations et sites à partir du plan d’eau. La multiplication des unités polyvalentes (BIR et GEPIG ) apparaît comme un début de solution à ces menaces.

 

B – Défis internationaux de l’Armée camerounaise

Le Cameroun de par son volume économique et son influence, joue un rôle principal au sein de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) et l’Union africaine (UA). L’analyse des éléments géopolitiques de puissance permet de réaliser que le Cameroun dispose d’atouts pour prétendre être le leader en Afrique centrale : sa position géographique dans le golfe de Guinée, sa population, ses richesses, ses institutions stables font de lui, une locomotive naturelle dans les Etats du Golf de Guinée.

 

Il devrait donc afficher une plus grande volonté de s’affirmer dans les instances régionales, par la possession des armements conventionnels suffisamment dissuasifs, par une présence constante à toutes les réunions de prise de décisions de l’UA, et enfin par la projection des contingents et officiers d’Etat-major dans les missions de maintien de la paix. Il est heureux de constater que le Cameroun, abrite désormais à Douala, la Base logistique continentale des forces en attente de l’Union Africaine.

 

II- Perspectives de l’Armée camerounaise

 

A – Vers une participation plus accrue aux grands regroupements

L’ONU éprouve des besoins en personnels dans les différents théâtres d’opération de maintien de la paix (OMP); la mise à la disposition de l’OMP des éléments des Forces de Défense a l’avantage d’être un vecteur de souveraineté et de bénéficier de l’expérience pratique, tout comme la participation aux opérations de projection du matériel.

 

Le Cameroun doit donc résolument s’orienter vers l’internationalisation de son armée pour bénéficier des avantages matériels et symboliques liés à cette ouverture.

 

B- Une Armée souple à géométrie variable adaptée à la mission

Les menaces des temps modernes font apparaître l’incapacité des armées à faire face à elles toutes seules aux menaces asymétriques ; les méthodes classiques de planification n’ont pas prévu ces schémas.

Le grand banditisme dans les villes, le piratage en mer, les enlèvements et les prises d’otages sont devenus plus fréquents que des affrontements entre des armées régulières. C’est le cas des appétits récents que suscite le Golfe de Guinée très riche en produits halieutiques et en pétrole. L’Armée camerounaise est confrontée au grand banditisme avec des prises d’otages et des demandes de rançon émanant des pirates. Il a donc été créé un système sous-régional de surveillance avec la mise à contribution des patrouilles en mer par des différentes marines de la sous-région, dont la Marine camerounaise est partie prenante.

 

Le sens des rapports de forces devient aléatoire, le nombre des combattants et le type d’armement ne sont plus déterminants d’une façon absolue dans les conflits. L’Armée camerounaise devra intégrer ces paramètres pour trouver des moyens lui permettant de faire face aux différentes menaces.
Il apparaît clairement que c’est au niveau de la planification opérationnelle, et des directives politiques, que la réflexion devrait être menée pour concevoir ces méthodes de lutte.

L’EMA est donc plus que jamais interpellé à jouer pleinement son rôle dans l’implémentation de la doctrine d’emploi des forces, en redéfinissant les menaces réelles internes et externes auxquelles le Cameroun peut être confronté, en y apportant des réponses appropriées par l’élaboration des différents plans.

 

Le Cameroun a commencé cette réflexion sur des unités souples dans l’emploi, capables d’adapter leurs missions à l’environnement et au contexte. C’est le cas des BIR qui en collaboration avec des unités de Gendarmerie telles que le GEPIG, sont capables des missions complexes associant plusieurs techniques de combats. Leur implantation couvre de plus en plus l’espace national dans le but de contenir les nouvelles formes de menaces. Les BIR, par exemple, sont parfois interarmées apportant du coup un gain de temps dans la prise de décision et les appuis logistiques.


C- Une Armée républicaine épousant son temps

L’actualité mondiale montre l’embarras des armées républicaines face aux grands ensembles d’intérêts, qui interviennent dans certains pays sous la bannière de l’ONU. L’Armée camerounaise est au service de l’intégrité nationale et de la défense des valeurs républicaines. Elle est une, et représente la nation toute entière.

 

Cette homogénéité de l’armée moderne doit être davantage réaffirmée, car la liberté d’expression et la mondialisation peuvent laisser entrevoir une possibilité de dérives. En temps de paix, l’armée camerounaise a aussi pour mission de participer au développement du pays. (cf. article sur l’armée camerounaise : un outil au service du développement). Elle utilise, dans ce champ de missions, le Génie militaire.

 

A l’aube des années 2035, on devrait retrouver une armée dont les composantes rempliraient les critères suivants :

La gendarmerie :

• plus proche des citoyens et respectueuse des lois et règlement en vigueur;
• apte au maintien de l’ordre en respectant les droits de l’homme ;
• souple dans son emploi pour faire face à toute forme de menaces dans le cadre du maintien de l’ordre ;
• apte à exécuter des missions de projection dans les théâtres extérieurs ;
• autonome en matière d’information.


L’Armée de terre :

• souple dans son emploi ;
• dotée d’unités et formations implantées en fonction des menaces et de la géographie ;
• maîtrisant des effectifs conformes aux TED définis dans le format de l’armée ;
• maîtrisant les cycles de formations et d’entraînement adaptés aux missions et équipements spécifiques ;
• disposant d’unités constituées prêtes à être projetées ;


Une Armée de l’air :

• équipée en fonction de ses missions y compris la défense aérienne ;
• disposant de toutes les spécialités nécessaires à la maintenance de ses aéronefs ;
• dotée de bases aériennes modernes et équipées de moyens aériens de combat, de surveillance et de projection adaptée aux missions multi rôles;
• disposant de moyens de détection radars et contre mesures ;
• maîtrisant les cycles de recrutement et de formation de tout son personnel.


Une Marine :

• équipée en fonction de ses missions y compris le respect de la zone exclusive ;
• disposant de toutes les spécialités nécessaires à la maintenance de ses navires ;
• dotée de bases navales modernes et équipées dotées de moyens de projection, de combat de surveillance maritimes pour effectuer ses missions spécifiques;
• maîtrisant les cycles de formation de tout son personnel ; Le Corps national des Sapeurs pompiers :
• ayant des moyens modernes suffisants et couvrant toute l’étendue du territoire ;
• recrutant et formant lui-même son personnel ;
• entrainé à faire face à toutes formes de catastrophes, en collaboration avec la protection civile.


En définitive, dans les années 2035, au moment où le Cameroun va s’apprêter à accéder à l’émergence, l’Armée camerounaise est appelée à jouer un rôle de leader dans la sous-région d’Afrique Centrale en participant plus activement aux missions de la CEEAC, et en étant présente dans ses structures de planification des opérations de maintien de la paix. Il en sera de même pour l’Union Africaine. Elle devrait aussi s’habituer à mettre à la disposition de l’ ONU des contingents complets constitués, recrutés et entrainés spécialement à cet effet. Au plan interne, l’armée devrait être souple et modulaire pour faire face à toutes formes de menaces asymétriques ou conventionnelles, tout en restant républicaine, et en participant au développement de la nation . La concrétisation de ces défis passe par une gestion des ressources humaines et matérielles répondant aux normes modernes de management.